Annulation complète ou partielle, est-ce assez?

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top_front_pictureDepuis 2013, plusieurs forces politiques, dont la Coordination Dessalines (KOD) et Haïti Liberté, ont pris la position que des élections libres, honnêtes et souveraines ne sont pas possibles avec le Président Michel Martelly au pouvoir et la présence continue, après 11 ans, de la force d’occupation militaire MINUSTAH. Ils seraient, comme les outils de Washington, les arbitres ultimes de n’importe quelle compétition électorale.

Après l’annonce du calendrier électoral, toutes les forces de l’opposition anti-Martelly ont changé leur position et ont accepté de jouer au hasard, c’est-à-dire au poker électoral, au lieu de continuer la mobilisation.

Mais après le désastre électoral du 9 août, est-ce qu’on peut toujours continuer dans la même logique erronée? Nous sommes confrontés à une réalité dure et claire: aucune élection sérieuse n’est possible avec l’équipe au pouvoir maintenant.

Mais jusqu’à présent, pas un seul des 57 candidats présidentiels, et plus précisément pas un seul des trois courants qui ont mené le soulèvement contre Martelly et son premier ministre Laurent Lamothe ou qui au moins y ont participé – Pitit Desalin, Fanmi Lavalas, et MOPOD – n’ont pris une position de principe en refusant d’avancer avec ce Conseil électoral provisoire (CEP) et ce gouvernement manifestement corrompu et cynique.

Ainsi finalement, le maître du jeu par ses tactiques mesquines et coquines a fini par les acculer le dos au mur. Certains crient au coup d’état électoral sans demander le départ du régime putschiste; d’autres demandent une quelconque évaluation des élections entachées de fraudes massives, d’irrégularités et de violences; d’autres exigent l’annulation du vote dans les centres où les fraudes étaient massives et dans ceux qui ont été victimes d’actes de violences; c’est-à-dire de rebattre la carte, de rejouer la partie. Enfin, une série de propositions qui n’abordent pas le nœud de la question: qui contrôle ces élections?

Lors de la grande mobilisation trahie, l’un des slogans du MOPOD qui faisait la une était : « élections ou démission ». La question à se poser maintenant pour les dirigeants du MOPOD comme Samuel Madistin, Turneb Delpé, Serge Jean-Louis et l’agronome Jean-André Victor est celle-ci: est-ce que le 9 août était une élection? Oui ou non?

Même le CEP à son tour selon les mots du conseiller Jaccéus Joseph semble être noyé dans la conjoncture ; de sorte que Jaccéus a pris le contre-pied d’un ensemble de décisions prises par l’institution électorale pour se racheter mais tout en indiquant qu’il est en minorité. Il exige une évaluation du processus au sein du CEP afin de fixer les responsabilités des membres de cette institution publique dans les irrégularités enregistrées. Cependant Jaccéus n’est pas totalement une voix discordante au sein du CEP, il peut avoir certaines divergences avec d’autres conseillers, mais fondamentalement, il est logé à la même enseigne que les autres membres, puisque selon lui, le premier tour du scrutin est acceptable, sauf que des correctifs doivent être apportés.1

Cependant, compte tenu de la grosse dose d’opportunisme des acteurs politiques, le CEP arrivera quand même colmater les brèches et remonter la pente. C’est dans cette optique qu’il a annulé tout récemment la réunion qui devait avoir lieu le vendredi 28 Aout avec les partis politiques.

Fanmi Lavalas, de son côté, au moment de la mobilisation pour le départ de Martelly priorisait plutôt celui de Lamothe et non pas celui du président. On l’a écouté jusqu’à remplacer Lamothe par Evans Paul. De plus Lavalas réclamait l’organisation d’élections libres honnêtes et crédibles. Il semblerait bien sûr qu’il ne soit pas satisfait car il a crié à un « coup d’état électoral » et appelé à la mobilisation citoyenne en vue de réclamer l’annulation du premier tour des législatives, selon le candidat de Fanmi Lavalas au Sénat pour le département de l’Ouest, le Dr. Gérard Gilles, qui n’a gagné que 15,086 votes, ou 4.09% des électeurs, le plaçant sixième, d’après les résultats très douteux de la « sélection ».

Quant à la plate-forme de Pitit Desalin, pour sa part, elle semble ne pas faire cas des législatives ce qui l’intéresse le plus ce sont les présidentielles. .

Bien que ces partis jouent à cache-cache, mais certains secteurs de la société ont pris des positions plus ou moins correctes. A Jacmel, par exemple, les manifestants ne chôment pas, ils sont à leur neuvième mobilisation et réclament tout bonnement l’arrestation du président du CEP Pierre-Louis Opont de même que celle de Joseph Lambert, ancien sénateur et conseiller politique du président Michel Martelly qu’ils ont accusés d’être de connivence avec Opont. Les protestataires ont demandé aussi la démission de Martelly qu’ils accusent d’avoir planifié ce qu’ils appellent « le désastre électoral » du 9 août.

