Granpanpances, ronflances et trompances de la présidence !

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Sans sourciller, jechèchement, l'inculpé Jovenel assurait: “ Personne ne peut enterrer le dossier PetroCaribe (…) La bataille contre la corruption est mon combat”. Ou tande bèf...

Les pratiques trompantes de la présidence me rappellent certaines astuces qu’utilisait ma grand-mère paternelle pour me faire avaler ma bouillie de maïzena, lorsque j’étais un petit katkat. Devenu un plus grand katkat, j’entendais Grand-mère raconter, à l’occasion, ses astucieux tours  d’imagination pour me porter à m’alimenter. En effet, disait-elle, chaque cuillerée était assortie d’un compliment: ala pitit sanble papa l!

Mais même après m’avoir fait ingurgiter une bonne douzaine de cuillerées, elle disait: sa a fè de kiyè, une façon de remplir mon bol, tout en vidant le bol de maïzena. Selon ses dires, il est possible que malgré l’innocence de ma petite katkattude et mon ignorance des mathématiques, je devais soupçonner le manège et, à ma façon katkate, je le lui laissais savoir. Assurément, c’étaient de pieuses et joyeuses trompances de la part de la vieille pour s’assurer que son petit-fils fût bien nourri pour, un jour, devenir   un grand garçon.

En me remémorant les astuces, bénignes, de Grand-mère, j’ai cru établir une certaine analogie avec le mode de fonctionnement de la présidence. En effet, lorsque Jovenel l’inculpé s’adresse à la population, consciemment ou subconsciemment, il doit se dire: ces gens ressemblent  bien au petit paysan que je fus dans le temps; faisons-leur croire que je suis toujours des leurs, faisons-leur des promesses, remplissons leur bol, te m plen bòl yo, ils m’accepteront bien comme je suis, ils mordront à l’hameçon de mes  promesses, difficiles sinon impossibles à tenir; éventuellement je finirai mon quinquennat en douceur, les poches bien pleines, après avoir exécuté à la lettre l’agenda de la bourgeoisie.

Toutefois, la différence avec Grand-mère c’est que celle-ci était bien intentionnée, alors que lui, Jovenel, est un fieffé politicien qui a trahi sa classe sociale, s’est empressé de grimper l’échelle sociale jusqu’à être en position de flairer les aisselles de la bourgeoisie, et se fiche pas mal du sort de la majorité marginalisée. L’autre différence avec ma grand-mère, c’est que je suis devenu un grand garçon, et même un professionnel, alors que les ti fanmi de Jovenel n’auront encore rien bénéficié du paysan embourgeoisé.

On peut se rappeler que dès ses premières annonces présidentielles granpanpantes, l’inculpé Jovenel avait promis  la délivrance du passeport “en cinq jours”. Des centres de livraison de documents ont été inaugurés à grand renfort de pompeuses propagandes, un peu partout. Vous entendez bœuf, allez donc trouver les cornes… Il y a eu des grèves, en particulier pour non-paiement du personnel. Il y a eu d’importants retards dans la commande des livrets. Certains demandeurs n’ont même pas la certitude d’avoir le précieux document après des mois d’attente. Apparemment, ce serait pire  pour  la carte d’identification nationale dont l’obtention peut se ramener à un tout un calvaire. Oui, ala pitit sanble papa l!

Manifestement, l’inculpé  n’avait pas consulté les responsables des bureaux d’immigration   avant de faire son imprudente promesse. L’essentiel était de faire avaler le maïzena à la va-vite, de faire marcher la propagande, de faire croire que la présidence fait du bon travail et qu’au bout du compte l’inculpé lui-même serait satisfait de ses performances, de sa granpanpance, de ses ronflances et de ses trompances.

Jovenel l’inculpé n’est pas médecin, on le sait. Qu’à cela ne tienne. Il s’auto-proclame grand “dialysologue” devant Éternel. Il promet de garantir, “une fois pour toutes”, un fonctionnement décent, efficient du service de dialyse à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti. Fòk pitit la sanbble papa l. Pourtant, la presse, de temps à autre, signale le dysfonctionnement du service de dialyse: le pitit ne ressemble pas tellement au père qui a le nez droit, alors que la progéniture a un gros nez, nen l bonm. Le père est beau garçon, pitit la ressemble à une fausse-couche de macaque.

Les deux compères Jeanjean (à gauche) et Jojo à Marchand Dessalines. Comment l’inculpé, lui-même un présumé “petrocaribéen”, peut-il demander à Jeanjean (peu innocent) de traduire en Justice les dilapidateurs des Fonds PétroCaribe?

Le simple bon sens montrait que pour le fils ressemblât vraiment au père, il eut fallu une transmission chromosomique normale. Or papa a tous ses chromosomes mal foutus: le fonctionnement global de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (l’HUEH) est en décomposition, les employés sont en grève à l’année longue, le petit personnel aussi bien que le “grand” personnel; toubib Jovenel n’avait pas prévu  les génératrices et les machines pour faire fonctionner le service, pire il n’y avait pas de personnel qualifié, voire  même motivé, pour soigner les malades et savoir comment se servir correctement des appareils. La propagande aura été seulement faite de granpanpance, ronflances et trompances. Sa a fè de kiyè.

Depuis cette granpanpante garantie “une fois pour toutes”, une unité de dialyse médicalisée implantée à l’hôpital de l’OFATMA au Cap-Haïtien a été inaugurée le 14 août 2017. Elle fonctionne régulièrement six jours. Grâces soient rendues à la granpanpance présidentielle. Par contre, selon le Dr Audie Métayer, chef de service de l’unité de dialyse de l’HUEH, le service offert ne répond pas toujours aux besoins des patients, puisque “fonctionnant au rabais malgré le dévouement du personnel”.

Le Dr Métayer est d’avis que l’HUEH  devrait être le véritable lieu de formation des infirmières et des auxiliaires qui vont prendre en charge des malades dialysés dans les autres centres. Mais avant tout, l’accent doit être mis sur le renforcement de l’unité à l’HUEH. « Ainsi, l’Etat aura à sa disposition un personnel formé en permanence capable de servir n’importe où en Haïti, des malades dialysés en fonction des normes », a élaboré le Dr Métayer.

Il n’y a pas que les médecins, infirmières et auxiliaires à considérer dans la pratique de la dialyse. Il y a aussi les techniciens. Actuellement, il n’y en a qu’un seul. Il essaie de gérer les problèmes. Du mieux qu’il peut. Il peut  être dans l’incapacité de réparer certaines machines.  A-t-on aussi pensé à en former d’autres? À former le personnel médical nécessaire pour la prise en charge des dyalisés ? Pas vraiment. On s’en voudrait de tout mettre sur le dos de l’inculpé. Mais il eut mieux valu faire preuve de moins de bombance, ronflance et granpanpance, de plus de prudence, d’exigence de moyens et de plans qui dépassent le court terme et le fèwè.

Il faut faire des promesses mirobolantes à la population, lui dire qu’elle n’en est qu’à sa “deuxième cuillerée”.  En effet, dans un arrêté publié le lundi 3 avril 2017, le président inculpé, voulant donner le ton, a fixé de nouvelles mesures en ce qui concerne la gestion et l’utilisation des ressources de l’État. Vu que toutes les vaches économiques sont maigres, il s’agit de commencer par réduire le train de vie de l’Etat. Ou tande bèf

En voici les cornes: tous les représentants et les grands commis de l’Etat en mission officielle, à la charge du Trésor public, ne voyageront qu’en classe économique; tous les barèmes des allocations journalières (per diem) de l’administration de l’État pour les voyages à l’étranger seront publiés chaque année ainsi que la méthode de calcul utilisée pour déterminer ces barèmes. Mais le petit katkat est maintenant un gros chat, il sait que les promesses de la présidence ne sont que granpanpance, ronflances et trompances.

La présidence et la primature, dans un tètkole réductif des dépenses de l’État fixe les limites des montants pour l’acquisition de nouveaux véhicules pour le reste de l’année fiscale et les conditions de leur utilisation, réglemente le contrôle des pièces et accessoires aux véhicules, la gestion des immatriculations et établit la responsabilité des conducteurs du matériel roulant. Il en de même pour les engins lourds, les équipements agricoles et de voierie entres autres. Bref, tout y passe.

À part le matériel roulant, l’arrêté publié au début d’avril 2017 entend expressément   rationaliser les achats publics et autres dépenses de fonctionnement “qui n’entrent pas dans le cadre des salaires de l’administration”, les exonérations, la gestion des ressources humaines, le fonctionnement des cabinets de l’exécutif et des directions générales; bref, plus la granpanpance et la ronflance sont manifestes, mieux le gouvernement espère voir marcher sa propagande

En matière de granpanpance, l’inculpé est un président “tout-terrain”: passeport et carte d’identification nationale “en cinq jours”, dialyse fonctionnelle “une fois pour toutes” , réduction du train de vie de l’État, “caravane” appelée à révolutionner l’agriculture et le développement économique, l’homme s’y connaît, se nan men l sa rete.

Venons-en maintenant aux promesses de l’inculpé Jovenel Moïse d’assurer la distribution du courant électrique 24/24…dans quelques mois. On ne voit ni les travaux d’infrastructures adéquats ni les réformes institutionnelles qui devraient permettre d’y arriver. De là à mettre en question les ronflances de l’inculpé, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Mais, faisons marche arrière. Le 17 juin 2017,  lors d’une rencontre avec la communauté diasporale floridienne, l’inculpé avait promis en toute granpanpance de fournir l’électricité 24 heures sur 24, partout en Haïti, dans 18 à 24 mois.  À titre de comparaison, il promettait d’inaugurer, dans la commune des Irois, une centrale électrique le 17 juillet 2017, soit un mois plus tard.

