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Comme les autres pays, pourquoi la jeunesse haïtienne ne se mobilise pas ?

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Actuellement, dans certains pays du monde, les étudiants ne restent pas indifférents aux problèmes engendrés par la faillite des systèmes politiques en place. La situation est comparable partout, que l’on prenne pour exemples la France, la Belgique, l’Inde, la Roumanie, la Grèce, l’Espagne, l’Allemagne, le Chili, l’Argentine, l’Italie ou le Sénégal où les jeunes et les étudiants en particulier sont en première ligne pour réclamer des changements sociaux. On voit des lycéens se mobiliser pour faire valoir leurs droits et exiger des comptes à l’État, alors même que leurs systèmes éducatifs et leurs conditions de vie sont bien meilleurs qu’en Haïti. Pourtant, pour une raison ou une autre, rien de tel ne se produit ici dans notre pays, alors que les problèmes sont bien plus graves et ne cessent de s’empirer.

Récemment, des étudiants en médecine ont manifesté à plusieurs reprises à Port-au-Prince pour réclamer la réouverture de l’hôpital général, fermé depuis deux ans. Bien que leurs revendications servent l’intérêt de toutes les couches de la société, ils se sont retrouvés seuls, sans même obtenir le soutien d’autres étudiants universitaires de la capitale, de lycéens, ni même des professeurs ou des syndicats. Quant aux organisations populaires (OP), autrefois à l’avant-garde des luttes sociales de masse, on n’en entend plus parler ; elles n’ont pas répondu à l’appel et n’ont manifesté aucune solidarité envers ces étudiants. L’une des raisons à cela est que le système d’exploitation favorise la destruction de l’école en Haïti. L’éducation est privatisée. On encourage davantage les jeunes à quitter le pays. Le système haïtien craint tellement sa jeunesse qu’il facilite son exil, incitant les jeunes à quitter le territoire pour d’autres horizons.

Le pays n’offre aucune alternative aux jeunes ; c’est une façon de les décourager, de les contraindre à quitter le sol national pour chercher un avenir ailleurs, au lieu de se battre pour le changement. Beaucoup ont émigré en Amérique du Nord (Canada, États-Unis, Mexique), ainsi qu’en Europe (France, Espagne, Belgique, Turquie). On en trouve même quelques-uns en Russie, en Afrique sans oublier tous ceux qui sont partis au Brésil, Chili, Cuba, Équateur, Colombie et Venezuela. Les plus démunis ont traversé la frontière pour aller travailler en République dominicaine, tandis que d’autres, plus favorisés, se sont inscrits à l’Université, buvant jusqu’à la lie le calice xénophobe des dirigeants de ce pays. En Haïti, l’Etat se désintéresse des problèmes réels de la population.

Il suffit que les problèmes personnels de quelques-uns soient résolus, pour qu’on néglige les difficultés de la majorité. Dans la capitale, de nombreux établissements scolaires sont tombés en ruine et manquent même des infrastructures les plus élémentaires pour dispenser les cours. N’en parlons pas des villes de provinces qui n’ont jamais été le souci des classes dirigeantes. Une calamité ne peut en cacher une autre. Comment expliquer que quatre, voire cinq établissements scolaires différents partagent un même bâtiment. L’irresponsabilité de l’État n’est plus à démontrer. Les professeurs ne sont pas payés pendant que des sommes exorbitantes servent à payer des mercenaires étrangers ou s’envolent pour des lobbyings à Washington. Des sommes considérables sont dilapidées par le pouvoir en place. Le Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé a signé des contrats faramineux avec des entreprises étrangères pour la construction de prisons, alors que rien n’est fait face au délabrement de lycées et des écoles publiques abandonnés sous prétexte d’insécurité.

Le facteur commun n’est pas une opportunité commerciale, mais de corruption qui se cache derrière tout cela. On abandonne les locaux scolaires pour louer des installations coûteuses appartenant souvent à un membre de la famille ou à un proche du pouvoir afin de toucher des pots-de-vin. Dans un tel contexte, l’insécurité perdurera inévitablement car elle profite à trop de monde. Ne soyez pas surpris de constater que ceux-là mêmes qui la dénoncent sont les premiers à en tirer profit. La raison est que les dirigeants des partis politiques sont en quelque sorte la “cinquième colonne”. Ils sont tous subordonnés aux oligarques locaux et aux puissances dominantes. De nombreux professeurs servent les intérêts des classes dirigeantes, notamment par le biais des partis politiques auxquels ils sont affiliés.

