Certains qualifient le « progressisme » de « centrisme ». D’autres le qualifient de « droite modérée » ou de « gauche réformiste ».
Il existe des formes de progressisme qui ne sont rien d’autre qu’une droitisation de la gauche, à des degrés divers.
La modération est leur mot d’ordre. Pas de radicalisme. Pas de révolution, et même une distance constante vis-à-vis de toute réforme transformatrice.
Zéro anticapitalisme.
Nous sommes jugés « dépassés », nous qui proposons d’« exproprier les expropriateurs ». Il faudrait respecter la grande propriété privée, les monopoles, les oligopoles, les latifundia et les sociétés transnationales, qui ont spolié une grande partie de la société de ses biens.
Ils combattent l’appauvrissement par des programmes sociaux d’assistance fragiles et par des augmentations de salaire aussitôt englouties par l’inflation.
Ils cherchent à « social-démocratiser » le véritable socialisme et n’en utilisent le nom que comme simple rhétorique, sans viser la socialisation de la propriété des moyens de production et des services.
Ce qui a déjà été privatisé par le néolibéralisme — généralement une part considérable — reste privatisé, même lorsqu’ils critiquent démagogiquement ce modèle.
Ernesto « Che » Guevara disait qu’il n’y avait rien de plus ambigu que l’étiquette de « progressiste ». Et le Che avait raison, surtout lorsqu’on dresse le bilan des gouvernements dits progressistes.
Les changements modérés et les réformes mis en œuvre par les diverses formes de progressisme sont trop limités et trop vulnérables pour permettre de surmonter les inégalités criantes et la multitude de maux accumulés au cours de la domination capitaliste-impérialiste. Les courants progressistes et ce que l’on appelle les gauches modérées éludent la question de l’anti-impérialisme et celle du dépassement du colonialisme impérialiste.
Leur vision de l’indépendance et de la souveraineté est très limitée, voire quasi inexistante. Leurs gouvernements évitent toute critique du capitalisme et composent avec l’oligarchie capitaliste. S’il leur est tactiquement avantageux d’évoquer le socialisme, ils le font à des fins de propagande : des mots, sans actes pour étayer leurs discours.
Ils refusent de s’attaquer aux causes des injustices sociales, de l’exploitation, des inégalités, des discriminations et des oppressions.
Le plus souvent, ils gèrent la démocratie représentative libérale et ses institutions, et s’inscrivent dans la vieille machinerie permanente de l’État sans chercher à l’abolir. Ils tentent de nous égarer avec une transition qui, bien qu’elle nécessite un traitement approprié et digne pour les micro, petites et moyennes entreprises, inclut dans sa logique modérée une complaisance et une subordination inacceptables envers le grand capital financier, commercial, industriel et numérique.
Ils laissent libre cours à la corruption, au bureaucratisme, aux pratiques clientélistes, à l’électoralisme libéral et aux concessions néolibérales exigées par les élites capitalistes transnationales et locales.
Ils renoncent à bâtir un pouvoir populaire et à organiser la révolution. Ils laissent intacts les fondements économiques et sociaux — capitalistes et impérialistes — sur lesquels reposent les partis traditionnels de droite et d’extrême droite, ainsi que les nouvelles droites pro-fascistes. Ils ne procèdent pas à l’expropriation du grand capital privé qui les finance et les soutient, ni de celle des agences internationales.
Ils tendent fondamentalement à gérer le vieil État capitaliste et les nouvelles crises sans opter pour des changements structurels et culturels profonds. Leurs réactions face à la domination de classe, patriarcale, raciste ou impérialiste sont bien trop faibles.
Les courants progressistes constituent une manière de faire de la politique qui évite d’appartenir à la gauche révolutionnaire et de développer des forces transformatrices. Ils l’adoptent plutôt pour abandonner, de manière trompeuse, l’idée de révolution politique et sociale ainsi que celle de libération nationale et sociale ; pour renoncer à l’engagement envers les travailleurs, les milieux modestes et les classes moyennes appauvries.
Une telle position implique, dans les faits, le renoncement au projet de révolution continentale et mondiale, à celui d’une « Grande Patrie » libérée et au socialisme. Cela suscite la méfiance, engendre un sentiment d’abandon et ravive le désespoir au sein de larges secteurs de la société.
Cela affaiblit sur le plan politique. Cela affaiblit sur le plan électoral. Cela profite aux partis de droite traditionnels. Cela freine leur érosion et renforce la nouvelle droite néo-fasciste et populiste, qui s’appuie fortement sur des fondamentalismes religieux manipulés par les services de renseignement américains et sionistes.


La modération favorise l’essor du néofascisme.
La modération du progressisme — qui inclut le glissement à droite de certaines gauches — facilite son remplacement par de nouvelles droites aux accents fascisants et ouvre la voie au néofascisme populiste ; celui-ci sait tirer parti du profond mécontentement populaire à l’égard de ces pseudo-démocraties, de la classe politique traditionnelle, ainsi que de ses « castes » et « clans » corrompus.
Ces nouvelles droites savent exploiter les réseaux sociaux et se présenter comme radicales face au système dominant, à un État gangrené et à une société en proie à l’insécurité, frappée par la délinquance ordinaire et le « lumpen-capitalisme ».
Elles savent introduire dans la vie politique les aspects les plus conservateurs des courants dogmatiques du protestantisme évangélique et du catholicisme.
Ces nouvelles droites, idéologiquement néofascistes, prônent l’individualisme et la sphère privée au détriment de l’État et du domaine public ; elles exacerbent l’égoïsme et dénigrent tout ce qui relève du collectif, au sein de sociétés marquées par la prolifération du travail indépendant précaire, l’exclusion sociale, la désindustrialisation, l’usure, l’économie dite informelle, le chômage, les jeux de hasard, le désespoir et les fondamentalismes religieux.
