Forces Nationales pour la Démocratie, nouveau Front pour l’opposition !

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Les dirigeants des Forces Nationales pour la Démocratie

Depuis des années, l’opposition politique haïtienne nous habitue avec sa stratégie suicidaire vis-à-vis du pouvoir en place. Diviser pour mieux perdre. Que ce soit hier ou aujourd’hui, la manière de faire de la politique ou de s’opposer ne change point pour les leaders. Il suffit de regarder la littérature ayant rapport avec la politique haïtienne pour s’en faire une idée. On ne change pas une équipe qui perd, disent-ils, de manière ironique. Bien que certains, certes très minoritaires, tentent de sortir de ce cercle infernal. Pour le moment, c’est sans résultat. La preuve. Déchirée par une crise interne, l’opposition plurielle dont l’objectif premier est de renverser le Président Jovenel Moïse, semblait prendre conscience de cette réalité et essayait de trouver une solution en collant les morceaux à travers des instances annexes qu’elle s’efforce de mettre sur pied. D’où la création dans un premier temps de la Direction Politique de l’Opposition Démocratique (DIRPOD). 

 Une structure politique devant servir d’organe de représentation pour l’ensemble de l’opposition face au pouvoir. Il manquait un Porte-parole unique ou un chef nominatif pour que l’opposition apparaisse avec un autre visage, si on ose le dire. Certains militants et sympathisants se mettaient même à rêver d’une union fraternelle qui permettrait aux chefs de l’opposition d’affronter plus sereinement le Président de la République dans ses dérives institutionnelles et constitutionnelles. Mais, cette nouvelle organisation qui a vu le jour en pleine crise de confiance, de trahison et de conflits internes n’a pas pu empêcher la poursuite de division et la confusion qui règne au sein de l’ensemble des organisations et Partis politiques qui composent l’opposition globale au pouvoir PHTK symbolisé par le Président Jovenel Moïse. Les démissions et la dissidence s’enchainent et continuent malgré l’appel au calme lancé par les responsables de la  Direction  Politique de l’opposition Démocratique.  

Ils ont pour mission de mettre de l’ordre au sein de l’opposition et surtout ces trois personnalités représentent l’autorité suprême de l’opposition radicale.

Gardant la foi dans la nouvelle stratégie adoptée, c’est-à-dire mettant en veilleuse pour un temps leur ambition politique, et surtout voulant consolider la ligne politique de la DIRPOD, les partis et formations politiques les plus mouvants et les plus critiques vis-à-vis de l’occupant du Palais national, passent à une autre vitesse. Ils créent dans un second temps, une énième structure encore plus restreinte et beaucoup plus claire pour l’opinion publique en général et les observateurs politiques en particulier. C’est ce qu’ils ont appelé : Le Consensus de La Croix-des-Bouquets. Avec ce nouvel organisme, l’opposition, dans sa branche la plus radicale, voulait marquer le coup en permettant à la population d’identifier l’opposition à travers un Comité composé de trois anciens élus. Rony Colin, Antonio Chéramy (Don Kato) et Ricard Pierre. Ils ont pour mission de mettre de l’ordre au sein de l’opposition et surtout ces trois personnalités représentent l’autorité suprême de l’opposition radicale. 

Même s’il ne s’agit point d’un « Grand pas pour l’humanité », c’est tout de même un petit pas dans la réorganisation de l’opposition. Conscients de leur responsabilité devant le pays et prenant leur rôle très au sérieux, Rony Colin qui possède un groupe de presse – Radio et Télé Zénith – très encré dans la lutte contre le Président Jovenel Moïse, et ses deux collègues Ricard Pierre et Don Kato s’activent pour créer une vraie force de l’opposition capable de parler d’une voix. D’où leur approche en direction de l’ancien sénateur et Président du Parti Pitit Dessalines, Jean-Charles Moïse, qui ne cesse, selon un membre de l’opposition, de semer des embûches au passage de l’opposition globale contre le pouvoir. Depuis l’arrivée du Comité issu du Consensus de La Croix-des-Bouquets, le trio entreprend une vraie opération de charme à l’encontre de l’ancien Maire de Milot « Je fais partie d’une Commission qui cherche l’unité en essayant de rassembler tous les acteurs afin d’avoir une opposition valable qui défend l’intérêt du peuple haïtien. Aujourd’hui, il faut s’unifier pour créer une force réelle de l’opposition. Ce n’est pas le moment des querelles de chapelles ni des attaques réciproques » confie l’ancien Maire de la Croix-des-Bouquets, Rony Colin le mercredi 25 novembre 2020 sur la chaîne 20 dans l’émission « Haïti, sa kap kwit ». 

 En lançant cet appel, le PDG de Radio et Télé Zénith savait déjà que son message s’adressait aussi et surtout aux responsables des partis et organisations politiques qui ont lancé une semaine auparavant un nouveau regroupement des partis. En effet, le lundi 16 novembre 2020, soit deux jours avant la grande manifestation anti-Jovenel du 18 novembre, un ensemble de leaders politiques de tendances diverses avait créé la surprise en annonçant la création d’une nouvelle structure politique baptisée : Forces Nationales pour la Démocratie (FND). Une nouvelle brèche au sein de l’opposition dans la mesure où l’ensemble des formations politiques qui constitue ce nouveau front ou regroupement politique de l’opposition faisait partie de l’opposition plurielle. 

