Yes, sir

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Ours Isabelle de l’Himmalaya, aussi poilu que le président.

 Il est tout juste passé minuit. Le président enfile son pyjama et s’apprête à se mettre au lit. Il fait vaguement un signe de croix. Sa femme alors lui signale qu’il n’a pas besoin de se prêter à cette simagri cruciforme, puisque, dit-elle, “tu ne crois ni en Dieu ni au diable”. De façon inattendue, le téléphone sonne. Le premier mandataire de la nation décroche:

-Allo! Ici le président de la république, le chef suprême, celui qui prend toutes les décisions.

– Ah! Répond une voix  masculine. Je suis l’assistant de cet ambassadeur le plus puissant des diplomates accrédités au pays. Il voudrait vous parler.

– Yes, sir.

Hey man!  Vous vous êtes laissé aller à dire que vous êtes “celui qui prend toutes les décisions”. Ah! C’est nouveau. Quelqu’un aurait-il décidé que je suis un diplomate non grata et que je devrai gratter dans les prochaines vingt-quatre heures. Ça sent le communisme, la dictature bolchevique, mon nègre. Take it easy, take your blood, my dear. Pran san w, monchè.

– Yes, sir.

– Que ce soit votre dernière sottise, votre dernière balourdise, votre dernière nigauderie, votre dernière crétinerie. Que ce soit au téléphone, en conversation avec vos barbouzes ou avec vos conseillers piptabak, en pyjama ou en tenue de ville, à pied, à cheval, en voiture, en caravane ou en hélicoptère, en privé ou en public, arrêtez de balourdiser. C’est bien compris?

– Yes, sir.

– Depuis que, grâce à mes manœuvres de coulisse, mes coulissades, vous avez pu reprendre du poil de la bête, vous n’avez jamais pensé à me remercier. Fieffé ingrat, vulgaire hypocrite, vil PHTKIste. Fils de tel jan telle manière que vous êtes. En passant, je vous trouve bien poilu ces jours-ci, hein! Quelle nouvelle bête êtes vous maintenant? Aussi poilu que je vous vois, êtes-vous devenu un ours Isabelle de l’Himmalaya? Un ours noir du Canada, un ours brun des Carpates ou un ours blanc polaire? C’est dangereux votre appétit oursant. Franchement, vous en avez du poil!

– Yes, sir.

– En terme d’ingratitude, je peux dire: tel maître, tel élève. Vous avez bien intériorisé l’adage francisco-duvaliériste “la reconnaissance est une lâcheté”. Alors, les fauves sont lâchés. Je vous laisse faire, mais attention à votre cul (politique, sous-entendu).

– Yes, sir.

– Attention! Il ne faut pas verser dans la bêtise. Ne vous croyez pas tellement intelligent. Makdonal en avait dit davantage… Je peux vous sauter le zizi (politique, j’entends) en deux temps et moins de trois mouvements.

– Yes, sir.                                                                                                                                             – Je me rends compte que jusqu’à présent vous n’avez pas encore été en mesure de faire entendre raison à cette frange politicienne opportuniste en folie et en furie qui s’est autoproclamée ‘‘radicale”, populaire et patati et patata. Vous n’avez même pas été foutu capable d’aller célébrer le 216e anniversaire de l’Indépendance d’Haïti aux Gonaïves. Vous êtes une vraie poule mouillée, un froussard, un trouillard, un pétochard, un poltronnard. C’est une mollesse de comportement politique intolérable, une trouillarderie qui me déçoit,

– Yes, sir.

– Qui m’agace,

– Yes, sir

– Qui m’énerve,

– Yes, sir

– Qui m’irrite,

– Yes, sir.

– Vous devez vous décider et vous mettre à la tâche, d’autant que votre dossier est très lourd, très épais, extrêmement compromettant. Vous devez choisir entre une fin de mandat ‘honorable’ (sic) et un kidnapping à la 2004.

– Yes, sir

– Parlons peu, mais parlons bien. Vous êtes tellement poilu que vous avez osé faire des menaces sans m’avertir. Votre poilutance me donne à réfléchir. Vous êtes totalement cinglé, sonné, timbré, fêlé, vous êtes peut-être tombé sur la tête, vous êtes dingue, sacrément dingo. Quelle mouche vous a piqué? Vous faites des menaces, vous en avez de l’audace!