Le discours radical du néofascisme populiste est simple, superficiel et démagogique, imprégné de toutes les contre-valeurs conservatrices. Pourtant, il s’avère bien plus séduisant que le discours modéré du progressisme et de ces gauches « social-crétines ».
Le capitalisme et l’impérialisme actuels sont trop radicaux pour justifier la modération de ceux qui les combattent. Cela explique cette montée du néofascisme, propulsée par le néofascisme trumpiste américain, le sionisme israélien et leurs puissants relais religieux.
Cela explique également leurs victoires électorales, largement alimentées par les « fermes à bots »* et les manipulations numériques orchestrées par des figures telles que Cerimedo**, Negre***, Marco Rubio et leurs acolytes de la mafia numérique. Des pièges fondés sur une montée en puissance réelle du discours et l’expansion de contingents néo-fascistes se parant des atours du libertarianisme ; une stratégie efficace face à un progressisme timoré et une gauche qui a basculé vers la droite.
Une véritable vague qui a réussi, pour l’heure, à vaincre une mouvance progressiste enlisée, en recul et en pleine crise. Une crise du progressisme causée par ses positions timorées, sa modération infondée et sa peur de bousculer les frontières d’un système en déclin.
Les faits sont là pour le prouver.
Milei et les libertariens fascistes argentins ont triomphé face à un péronisme corrompu et profondément ancré dans le système, incapable d’impulser des changements structurels et figé dans un réformisme mou.
Les incohérences du « correísmo », la corruption de son vice-président et la trahison honteuse de Lenín Moreno ont facilité la montée de l’extrême droite, laquelle a fini par porter au pouvoir d’abord Lazo, puis le néo-fasciste Noboa.
Le glissement à droite de Boric a ouvert la voie au fasciste Kast. La modération progressive de Lula, ses alliances avec des secteurs de droite et la révélation des liens de son gouvernement avec les pratiques de corruption des entreprises de BTP Odebrecht et Andrade Gutiérrez ainsi qu’au sein de Petrobras (exportation de la corruption brésilienne) ont fini par favoriser l’ascension du clan néo-fasciste des Bolsonaro.
Au Brésil, les politiques d’assistance sociale se sont révélées insuffisantes face aux inégalités sociales brutales, à l’insécurité sociale accablante et à l’accumulation des privations.
La radicalité du discours et de l’action du bolsonarisme a davantage séduit la jeunesse que la modération persistante du PT et ses capitulations face à un capital financier en pleine expansion. En Colombie, le réformisme limité de Gustavo Petro, l’hostilité envers Nicolás Maduro et le processus bolivarien du Venezuela, son alliance avec Boric, ses hésitations face à une fraude éhontée, sa tolérance à l’égard des bases militaires américaines ainsi que l’interventionnisme de Trump et des courants évangéliques pro-fascistes en faveur d’Abelardo de la Espriella ont créé un contexte dans lequel les États-Unis ont réussi à imposer en Colombie un équivalent local de Milei.
La gestion désastreuse de Pedro Castillo a ouvert la boîte de Pandore du « fujimorisme » et du trumpisme, avec toute leur agressivité perverse, jusqu’à ce qu’ils s’imposent au Pérou par la ruse et la force.
Lors de leur retour au pouvoir, Mel Zelaya et Xiomara Castro ont mené une gestion si chaotique et si éloignée des aspirations populaires qu’ils ont ouvert la voie au candidat néo-fasciste soutenu par Donald Trump et par l’ancien président et narcotrafiquant Luis Orlando Hernández.
Dans ces cas comme dans d’autres, cette dérive vers une droite aux accents fascisants résulte de l’intervention impérialiste, de l’action néfaste des droites — anciennes comme nouvelles — et du terrain favorable offert par le mécontentement populaire envers des gouvernements et des partis ayant trahi ceux qui les avaient soutenus, le tout presque toujours au nom du progressisme ou d’une gauche de façade.
Il est frappant de constater à quel point la radicalité intelligente et fondamentale ainsi que le courage de López Obrador, de Claudia Sheinbaum et du parti Morena assurent la solidité, le renouvellement constant et l’immense popularité de l’actuel gouvernement mexicain.
Il en va de même aux États-Unis, avec les succès des gauches socialistes américaines et le déclin persistant du trumpisme ainsi que des appareils du PRI et du PD. C’est le signe qu’il faut opposer à la radicalité fasciste une gauche radicalement transformatrice et innovante, et non une alternative si modérée et si raisonnable qu’elle en frise la stupidité.
Quoi qu’il en soit, dans les deux cas, l’irruption des fondamentalismes religieux dans la politique électorale constitue une menace redoutable, face à laquelle aucune réponse mûrement réfléchie et dûment mise en œuvre n’a encore été structurée.
La dimension idéologique et culturelle — et plus spécifiquement les changements que ces religions introduisent dans la vie politique et les comportements électoraux — mérite une réflexion approfondie visant à élaborer des réponses alternatives, notamment en ce qui concerne leur impact sur les larges couches défavorisées de nos sociétés.
Ndlr.
*Une ferme de bots (ou fermes à bots) est un groupe de comptes automatisés contrôlés en masse pour simuler des actions humaines en ligne.
**Fernando Gabriel Cerimedo est un consultant politique et un journaliste argentin. Il est connu pour son engagement aux côtés de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro et du président argentin Javier Milei aux campagnes politiques desquelles il a activement participé en 2018 et en 2023 respectivement.
***Javier Negre, est un journaliste espagnol, opérant couramment en Amérique latine, connu notamment en Argentine où il soutient les politiques de Javier Milei.
Saint-Domingue, République dominicaine
Aporrea news 08 Octobre 2026