Harry Clinton, président de la plate-forme Renmen Ayiti, proteste, lui aussi contre l’entêtement du CEP poursuivre ses opérations au mépris des partis politiques qui appellent à la formation d’une commission mixte d’évaluation du premier tour des législatives. Le candidat de Renmen Ayiti au sénat pour le département de l’Ouest René Civil (le CEP dit il a reçu 4,308 ou 1.17% des votes) a accusé le 26 août le président Michel Martelly de manipuler le CEP. Il appelle les différents secteurs du pays à appuyer les démarches en faveur de l’annulation des élections.11

Signalons que ce ne sont pas seulement les partis d’opposition qui s’en plaignent. C’est que même la Plate-forme Vérité de Préval, qualifiée de proche de pouvoir et favorisée également par le CEP, entre dans la partie ; de sorte que l’un des membres du Directoire de cette Plate-forme, Pierre Martin Tatoute , a appelé le CEP à faire une évaluation profonde de la journée électorale du 9 août en vue de corriger les fraudes constatées. Un méli-mélo sans oublier les protestations de Louis Joseph Chamblain et de Calixte Valentin.

Jusqu’à maintenant, il n’y a pas une décantation de principe ni une position unique des partis ou plate formes politiques tels que Fanmi Lavalas, MOPOD, Renmen Ayiti, Pitit Desalin et autres pour désavouer le CEP, laissant par là une porte ouverte pour continuer leur collaboration avec Opont et Martelly. Ils n’ont pris aucune position catégorique pour dire s’ils veulent la continuation des élections ou la démission de Martelly et de Opont comme l’indiquent les manifestants de Jacmel. Est-ce qu’ils n’entendent pas le mot d’ordre des masses, ou est-ce qu’ils ont peur de confronter les meneurs de jeu, en se martelant la poitrine pour se réclamer d’une « opposition pacifique »?

Mais tout juste après le résultat des sélections, certaines organisations populaires dont le Mouvement Liberté Egalité pour la Fraternité Haïtienne (MOLEGHAF), le Mouvement des Etudiants pour Libérer Haïti (MELA) et le Mouvement d’Opposition Citoyenne (MOC) ont organisé un sit-in devant le siège du CEP à Pétion-Ville pour réclamer l’annulation du premier tour des élections législatives et la démission des conseillers. Très bien, mais est-ce que cela suffit? Est-ce qu’on peut réformer cette structure électorale pourrie? Est-ce que ce n’est pas apporter de l’eau au moulin électoraliste des candidats?

Pour couronner le tout, le jeudi 27 août, plusieurs centaines de personnes, à l’appel du Front National de Coordination des Candidats pour la Lutte Démocratique et du MOLEGHAF, ont réclamé l’annulation des élections du 9 août. Ces organisations populaires, qui dans le passé prenaient une position contre les élections sous occupation et sous Martelly, ont marché depuis les ruines de l’Eglise de Saint Jean Bosco pour mettre fin leur parcours à l’angle des rues Montalais et des Miracles. Ils scandaient des slogans se limitant aux changements des conseillers électoraux, l’annulation du premier tour des législatives, et la réorganisation d’élections générales le 25 octobre.

Parmi les personnalités politiques qui ont approuvé ces revendications en prenant part à cette mobilisation, il nous faut citer des leaders de Fanmi Lavalas Dr. Louis-Gerald Gilles et Dr. Schiller Louidor.

Le citoyen Jean Enold Buteau va dans le même sens en estimant que le premier tour des législatifs est inacceptable et souligne que le CEP doit être tenu pour le principal responsable des incidents malhonnêtes.

Outre des manifestants de Jacmel, le Réseau des organisations pour la communauté haïtienne (ROCH) et d’autres secteurs politiques du pays, se sont réunis, en partenariat, mardi, 1er septembre, dans leur local pour réclamer une énième fois l’annulation des élections législatives du 9 août dernier considérées comme une « mascarade » politique mais de plus, l’arrestation du président du CEP, Pierre Louis Opont. ROCH demande aussi le départ du gouvernement Martelly/Paul. C’est là une vraie position de rupture, pour avancer sur d’autres bases.

Parallèlement, plusieurs partis appellent à un regroupement pour empêcher la réédition du hold-up électoral du 9 août dans l’unique but de ne pas rater la présidentielle annoncée pour le 25 octobre en même temps que le 2ème tour des législatives. C’est à cette fin qu’ils ont organisé une rencontre en ce sens ce mardi 1er septembre.