Nous ne sommes plus à l’époque où les grèves estudiantines étaient organisées dans l’intérêt des populations défavorisées. Depuis, le système instrumentalise de faux militants de gauche pour désorienter la jeunesse.  Avec honte, on a constaté qu’une personnalité de gauche anti-impérialiste, à l’instar d’Antoine Augustin, ayant un passé de progressiste est devenu ministre de l’éducation d’un gouvernement de transition mis en place par la bourgeoisie rétrograde et les puissances impérialistes.

Et combien d’opportunistes, de syndicalistes, de faux socialistes ou faux révolutionnaires  ont accepté des postes au sein de ce gouvernement  fantoche pour soutirer quelques dollars.  Sous l’administration du Conseil présidentiel de transition (CPT), aucune revendication n’a été formulée par l’Union Nationale des Normaliens Haïtiens (l’Unnoh) de Josué Mérilien devenue totalement inaudible. Durant cette période, tous les problèmes concernant l’éducation, l’état des bâtiments scolaires et le salaire des professeurs semblaient avoir trouvé de solution. Car c’était le silence complet malgré la détérioration des conditions de ce groupe social. Ce sont tous ces facteurs qui entravent aujourd’hui la progression de la lutte globale, sans parler de la lutte spécifique des étudiants et de la jeunesse du pays en général.

Nombre de mouvements de luttes organisées au nom de la population, notamment la mobilisation exigeant de savoir comment les 4,5 milliards de dollars américains du fonds de PetroCaribe ont été utilisés n’a jamais constitué une véritable revendication visant un changement réel. L’on se souvient tous du fameux slogan : Kot Kòb PetroCaribe a !  En réalité, pour beaucoup de ceux qui portaient ces revendications, il s’agissait juste de régler des comptes politiques personnels, non seulement pour déstabiliser les gouvernements d’alors, mais aussi pour dissimuler leur propre implication dans le gaspillage de ces fonds. D’ailleurs, comme on peut le constater depuis l’assassinat du Président Jovenel Moïse, cette revendication est bien morte et enterrée.

Cette revendication a connu une fin encore plus tragique que celle du Président dont le nom fait toujours écho et empêche certains de dormir. Ce sujet n’est plus évoqué nulle part, oublié comme s’il n’avait jamais existé. Tout cela explique que ce ne sont pas les intérêts du pays qui les avaient véritablement mobilisés. La réouverture des classes a eu lieu il y a plus d’un mois.  Pourtant, aucun des syndicats du pays, même timidement ou en apparence, n’a élevé la voix à titre de protestation, comme à l’accoutumé, contre le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), Vijonet Demero, pas la moindre revendication. Cela signifie-t-il que tout se déroule à merveille ? Pas vraiment.  Le ministre a sans doute neutralisé la situation en recourant à la corruption pour rallier à sa cause les figures de proue afin qu’elles restent toutes muettes.

La population en est arrivée au point de ne plus faire confiance à aucun de ces individus, car elle ne sait jamais quand ils disent la vérité ou quand ils mentent. C’est dans ce contexte qu’aujourd’hui, malgré la hausse de l’inflation, le coût élevé du carburant, le chômage endémique, la baisse du pouvoir d’achat et la menace d’une privatisation généralisée du pays, notamment  son système universitaire, la jeunesse haïtienne ne descend pas dans la rue.  Elle est comme perdue, sans aucun repère et de fait, réduite à sa plus simple expression. Elle est contrainte de chercher par elle-même les moyens de survivre, jusqu’à être victime de dirigeants politiques sans scrupules qui l’ont trompé.

Si le peuple ne se soulève pas, comme on le voit dans de nombreux pays à travers le monde, ce n’est pas parce qu’il n’est conscient de ses conditions mais parce que la classe politique traditionnelle l’entraîne sur un terrain où il finit par se désintéresser de la sphère sociale et politique. Voilà pourquoi le pays a besoin de véritables partis politiques révolutionnaires pour encadrer et accompagner la population dans sa lutte pour le changement mais non de mercenaires politiques qui ne cherchent qu’à s’enrichir sur le dos du peuple.

 

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