Qui ont eu intérêt à assassiner Me Monferrier Dorval ?

0
511
Le Bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Port-au-Prince, le professeur et juriste Me Monferrier Dorval 64 ans, assassiné par deux projectiles à la poitrine dans la soirée du vendredi 28 août 2020.

À qui pourrait profiter un crime aussi spectaculaire : l’assassinat crapuleux du Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Port-au-Prince, le professeur et juriste Me Monferrier Dorval 64 ans, par deux projectiles à la poitrine dans la soirée du vendredi 28 août 2020 juste après avoir garé sa voiture en sa résidence à la rue Pomier, Pèlerin 5, non loin de la résidence privée du président de la République Jovenel Moïse ?

N’est-ce pas un coup de maitre, bien orchestré pour créer la confusion puisque vu la conjoncture politique, tous les protagonistes sont susceptibles de commettre un tel crime. Cette main invisible qui a mortellement frappé le bâtonnier et s’est assurée qu’il soit décédé peut-être aussi bien une affaire de règlement de comptes personnels que relevant des affaires juridiques ; mais pour l’essentiel elle a utilisé le moment politiquement opportun pour essayer de brouiller les pistes de son forfait. Et la justice injuste va faire en sorte que l’enquête se poursuive indéfiniment.

Me Monferrier Dorval

En fait, la conjoncture politique n’est pas innocente, c’est un cas courant dans la politique haïtienne puisqu’il y a la question de fin de mandat de Jovenel Moise le 7 février 2021 qu’il faut accélérer et pour laquelle il faut trouver des ingrédients pour la faire avancer dans cette direction.  Alors que pour sa part, Jovenel Moise et ses tuteurs de la Communauté Internationale ne cessent d’avancer leurs pions d’élections sans avoir les moyens réels de leur obsession électorale sauf de l’imposer par la force.

Sans oublier la question épineuse du Rapport de la Cour supérieure des comptes sur la dilapidation des fonds de Petrocaribe.

Outre le fait que le bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, M. Monferrier Dorval est l’avocat de Dimitri Vorbe dans le dossier de la Sogener S.A. face à l’Etat haïtien. Tout récemment, il plaidait dans les médias pour une nouvelle Constitution avant l’organisation des prochaines élections, il était partisan de ceux qui partagent l’idée que la Constitution de 1987 est source de crise et veut lâcher la main de la présidence de façon à permettre à un chef de l’État élu au suffrage universel direct de réaliser les promesses de sa campagne électorale.

D’autres en plus Me Monferrier Dorval avait pris position catégorique contre les décrets publiés par le président de la République.

En somme, le Bâtonnier a-t-il été assassiné pour ses idées de changement au sujet de la Constitution où il suggérait de supprimer le poste de Premier ministre ? Est-ce qu’il y a nécessité d’un Parlement Bicaméral et selon lui le président devra prêter serment devant la Nation non plus devant le Parlement comme à l’accoutumée ?

De nombreuses institutions aussi bien nationales qu’internationales ont déploré cet assassinat. Le Core Group pour sa part n’a trouvé d’autre parade que d’« encourager les autorités haïtiennes à accroître leurs efforts visant à améliorer le climat sécuritaire et à combattre l’impunité ».

Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) a également exprimé son regret : « Nous condamnons fermement l’assassinat de Maître Dorval, Bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, et demandons que justice lui soit rendue. Nous nous associons au deuil de ses proches et des haïtiens, et rendons hommage à son dévouement au service d’un meilleur avenir pour Haïti. »

Réunion des avocats suite à l’exécution de leur Bâtonnier

L’Union Européenne dans une note a signalé que « La Délégation de l’Union Européenne en Haïti est consternée par l’assassinat brutal de Me Dorval, qui allonge la liste des victimes d’une insécurité qui endeuille chaque jour les haïtiens. La Délégation de l’Union Européenne en Haïti condamne fermement cet assassinat et appelle les autorités à ce que lumière et justice soit faite. »

Le Président Jovenel Moïse n’est pas resté indifférent dans une conférence de presse, il a  indiqué entre autres que « l’assassinat de Me Dorval attriste toute la République. Un homme de grande culture. Une grande perte pour le pays. J’adresse aux membres de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince et à ses proches, mes plus sincères condoléances ».