Par ailleurs, ce mardi, sept candidats à la présidence du secteur protestant devraient désigner l’un d’entre eux comme représentant unique du secteur protestant à la présidentielle du 25 octobre prochain. Ces candidats sont : Joseph Gérald Bataille, Jean-Chavannes Jeune (CANAAN), Jean Clarens Renois (UNIR-AYITI INI), Maxo Joseph (RANDEVOUS), Amos André (FURH), Jean Palème Mathurin (PPG18), Reynold Jean-Claude Bazin (MOCHRENHA) et Lucien Jephthé (PSUH).

Dans la même foulée électorale concernant Opont et Martelly, une quinzaine de candidats à la présidence aurait été conviés à une autre rencontre prévue également ce mardi 1er septembre 2015. Cette démarche a été initiée par les candidats à la présidence de Jistis, André Michel, et de Konviksyon, Steven Benoît.

Les invités? Jean Henry Céant, Sauveur Pierre Etienne, Aviol Fleurant, Edmonde Supplice Beauzile, Maryse Narcisse, Eric Jean Baptiste, Jude Célestin, Fred Brutus, Samuel Madistin, Moise Jean Charles, Wesner Polycarpe, Chavannes Jean Baptiste, et Simon Dieuseul Desras. Benoit et Michel, pensent-ils vraiment que Maryse Narcisse et Moïse Jean-Charles auraient jamais accepté de participer à une telle construction d’alliance politique, s’ils ne savaient pas d’avance qu’ils seront le candidat choisi? Il en est de même pour Madistin et à la rigueur Jean Henry Céant et Sauveur Pierre Etienne. Le candidat de la plate-forme Jistis, André Michel, prévient qu’une défaite de l’opposition est inévitable si les candidats se présentent en ordre dispersé.

Mais, comme Henriot Dorcent, un leader de KOD, a expliqué dans l’émission Haïti en Ondes de Radyo Panou, dimanche dernier, « le problème dans cette conjoncture n’est pas un manque d’unité, qui est toujours souhaitable, [le problème tourne] autour d’un programme, pas [autour] d’une personnalité. Le problème en ce moment c’est qu’une élection crédible n’est pas possible quand le jeu est mené par Martelly et Washington à travers la MINUSTAH ».

Une autre alternative est celle des dirigeants d’une dizaine de partis politiques dont Fusion des sociaux démocrates, Renmen Haïti, Ayisyen pou Ayiti et Reparen qui réclament dans une pétition l’annulation du scrutin et la démission du président du CEP. Ces dirigeants politiques recommandent l’organisation d’élections générales dans le meilleur délai.

Le candidat à la présidence du parti Respè, Charles Henri Baker, essaie de conseiller le gouvernement pour les dangers à venir. Ainsi, il prévient que le refus des autorités gouvernementales et électorales de former une commission pour trouver une solution à la crise pourrait plonger le pays dans une crise ou des manifestations pourraient éclater à travers le pays pour réclamer outre la démission des conseillers électoraux, mais également le départ du Premier Ministre et du chef de l’Etat. Il se dit opposé à une période de transition estimant que ceci empêcherait l’arrivée de nouveaux investisseurs étrangers.

L’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) rejette elle-même l’idée de l’annulation des élections du 9 août et appelle le CEP à se ressaisir à l’approche des joutes prévues le 25 octobre a indiqué le coordonnateur national a.i. de l’OPL, le Dr. Francisco Delacruz.

Pour calmer le jeu et permettre à tous ces candidats mécontents de se conformer à ses volontés, les forces occupantes, l’ONU, et ses partenaires se sont félicités le lundi 31 août 2015 de la tenue du scrutin législatif du dimanche 9 août et ont appelé les partis à attendre dans le calme les résultats définitifs de ce premier tour placés pour le 9 septembre prochain.

La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies, Sandra Honoré, et d’autres membres de la communauté internationale dans le pays représentés au sein du ‘Core Group’ (les ambassadeurs du Brésil, du Canada, d’Espagne, des États-Unis, de France, de l’Union européenne et le Représentant spécial de l’Organisation des États américains) ont apporté leur plein soutien au CEP et au gouvernement: « L’organisation de ce premier tour des élections témoigne des efforts déployés par le Conseil électoral provisoire, le gouvernement d’Haïti et la police nationale du pays en vue de créer un cadre propice à leur tenue ».

Et avant de laisser le pays le mois prochain, l’ambassadeur des Etats-Unis à Port-au-Prince, Pamela Ann White affirme être « acceptables les résultats des élections du 9 août, à défaut d’être parfaits ».

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