 Certes, beaucoup de ces Mouvances ne sont autres que des OP (Organisation Populaire) pour la plupart peu connues de la population. Néanmoins, ce sont des structures politiques dont les responsables ou les Porte-paroles revendiquent tous leur hostilité à la présence de Jovenel Moïse au Palais national et demandent, comme les responsables de la DIRPOD, son départ avant le 7 février 2021 si cela s’avère possible. Les Forces Nationales pour la Démocratie (FND) sont en fait un conglomérat d’organisations dans lequel on trouve de tout à l’image, d’ailleurs, de l’opposition globale. Les FND que certains petits malins confondent volontairement avec l’ancien FNCD  (Front National pour le Changement et la Démocratique) des années 90 sont composées aussi bien de partis conservateurs que de partis dits de gauche ou progressistes. On compte, en effet, le MOPOD (Mouvement Patriotique Populaire Dessalinien), NOULHA (Nouvelle Orientation Unifiée pour Libérer Haïti), RSD (Rassemblement Social Démocrate), Parti Indigène (PI), Parti Influence Nationale (PIN), Emergence Démocratique (ED), Entente Nationale (ENA), Collectif des députés de l’opposition et alliés (CADOA), Challenger Populaire, Résistance Arcahaie, Table Concertation de l’Artibonite, Rassemblement Ecologiste Haïtien (REH), Solidarité Grand’Anse, Force Delmas 31, Opposition Sud, Jeunesse en Mouvement, et enfin Collectif des anciens Maires d’Haïti, entre autres. 

« Gade dwèt nan men nou, nap wè yo tout pa kole ansanm, si tout pa kole ansanm, se lanati ki fè sa, se Bondye ki panse l konsa. Paske, lè w fèmen men ou, se yon fòs li ye »

 Selon une ancienne figure de l’opposition, Dr Louis Gérard Gilles, dissident du Parti Fanmi Lavalas de l’ex-Président Jean-Bertrand Aristide, qui semble faire office de Porte-parole ad hoc de FND, cet aéropage de partis, OP et quelques membres de la Société civile constituent les premiers signataires de l’Acte constitutif de FND. Selon lui, ils sont plus d’une vingtaine à donner leur accord pour la constitution de cette nouvelle force politique en vue   d’ « Accompagner le peuple haïtien dans sa lutte contre la dictature rampante qui menace les fondements de la démocratie républicaine ». Plusieurs leaders connus de l’opposition dont l’agronome Jean André Victor qui porte sur son dos le MOPOD ont participé le lundi 16 novembre 2020 au lancement des Forces Nationales pour la Démocratie. A en croire Jean André Victor, la division qui tend à miner la crédibilité de l’opposition n’est rien en soi puisque, le moment venu, tous ces groupes reconstitueront la force nécessaire pour bouter Jovenel Moïse hors de la présidence haïtienne. 

 Dans une métaphore dont lui seul a le secret, l’agronome explique « Gade dwèt nan men nou, nap wè yo tout pa kole ansanm, si tout pa kole ansanm, se lanati ki fè sa, se Bondye ki panse l konsa. Paske, lè w fèmen men ou, se yon fòs li ye ». Outre le leader de MOPOD, son collègue du Rassemblement Social Démocrate (RSD), le professeur Victor Benoit, ne tarit point d’éloge d’avoir contribué à monter cette affaire. Celui qui est de toutes les « guerres » de l’opposition depuis la chute des Duvalier et qui contribue aussi à divers gouvernements depuis 1990 en tant que ministre pense que cette structure servira à renforcer l’opposition qui en a besoin pour chasser le Président de la République du Palais national avant le 7 février 2021. « Nous avons pris cette initiative, parce que le travail pour établir la démocratie en Haïti demande beaucoup de bras, beaucoup d’intelligence et de détermination et surtout nous avons beaucoup besoin que nous nous mettions ensemble pour débarrasser le pays de ce régime dirigé par le Président Jovenel Moïse qui tolère le banditisme et qui viole la Constitution » assène le chef du Parti Rassemblement Social Démocrate. Le problème c’est qu’aucun des leaders des Forces Nationales pour la Démocratie n’explique vraiment ou n’arrive à convaincre la population des raisons pour lesquelles il y a nécessité de créer un nouveau regroupement politique. Peut-être que la création de ce nouveau front entre dans le cadre des préparatifs de la nouvelle Transition politique qui se prépare dans la perspective du départ effectif du chef de l’Etat au début de l’année ou plus tard, c’est-à-dire, le 7 février 2022 comme semble y croire celui-ci. Bien que, à écouter les responsables de ce regroupement, ils sont aussi motivés que leurs camarades de la Direction Politique de l’Opposition Démocratique (DIRPOD) et ont aussi les mêmes objectifs qu’eux : pousser le Président Jovenel Moïse à démissionner dès maintenant. Toutefois, cela ne leur suffit point pour faire cause commune dans un grand ensemble politique fort afin de parvenir à leur but et effacer les mauvais souvenirs du passé. Mais, on connaît l’adage populaire haïtien « Pito nou lèd nou la » qui peut avoir plusieurs significations et qui peut se traduire vaguement dans ce cas de figure par : vaut mieux échouer tous ensembles que de laisser les autres gagner sans nous. 

C.C

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