– Yes, sir.

– Vous avez menacé de trancher sept têtes, il ne restait plus que cette hardiesse, cette soudaine pulsion pour la tranchance, la coupance, la découpance. Vous avez dû rêver d’être un Héraclès du XXIe siècle. Vous comptez assurément faire mieux que lui, puisque vous avez affaire à sept Hydres de Lerne. Vous donnez dans la grandiloquence, l’arrogance, la superbance, l’entêtance, et même l’Hydrance. Cette folie Lernante pourrait vous coûter cher. Ma parole, vous menacez la bonne société payapaka

– Yes, sir.

– Vous êtes Haïtien, vous avez certainement entendu parler de lajan SHADA.

– Yes, sir

– Eh bien, c’est l’argent de SHADA,  enfin, l’argent des bourgeois qui vous a permis de gesticuler, de caravaner, de pavaner, de menacer, même si au départ eux, les bourgeois, et nous de l’ambassade savions que vous étiez un incapable, un irresponsable, un impréparable, un inaméliorable, un inavançable, un intransformable.

– Yes, sir

– Vous n’avez aucune qualité, aucune qualification sauf celle de siphonneur patenté des caisses de l’État, ce bien avant même que vous fûtes président. Nous avons dû nous forcer pour faire de vous une marionnette tellement vous êtes nul.

– Yes, sir.

– Vous fites tant et tant, vous gesticulâtes tant et tant pour obtenir la Marionnetture, vous vous prévalûtes de votre origine paysanne, vous vous entraperçûtes assis sur la chaise bourrée,  vous pleurâtes à torrents, vous nous implorâtes à genoux, vous geignîtes tel un enfant gâté, vous voulûtes tellement remplir ce rôle marionnettant que nous dûmes tordre le cou (et le poignet) aux bourgeois pour qu’ils se pliassent, se résignassent, cédassent, se résolussent, se soumissent, se fissent à l’idée qu’ils devaient casquer pour faire de vous une doublure. Et s’il faut tenir compte du rôle Dermalogant, envahissant de votre épouse, je peux carrément, rondement parler de triplure.

– Yes, sir.

– Auriez-vous par hasard en tête de renouveler le mauvais coup que votre regretté Papa Doc fit aux commerçants du bas de la ville pour les forcer, par la violence, à livrer au peuple les produits de première nécessité qu’ils avaient cachés pour faire monter les prix et réduire la populace à sa plus simple expression? Vous perdez le ciboulot, c’est une poussée de folie qui réclame une consultation psychiatrique. Ça alors!

– Yes, sir.

– Entendons-nous, Papa Doc était un intellectuel, un professionnel, un vrai (sic) médecin qui avant sa métamorphose frakensteinienne contribua à éradiquer le pian en Haïti. C’était aussi un homme politique de bonne souche sociale (resic). Il pouvait se permettre certaines audaces, mais vous, là, vous n’êtes rien, trois fois rien et vous menacez ces bourgeois qui ont fait de vous une girouette, un pantin au service de leur classe sociale. Vous avez poussé un peu trop loin votre macabre plaisanterie.

– Yes, sir.

– Me voici au bout de mon appel téléphonique. Il me faut une bonne rasade de zodevan pour chasser les cauchemars que vous m’avez causés. J’entends que vous vous départiez de votre dégueulasse mollesse face à cette frange de l’opposition dite radicale qui a complètement perdu les pédales. Un ramassis de nuls en fait. Enfilez vite votre kanson fè, faites appel aux mânes du bon doc François (sic),  paufinez votre nouvelle approche démago-populiste, polissez-la sans cesse et la repolissez, ajoutez quelquefois après m’avoir informé, bien entendu, et souvent effacez. Vous comprenez?

– Yes, sir.

– Je vous ferai parvenir un exemplaire de Le Prince. Appliquez-vous à bien le comprendre. Machiavellisez vos ennemis tribòbabò et méritez que nous vous soutenions jusqu’à la fin de votre mandat. Quant à votre métamorphose démago-populiste, faites-en un usage très modéré, car tout ce qui frise le communisme me donne la nausée et me met en colère. Alors, un homme averti en vaut deux, une doublure en vaut trois et une triplure en vaut dix. Allez, bonne nuit.

– Yes, sir… euh.. God bless America!

 

5 janvier 2020

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