Éloge funèbre de Jacques Magloire

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Jacques Magloire au bureau d'Haïti Progrès.

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons voulu écrire ces lignes pour parler de la vie de Jacques Magloire, cet homme extraordinaire qui a vécu une vie apparemment ordinaire au milieu de nous sans fanfare, qu’il fût au Chili, à Cuba, à Paris, ou à New York.

Jacques est né à Hinche, le 12 mai 1938. Il a complété ses études primaires chez les frères de l’instruction Chrétienne, au Cap-Haïtien ; ses études secondaires au Lycée Philippe Guerrier du Cap Haïtien, et ses études universitaires, à la Faculté de droit de Port-au-Prince.

C’était l’époque quand Duvalier réprimait le peuple et ses adversaires vrais ou imaginaires. Jacques, comme beaucoup d’étudiants à l’époque, s’était engagé dans le mouvement de la résistance, cherchant à éduquer et à élargir l’horizon de ceux qui voulaient un meilleur être et un meilleur avenir pour Haïti.

Conséquemment, le 2 Septembre 1969, il a été arrêté à Port au Prince par les Tontons macoutes de Duvalier et jeté en prison à la caserne Dessalines où il a été torturé physiquement et psychologiquement pendant des années, sous la supervision du colonel Breton Claude, assisté par le Lieutenant Emmanuel Orcel.

En 1983, il a émigré aux Etats Unis pour rejoindre l’équipe d’Haïti Progrès. Il était très actif dans la communauté haïtienne.

La mort du dictateur François Duvalier le 21 Avril 1971 et l’ascension de son fils Jean Claude à la présidence n’avaient pas amélioré la situation des prisonniers aux Casernes Dessalines. Cependant, le 24 Janvier 1973, grâce à une opération de trois compatriotes armés qui avaient pris en otage l’ambassadeur American Clinton E. Knox et le consul général Ward L Christensen, Jacques en compagnie de onze autres prisonniers politiques avait été libéré pour se rendre au Mexique.

Du Mexique, Jacques a été invité au Chili par le gouvernement progressiste de Salvador Allende. Ce séjour a été de courte durée, et Jacques a dû laisser le Chili pour Cuba après le coup d’état du général Augusto Pinochet. A entendre ses récits de Cuba et de Fidel Castro à cette époque (1973-1978), c’était la période la plus signifiante et instructive de sa vie politique. Il vivait dans sa société idéale, utopique qu’il rêvait pour Haïti, d’autant qu’il il ne croyait pas au bonheur individuel mais plutôt collectif. De ce fait, il a laissé Cuba pour Paris (1978-1983) où il y avait une communauté haïtienne plus active politiquement. En France, il était un membre de l’association des travailleurs haïtiens (ATHAIF). Il travaillait également comme journaliste au journal “ Haïti libération”, et comme correspondant du journal “ Haïti Progrès”.

En 1983, il a émigré aux Etats Unis pour rejoindre l’équipe d’Haïti Progrès de façon à continuer la lutte pour la libération d’Haïti. Il était très actif dans la communauté haïtienne. En plus de son travail de rédacteur du journal ’‘Haïti Progrès’’, d’enseignant d’alphabétisation à l’organisation des travailleurs haïtiens (ATH), Jacques était aussi un membre exécutif de l’organisation du dixième département, NY et un membre exécutif de la Fédération des organisations du dixième département(FARHE) à NY.

Toutes ces activités politiques n’arriveront pas à capturer l’essence de l’homme que Jacques était. Il faudrait plutôt décrire sa fougue, son engouement pour apaiser la souffrance des autres. Il ne prêchait pas l’égalité, la justice et l’empathie, il les pratiquait.  Les sacrifices qu’il faisait constamment pour s’assurer du bien être des autres était une constante dans sa vie. Il était un homme de principe sur qui on pouvait compter.

Il adorait les enfants, pourtant, il n’en avait aucun. Il a consacré sa vie à la lutte pour une Haïti meilleure. Nous avons perdu un homme intègre, un solide défenseur de la nation, un homme qui vivait par et pour ses convictions. Nous n’oublierons jamais ce grand homme, son sourire, son sarcasme à l’occasion et son amour envers les autres, et toutes choses susceptibles d’élever l’homme dans sa dignité. Nous souhaitons pouvoir émuler sa vie qui était au service des autres.

Condoléances sincères et émues à ses camarades de lutte et à tous ceux et celles que ce deuil a frappé ! Nous lui disons bonne traversée vers les rives de l’éternité.

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