Devinez, si vous pouvez, et choisissez, si vous l’osez. L’ami Corneille eût dit pareil. En effet,“14 mois après cette fameuse déclaration, les foyers de la commune phare des Irois sont toujours plongés dans le noir; et la centrale promise, toujours en construction, génère des casse-têtes inimaginables. Les compteurs pré-payés promis ne sont toujours pas installés, l’unité de stockage complètement inadéquate et la synchronisation entre le solaire, le thermique et l’éolienne n’est toujours pas à l’ordre du jour” (Rezo Nòdwès, 10 août 2018). C’est là la rançon de la granpanpance.

Au mois de janvier 2018, Jovenel Moïse en était encore à  rappeler à la population des Irois que les consommateurs de courant électrique devront payer pour l’énergie utilisée, condition sine qua non d’amélioration des conditions de vie de la population. La ronflance du  “24 sur 24” est évidente puisque  l’État haïtien, l`Ed’H en somme, n`arrive même pas encore à faire respecter dans la région métropolitaine cette incontournable obligation par tous les citoyens.

Toujours dans le cadre de cette granpanpance-ronflance, l’inculpé durant l’une de ses visites de “suivi” aux Irois avait passé des instructions au directeur général de l’Entreprise Publique de Promotion de Logements Sociaux l’EPPLS, Yvon Buissereth, en vue de construire rapidement une vingtaine de maisons pour accueillir les familles limitrophes du site logeant la Centrale électrique. Celles-ci qui devaient être incessamment déplacées pour… des raisons de sécurité (sic). Ce sera encore de la granpanpance à cinq sous. Et les riverains resteront Gros-Jean comme devant, pareils à ses voisins du président dont les maisons ont été bulldozerisées pour… des raisons de sécurité (resic) du chef de l’État.

À la vérité, parler de logements sociaux sous deux administrartions PHTKistes, c’est comme ouvrir une boîte de Pandore, car les institutions qui s’en occupent sont quasiment une multitude. Il y a bien  l’Entreprise publique de promotion de logements sociaux (EPPLS), mais il y a aussi l’Unité de construction de logements et de bâtiments publics (UCLBP), une création du gouvernement Martelly/Lamothe, directement rattachée à la Primature. Et comme il n’y a jamais deux sans trois, une  Société haïtienne de gestion immobilière et communautaire (SOHGIC) a émergé des manches de ces messieurs et dames. On ne sait qui fait son beurre, qui fait sa mantègue, qui fait sa mayonnaise.  Mais on sait qui fait du social.

Dans cette même boîte de Pandore, il s’y trouvait blotti un petit malheur. En effet, la mairesse principale de l’Arcahaie, Rose-Mila Petit Frère, avait bloqué les travaux de construction du stand présidentiel qui devait être érigé sur la place d’armes pour la célébration du 18 mai, du 215ème  anniversaire de la création du drapeau. Elle dénonçait notamment  “des promesses non tenues” de son “Grand Frère”, l’inculpé Jovenel Moïse. Seule Rose-Mila doit savoir le degré de ronflance, granpanpance, extravagance dont avait dû faire montre le premier menteur, pardon, le premier magistrat de la nation.

Nous ne saurions terminer sans faire allusion aux extravagances, frasques et audacités verbales, granpanpances du premier Inculpé relatives au procès à intenter contre la meute de ti visye et gros vicieux qui ont siphonné et dilapidé les 3.4 milliards de dollars de Petrocaribe: “Personne ne peut enterrer le dossier PetroCaribe (…) La bataille contre la corruption est mon combat. Le moment est venu pour quiconque ayant utilisé l’argent de l’Etat de rendre des comptes”, a-t-il eu à tonitruer. C’étaient de fulgurantes déclarations à l’emporte-pièce, de la part du premier Granpanpan de la nation, à l’occasion de la cérémonie officielle de commémoration du 212e anniversaire de l’assassinat de Jean Jacques Dessalines, père fondateur de la Nation, sur la place d’Armes de Marchand Dessalinnes.

Depuis, c’est le PM qui a pris la relève, avec l’onction du premier Granpanpan de la nation. Jean-Henri Céant, petitpanpan, petit tenten, petit tonton à l’ombre de Jovenel et de la bourgeoisie, est en train de férailler. Il a vite mis sur pied une commission “indépendante” (sic) qui aura la possibilité de vérifier les différents mécanismes utilisés par les institutions en charge du dossier Petrocaribe. Céant, essayant de donner le ton, a affirmé «avoir invité une liste non-exhaustive de 16 regroupements réputés crédibles (resic), afin de prendre la responsabilité de créer cette commission». Ah, si vous saviez, Tonton Nò!

Entre-temps, comme Diogène, en plein jour, armé d’un petro-fanal, Céant n’est pas seulement à la rcherche d’un homme, mais de plusieurs hommes (de femmes aussi) appartenant, qui à l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH), qui à l’Association des Médias Indépendants d’Haïti (AMIH), qui encore à l’Église catholique. On peut  être certain qu’il trouvera en la personne du cardinal Langlois, un moyenpanpan, “crédible” bien sûr, en qui il pourra mettre toutes ses complaisances.

C’était ma rubrique pour cette semaine. Veillez et priez. La mouvance PetroBizango donne rendez-vous au 18 novembre prochain.

4 novembre 2018

 

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