En qui croire, enfin?

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Une grande contradiction a apparemment explosé au sein de la classe politique haïtienne, comme quoi deux mondes distincts se retrouvent face à face. L’affaire on le voit déborde largement le cadre d’un conflit. Pourtant à l’inverse ce conflit est une des cartes d’une stratégie de camouflage au service d’intérêts et d’ambitions de la classe dirigeante haïtienne.

Dans une allocution prononcée le vendredi 23 octobre 2020, le président Jovenel Moïse a tout bonnement déclaré « qu’il négocie depuis trois mois un projet d’accord avec l’opposition, de grands acteurs de la scène politique ». 

Sans tarder un secteur de l’opposition a riposté : « Aucun parti membre de la Direction Politique de l’Opposition Démocratique (DIRPOD) n’a été́ contacté ni n’a pris part à aucune rencontre avec le Président de la République ».

Ils étalent au grand jour leur catalogue d’intrigues et de sales coups l’un contre l’autre.

Cette réplique porte sans doute à croire qu’il y existe une certaine confrontation en cours et pourtant ce vacarme assourdissant n’est qu’un moyen de se renforcer l’un l’autre par le truchement de la démagogie purement et simplement. Le mutisme ou les démentis de mensonges allant de part et d’autre ne changeront rien à la réalité du complot que les laquais des classes dirigeantes sont en train de tramer sur le dos des masses défavorisées.

En fait, par manque d’arguments idéologiques pour expliquer les faits sociaux qui rongent le pays, les protagonistes s’adonnent aux fallacieux exercices du mensonge pour brouiller davantage les masses. Ils étalent au grand jour leur catalogue d’intrigues et de sales coups l’un contre l’autre. Duels entre Moise Jean-Charles et Nènèl Cassy, Edmonde Supplice Beauzile, Youri Latortue. Duel entre Kelly C. Bastien et Nènèl Cassy, André et Marjory Michel. Tout récemment, un certain Watson Sanon lié au PLB a apparu sur la scène. Tout ce vacarme n’est que moyens calculés pour détourner les masses exploitées de leurs réels problèmes quotidiens et de ceux que confrontent le pays.

Tous les problèmes de fond du pays ont toujours été escamotés par cette classe politique. Au total nous nous trouvons bien en face d’actions concertées, d’un gigantesque marché de dupes. Quel spectacle honteux à entendre un Réginald Boulos crier « Nou pap janbe san pèp la, ni bliye prizonye politik yo pou n al nan magouy ak manèv louch ak pèsonn » (Nous n’enjamberons pas le sang du peuple, ni n’oublierons les prisonniers politiques pour nous lancer dans la fraude et les manœuvres louches avec quiconque). La mémoire de ces réactionnaires est fichument très courte qu’ils oublient déjà toutes leurs atrocités commises à l’endroit des masses.

Il n’y a aucun discours, pas un seul, aucun argument sérieux et conséquent apporté au débat d’idées que réclame la population, hormis des déclarations creuses, sporadiques de l’opposition traditionnelle qui montrent clairement dans quel sens ces tenants du système capitaliste voudraient résoudre la crise du pays. Bien que la misère et la vie chère deviennent de plus en plus affreuses, il s’agit pour l’opposition de demander tout simplement, mais timidement, l’amélioration des conditions de sécurité de vie des travailleurs et des paysans sans réellement toucher à l’essence fondamentale de ce système d’exploitation en cours depuis toujours.

Peut-on faire confiance à André Michel un ancien gnbiste patenté, issu du Kid de Evans Paul ? Peut-on faire confiance à Youri Latortue dissident du PHTK, ancien instrument de Gérard Latortue sous le pouvoir fantoche de Boniface Alexandre. Gérard Latortue n’avait-il pas qualifié les rebelles de Guy Philippe de « combattant pour la liberté » ?

Peut-on croire en Réginald Boulos et Reynold Georges, transfuges de PHTK ? En Saurel Jacinthe et Joseph Lambert, transfuge des pouvoirs corrompus de Préval ? Tous qui avaient rejoint le PHTK, n’est-ce pas ? Or, les voilà tous passés maintenant à l’opposition, ce ramassis de gens pourris, toujours animés de cette féroce mentalité de continuer à piller le pays et à s’enrichir sur le dos des masses laborieuses.

Au fond, il n’y a pas deux camps, l’exécutif d’un côté et l’opposition de l’autre ; non, il n’y a que des querelles de succession et de transfert de pouvoir. Les masses populaires doivent rejeter ces hommes liges de l’impérialisme, qu’ils soient Jovenel Moise ou tout autre agent téléguidé par les forces obscures.  Ils ne sont que fatras à balayer pour être jeté à la poubelle. Ce sont eux qui provoquent l’aggravation considérable des conditions de vie des masses et en conséquence la misère populaire.

Ces acteurs de l’exécutif et de cette soi-disant opposition ne sont que deux faces d’une même médaille, deux têtes hideuses d’un même corps vermoulu de vices et qui ne défendent qu’une seule et même mauvaise cause : la leur.

En qui croire enfin ? Sûrement pas à ces éternels candidats à la présidence qui colportent le virus d’agression, d’ingérence des impérialistes tout en s’accrochant à la tactique sournoise de jouer double face. Il faut plutôt croire en ces ouvriers, ces paysans, ces jeunes qui sont certes des éléments de classe essentiels pour un changement radical dans un pays où sévissent l’injustice, la faim et la corruption.

Bref, il faut croire en ces couches opprimées, sur la base de leurs revendications économiques, politiques et sociales immédiates, car organisées sous la direction d’une avant-garde militante, nationaliste, progressiste sinon révolutionnaire, elles forment l’ossature idéologique de lutte nécessaire à la transformation sociale, politique, économique, radicale de classe qui devra faire d’Haïti un pays souverain fier de sa deuxième indépendance.

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