Tragique carnaval : qui sont les vrais responsables?

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Au cours du déroulement de la deuxième journée du Carnaval de 2015, une tragédie sans précédent s’est produite en plein cœur du Champ-de-Mars. Selon les chiffres officiels, 18 carnavaliers en ont fait les frais ; mais selon des rumeurs, on parle d’environ 40 à 50 morts. Un fait est certain. Des dizaines de carnavaliers auraient été sacrifiés pour des causes politiques. Dans un contexte politique caractérisé par de multiples crises: électorale, économique, sociale et de gouvernance, le régime tètkale néo-duvaliériste réactionnaire est prêt à tout faire pour conserver le pouvoir. Le pouvoir est acculé au mur face aux revendications populaires et de l’Opposition démocratique. Il a eu recours au carnaval pour calmer la hargne populaire, malgré la vie chère qui fait rage au sein de la population.

Face à cette situation, le carnaval de 2015 est utilisé par le régime féodal de Martelly-Paul comme un instrument de diversion sur le plan politique pour tenter d’asseoir, une fois de plus, sa dictature. On se rappelle, au début de la dictature des Duvalier au cours des années 60, ces mêmes pratiques de bamboche populaire avaient été utilisées pour asseoir un régime dictatorial durant plus de 29 longues années. Sans occulter le non-respect des normes dans la vie politique en Haïti, notamment dans l’organisation des festivités carnavalesques, la haute portée mystique introduite dans le carnaval ne peut, en aucune façon, être passée sous silence.

La construction pour la première fois d’un stand du Cimetière de Port-au-Prince au Carrefour des rues Capois et Saint-Cyr, coûtant plus de 10 mille dollars US, orné de représentations symboliques, des fantasmes collectifs de la Nation en dit long. De mémoire d’homme, on n’a jamais vu la construction de stand du Cimetière de Port-au-Prince sur le parcours du carnaval.

La construction de ce stand à ce carrefour, à proximité duquel s’est produit ce drame qualifié de massacre du Champ-de-Mars, d’homicide, d’acte criminel et d’une action criminelle de haute portée, interpelle les consciences.

Des interrogations viennent de part et d’autre : pourquoi la construction d’un stand du Cimetière de Port-au-Prince sur le parcours du carnaval et à ce carrefour, sur lequel étaient inscrits des slogans incendiaires et provocateurs : « FRAP-LA, N AP MANYEN yo » ? Il faut toutefois noter que ce vocable « FRAP » nous rappelle l’organisation terroriste dénommée FRAPH constituée d’atache, dirigée par des bourreaux tels Louis Jodel Chamblain, Toto Constant et consorts, suite au coup d’Etat militaire du 29-30 septembre 1991. Qui a financé la construction de ce stand et à quelle fin ? Pourquoi a-t-il été construit au même endroit que ceux du Palais national, de la Primature et du Parti des hommes au pouvoir, PHTK ? Pourquoi au lendemain du drame, s’est-on précipité d’organiser une autre cérémonie mystique soi-disant en mémoire des disparus ? Pourquoi les cadavres ont-ils été kidnappés jusqu’à l’inhumation du samedi 21 février ? Pourquoi les parents des victimes n’ont-ils pas eu accès aux corps de leurs proches ? Pourquoi les victimes d’autres types de tragédie n’ont-ils pas eu le même traitement ? Autant de question que des citoyens avisés se posent et pour lesquelles ils souhaiteraient avoir une réponse.

Le pouvoir de facto Martelly-Paul utilise cette tragédie pour alimenter la campagne électorale de la candidate du parti haïtien Tètkale (PHTK). Après ce drame, on ne voyait sur la scène ni l’occupant du Palais national ni celui de la Primature. Il n’y avait que ladite Première dame, Sophia Saint-Rémy Martelly qui était en train de coordonner un centre de secours qui se trouve dans le stand du Palais national. Aucun signe d’émotion et de tristesse n’a été remarqué sur le visage de celle-ci. La ministre de la Santé publique n’était pas présente. Le lendemain, la première dame se trouvait en première loge, à côté de son mari et de son chef de campagne, Evans Paul pour faire le dépôt des gerbes de fleurs sur les lieux du drame. Quelle affaire ! Le pouvoir tètkale utilise les cadavres du carnaval pour faire du capital politique. Pourquoi toutes ces extravagances dans le carnaval, qui devrait être une ambiance populaire, dans un pays le plus appauvri de la planète-terre ? Ces centaines de millions de gourdes ne devraient-ils pas de préférence servir à payer les professeurs d’écoles pour permettre aux élèves de rester dans les salles de classes ? Le matériel médical mis à la disposition de Sophia Martelly aurait pu être mis à la disposition à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH) pour servir dignement la population ?

En tout état de cause, qui sont les responsables de la mort tragique des dizaines de personnes, des disparus et des centaines de blessés au Champ-de-Mars, lors du déroulement du carnaval organisé par un régime assoiffé de sang ? S’il n’a pu arriver à commettre des massacres aussi crapuleux au cours de différentes manifestations populaires réclamant le départ inconditionnel de monsieur Martelly du Palais national, le déroulement de cette ambiance populaire, était le lieu idéal pour le faire. Donc, les premiers responsables de cette tragédie odieuse ne sont autres que l’occupant du palais national, Michel Joseph Martelly, l’occupant de la Primature, Evans Paul, chef campagne de Sophia Martelly. Selon divers secteurs de la vie nationale, les responsables de ces actes criminels qui sont loin d’être un accident, sont les dirigeants de l’Etat. L’Etat haïtien est devenu un Etat bambocheur, un Etat gaspilleur en dépit de ses maigres ressources.

En réalité, une part des responsabilités va également aux dirigeants de l’opposition qui en guise d’accélérer le mouvement anti gouvernemental, de mobiliser le peuple à boycotter le carnaval et de déclarer une grève illimitée pour la baisse du prix des carburants, ont opté pour une trêve qui a fait l’affaire du régime, laissant les étudiants des universités et à Damiens seuls dans les rues contre le pouvoir.

En fait, comment un gouvernement de facto qui ne peut pas organiser un carnaval et garantir la sécurité des carnavaliers, pourrait-il parvenir à organiser des élections ? Ce qui est arrivé au Champ-de-Mars n’est-ce pas un signe précurseur de ce qui va se passer aux prochaines élections avec de tels dirigeants aussi insouciants au pouvoir. ? Donc, la mobilisation générale exigeant le départ de monsieur Michel Martelly et de Evans Paul, et pour la baisse des prix des produits pétroliers doit se poursuivre jusqu’à la victoire finale. Aucune élection n’est possible avec des criminels notoires au pouvoir, après le tragique carnaval de cette année au Champ-de-Mars.

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