Le Premier Ministre Joseph Jouthe a pour sa part indiqué que : « Les pouvoirs publics seront mobilisés pour déterminer l’origine et les mobiles de ces actes révoltants, afin de poursuivre et traduire les coupables ainsi que les auteurs intellectuels par devant la justice ».

Le Ministre de la Justice Me Rockfeller Vincent lui-même s’est dit « profondément ému ». Selon lui, « Cet acte terroriste planifié par les ennemis de la Nation et de la République survient à un moment où le pays a plus que jamais besoin de ses dignes fils comme l’éminent juriste et professeur Dorval. La postérité retiendra que le Bâtonnier était une référence intellectuelle sûre qui préconisait toujours un État fort construit sur les valeurs démocratiques et des idéaux de justice. Son départ prématuré et révoltant représente une perte inestimable pour Haïti et jette dans l’amertume toute la société ».

La conférence Épiscopale d’Haïti (CEH) s’est jointe aux condoléances : « nous, les Évêques catholiques d’Haïti, condamnons avec vigueur l’assassinat de Maître Monferrier Dorval, Bâtonnier du Barreau de Port-au-Prince, ainsi que tous ces derniers assassinats par balles perpétrés dans le pays. Nous en profitons pour présenter nos sincères condoléances à la famille de la victime et au Barreau de Port-au-Prince. Malheureusement cette réalité est devenue le quotidien de la population qui vit désormais sous le choc, le traumatisme, la colère, l’indignation, la révolte, l’inquiétude. Ce n’est pas seulement une atteinte extrême et grave à la vie, qui est ainsi banalisée, mais aussi à la justice, au droit, à la paix, à la convivialité sociale, au vivre-ensemble pour la construction d’une société juste, fraternelle, harmonieuse et pacifique ».

La Chambre américaine de commerce en Haïti (AmCham Haïti) a envoyé son message de Condoléances à Mme Dorval et « présente ses profondes sympathies à sa famille, ses collègues du Barreau de Port-au-Prince, ses amis et ses étudiants ».

Me Marie Suzy Legros

La main criminelle pourrait bien être sans doute parmi ceux qui ont envoyé des notes de condoléances, et leur profonde indignation et sympathie. Rien n’empêche qu’ils soient les commanditaires de ce crime.

Pour saluer la mémoire du Bâtonnier, Jovenel Moise a invité la population a observé trois journées de deuil national les lundi 31 août, mardi 1er et mercredi 2 septembre. La Fédération des Barreaux d’Haïti demande un arrêt de travail dans les 18 juridictions d’Haïti. Ironiquement, la maison de la présidence en l’occurrence le Palais National n’a pas eu l’amabilité de respecter ses propres mots d’ordre de deuil puisque le drapeau n’a pas été mis en demi mât.

Par ailleurs les autres membres du Conseil de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince que présidait Monferrier Dorval depuis le 6 février 2020 se sont vite réunis à l’extraordinaire le samedi 29 août et ont fait choix de Me Marie Suzy Legros, membre du conseil le plus anciennement inscrit au Tableau de l’Ordre, pour assurer l’intérim avec mission d’organiser les élections.

Pour éviter toute une série de dilatoire, il faut prendre très au sérieux la déclaration du secrétaire général du Barreau de Port-au-Prince, Me Robenson Pierre-Louis, au sujet de la victime, Me Monferrier Dorval : « Son assassinat ne rentre pas dans le cadre de l’insécurité généralisée. C’est quelque chose qui a été fomenté personnellement contre lui ».

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY