Forum sur la sécurité du HCT, « un coup d’épée dans l’eau » !

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Forum du Haut Conseil de la Transition (HCT), de gauche à droite Mme Mirlande H. Manigat, Ariel Henry et Laurent Saint-Cyr

Certains s’étonneraient que l’on revienne sur ce Forum alors qu’il y a eu, entretemps, non seulement le Sommet de la Jamaïque des 11, 12 et 13 juin dernier, sur lequel l’on reviendrait forcément, mais sur le plan politique, il s’est passé plein de chose depuis. En fait, ils ont raison de s’étonner.

La vérité, c’est que nous avons volontairement attendu pour voir s’il allait se passer quelque chose ayant rapport avec ce qui était proposé par les organisateurs comme : remaniement du cabinet ministériel, formation du Conseil Electoral Provisoire (CEP), entre autres. Compte tenu qu’il ne s’est rien passé depuis, même après les annonces faites par le Premier ministre Ariel Henry à son retour d’une part de la rencontre des chefs d’Etats et de gouvernements de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) à Bahamas en présence de la Vice-Présidente américaine Kamala Harris et d’autre part du Sommet de Kingston, nous avons jugé utile de revenir sur ce fameux Forum.

Annoncé en grande pompe sur les ondes de tous les médias par la présidence du Haut Conseil de la Transition (HCT), apparemment sans prendre en compte l’agenda des activités officielles du gouvernement, le Forum sur la sécurité qui devait être organisé les 16 et 17  mai 2023 avait été tout bonnement reporté. Mais, ce premier couac pour sa première grande sortie publique n’était que partie remise pour l’institution que dirige Mme Mirlande H. Manigat. Finalement, plus de peur que de mal. Tout le monde a fini par retrouver ses marques.

D’un côté, le Premier ministre de facto, Ariel Henry, a pu se rendre au Cap-Haïtien pour célébrer le 220e anniversaire de la création du drapeau après avoir délocalisé cette manifestation dans la deuxième ville du pays pour cause d’insécurité dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et notamment sur la RN1 menant à l’Arcahaie, la Cité du drapeau.

Mme Mirlande H. Manigat, la Présidente du HCT à l’ouverture du Forum

D’autre part, la gouvernance de la HCT qui voulait marquer les esprits de l’opinion publique nationale et internationale en organisant un grand show médiatico-politique a su, elle aussi, faire entendre sa voix en menant à bien son Forum de sécurité qui devrait être sa vraie rampe de lancement dans le cadre, selon ses dirigeants, de sa mission. Il faut dire que le report du Forum avait semé un peu de trouble chez certains et d’autres voyaient même un signe de désintéressement d’une telle initiative de la part du pensionnaire de la Primature. Mais, contre toute attente, Mirlande H. Manigat, Pasteur Calixte Fleuridor et Laurent Saint-Cyr ont réussi l’exploit de tenir leur première grande activité politique. En effet, pendant deux jours, les 23 et 24 mai 2023, il s’est tenu à l’hôtel Karibe le Forum sur la sécurité où la Présidente du HCT avait appelé les acteurs politiques et de la Société civile à venir débattre de la question relative à l’insécurité et des moyens à mettre en place pour endiguer ce fléau dans le pays.

A ceux qui ne voyaient pas l’utilité de ce genre de kermesse qui, au fond, ne devrait pas changer la donne, l’ancienne Première Dame éphémère avait lancé la veille, comme pour tenter de convaincre les incrédules et les sceptiques, ce message : « L’histoire va dire qu’il y a des Haïtiens corrects, conscients, patriotes qui, comme moi, ne sont pas d’accord avec cette situation qu’ils constatent et qui décident de se mettre debout pour dire que le pays ne va pas sombrer. C’est tout le monde qui perd, souffre de cette situation : les parents, les élèves, les professeurs, les chauffeurs de taxi, les marchands, les petits détaillants, les grands commerçants, entre autres. Tout le monde souffre en même temps de cette situation. Mais, malgré tout, nous disons au peuple haïtien de ne pas se décourager, nous ne nous découragerons pas rappelons-nous cet adage haïtien : Lè l pi fè nwa se jou li pral jou. Pa gade fè nwa a, men panse jou pral louvri, solèy la la, li poko parèt men li pral parèt kanmenm ». Dans cette affaire de Haut Conseil de la Transition, Mirlande H. Manigat sait plus que tout autre qu’elle est attendue au tournant et qu’elle joue sa réputation de femme politique et surtout de personnalité respectée par une partie de l’intelligentsia haïtienne.

De ce fait, elle doit gagner son pari qui consiste à venir jouer la sauveteuse d’un pouvoir de Transition en perdition et critiquable à souhait. Ainsi, dans le court enregistrement diffusé sur les médias sociaux et traditionnels en prélude à l’ouverture de ce que le HCT avait appelé : Conférence sur la sécurité et le dialogue, la Présidente de cette institution avait tenté d’appuyer là où ça fait mal en mettant, d’après elle, les élites haïtiennes devant leurs responsabilités. « Les moments noirs soulignent, pour nous, nos responsabilités, en particulier celles de nos élites qui doivent se demander ce qu’ils vont faire, ce qu’ils sont capables de faire. Notre responsabilité est fixée et nous autres au niveau du HCT, nous décidons de prendre cette responsabilité. Et, c’est pour cela que nous avons décidé de signer l’Accord du 21 décembre 2022 dans lequel, il est prévu, et nous allons réaliser une Conférence sur la sécurité et le dialogue » disait Mirlande H. Manigat.

Un message entendu en partie puisque, si beaucoup de monde avait fait le déplacement les 23 et 24 mai à Pétion-Ville pour suivre les débats et surtout écouter ce que les dirigeants du HCT et le gouvernement avaient à proposer à la population pour endiguer l’insécurité, le moins que l’on puisse dire, Mme Manigat et ses compagnons ont été peu convaincants sur la manière pour y parvenir. Plusieurs raisons peuvent expliquer le peu d’enthousiasme des participants pour les solutions proposées. Certes, il y avait beaucoup de monde à l’ouverture de ce Forum. La quasi-totalité des signataires des Accords de Musseau et du 21 décembre, le Corps diplomatique, Mme Maria Isabel Salvador cheffe du BINUH (Bureau Intégré des Nations Unies) en tête et des curieux. Sauf que cela n’est pas suffisant pour faire la réussite d’une grande Conférence sur un phénomène dont tout le monde attend la fin avec impatience.

Les maîtres et maîtresses à penser du Forum accordent leur violon

D’ailleurs, comme l’ont signalé certains participants, si les signataires de l’Accord Karibe, leurs alliés et le gouvernement avaient la solution, cela faisait longtemps qu’ils auraient résolu le problème de l’insécurité dans le pays puisque cela va faire deux ans qu’ils sont aux commandes du pays. En ce qui concerne les diplomates du Core Group, si leurs gouvernements respectifs soutiennent le pouvoir de Transition à Port-au-Prince, ils se montrent très peu intéressés à apporter une aide adéquate au gouvernement haïtien pour soutenir sa lutte contre les gangs et les bandits qui terrorisent la population. Donc, la présence en masse de ces ambassadeurs et Chargés de Missions en Haïti à ce Forum sur la sécurité et du dialogue n’est pas en soi un gage de réussite ni de solidarité avec le peuple haïtien dans sa quête de solution face aux groupes armés.

Mais, en dépit d’une forte présence des partisans du pouvoir, on a noté l’absence remarquée des principaux responsables dans le domaine de la sécurité et du maintien de l’ordre.  Si à l’ouverture le chef du gouvernement intérimaire, Ariel Henry, Président du CSPN (Conseil Supérieur de la Police Nationale) avait fait un acte de présence pour écouter l’allocution de la Présidente du HCT avant de repartir aussitôt quitte à revenir le lendemain  pour faire le discours de clôture du Forum, aucun chef chargé de la sécurité nationale n’a assisté à cette Conférence sur la sécurité et du dialogue. Ni le Directeur général de la police nationale, Frantz Elbe, ni le Commandant en chef de l’armée haïtienne, le général Jodel  Lesage n’ont pris part à ces débats organisés sous la forme de Table-ronde.

Mais, il n’y a pas que l’absence de ces deux hautes autorités qui a rendu perplexe les participants et les observateurs. En effet, outre l’absence des hauts responsables de la police et des FAD’H, c’est l’absence notable des spécialistes en matière de sécurité qui a frappé l’opinion dans la mesure où un Forum sur la sécurité devrait être l’affaire des experts et spécialistes en sécurité et naturellement des acteurs du Renseignement. Mais, cela ne semble point inquiéter la dirigeante du HCT qui, dans son discours d’ouverture, avait posé les grandes lignes devant conduire ces deux journées de réflexions et ce que le pays, selon elle, attendait de ce Forum (…)

« Je formule le vœu que vous contribuerez durant ces deux jours, chacun, selon ses compétences et son expérience, à réaliser ce grand Cahier des charges devant guider les décideurs à prendre les mesures adéquates en vue de lutter efficacement contre ce fléau qui est le banditisme. Les éternels sceptiques ont parfois raison, puisque la confiance dans la sincérité des dirigeants s’effrite de plus en plus. Le bénéfice du doute est un blanc seing à accorder en toute circonstance pour mettre à l’épreuve la volonté de bien faire (…) C’est mal nous connaître que de croire que les manœuvres déloyales des uns et l’insincérité des autres nous affecteraient. (…) Nous nous garderons la sortie que lorsque nous aurons épuisé toute notre bonne foi à réussir le mandat qui nous a été confié sans aucun intérêt particulier (…) L’impact de l’insécurité sur la vie économique, sociale et culturelle du pays; des recommandations sur les grandes orientations de la politique nationale de sécurité; l’opinion des acteurs politiques, économiques et sociaux sur la demande de solidarité internationale face à l’insécurité ; les actions devant conduire à la révision de la Constitution, à la réalisation d’élections et au renforcement de la Gouvernance ; des non signataires de l’Accord du 21 décembre ont participé, au même titre que les signataires du consensus national, à la définition des éléments de stratégie de sécurité et des actions devant conduire à l’aboutissement de la période intérimaire » (…) avait déclaré la Présidente du HCT à l’ouverture du Forum sur la sécurité et du dialogue.

(A suivre)

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