Questions de stratégie

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Jean Bertrand Aristide et Raoul Cedras

A peine arrivé au pouvoir, le Président Jean-Bertrand Aristide mit tout le Haut Etat-Major de l’Armée à la retraite. Ce fut un excellent coup de propagande, qui fit plaisir à tout le monde, vu la déplorable réputation de ce qui était devenu une bande d’assassins, de voleurs de grand chemin, et de dealers de drogue.

Mais était-ce raisonnable? Etait-ce politique?

En apprenant la nomination de son ex-ami d’enfance Raoul Cédras fils au poste de Chef d’Etat-Major de l’Armée, feu mon frère Maxon s’exclama : « Woy! Andre, pinga se Ti-Raoul ki bay koudeta a non! » Comme de fait…

Digression qui a tout à voir : un jour, voyant venir Talleyrand, son ministre des Affaires Etrangères, bras dessus, bras dessous avec Fouché, son ministre de la Police, Napoléon 1er observa : « Voici venir le vice qui s’appuie sur le crime… »

Il avait parfaitement raison : Talleyrand était notoire pour ses vices, comme Fouché pour ses crimes. Mais Monsieur de Talleyrand était aussi, de l’avis de tout le monde, le meilleur diplomate d’Europe, et l’affreux Fouché un policier-né.

Tous les deux fusillables aux aurores, et plus vite que ça…

Mais Napo aurait été bien sot de les faire fusiller. Il connaissait leurs talents, et en bon stratège, les utilisait. En laissant naturellement leurs vices et leurs crimes impunis. Et en les couvrant d’or et de titres, de surcroît. Ça fait toujours plaisir…

La politique et la morale, ça fait deux. Vous ne pouvez pas faire de la politique en moraliste, tout comme vous ne pouvez pas faire la guerre en humaniste. Il n’est pas conseillé de vous emmêler les pinceaux. Dans ces deux domaines cela aboutit au cimetière, ou à l’exil.

« Fais ce que tu fais » disaient les anciens Romains (je vous épargne mon Latin de cuisine…). « Que ta main droite ne sache pas ce que fait ta main gauche » répètent les terribles Jésuites. Sachez toujours où vous êtes, ce que vous faites, et à qui vous avez affaire, amis comme ennemis. Pensez en stratège, pas en moraliste. Niccolo Macchiavelli le disait déjà en 1513. Et comme par hasard, son chef-d’œuvre, Le Prince (Il Principe), un tout petit livre, mais écrit par un penseur de classe olympique, était le livre de chevet de François Duvalier. Comme de plusieurs autres, d’ailleurs. Mais Papa Doc l’avait médité, compris, et surtout appliqué.

Une théorie ne vaut que par son application. Mais lorsqu’elle est exacte et appliquée, se manman pitit mare ren ou. Les morts du Fort Dimanche et de partout ailleurs sont là pour le prouver.

La guerre est cruauté et vous ne pouvez pas la raffiner (William Tecumseh Sherman). La politique, c’est pareil que si c’était la même chose. Ignorez-le, e w ap mache ak kadav ou anba bra w.

Faites de la politique avec votre cœur, et l’on vous l’arrachera, ce cœur. Ce sera le salaire de votre noblesse d’âme. Faites-la avec votre tête, froidement, logiquement, sans chaleur humaine, sans sentiments humains, et vous mourrez au pouvoir. A moins de tomber sur un adversaire encore plus impitoyable que vous. Car dans le pire, il y a toujours plus pire…

Il n’y a pas de morale en politique. Point.

Et ceux qui vous diront le contraire voudront vous rendre esclaves (Merci, Sonthonax…)

Dans ce monde assassin, pillard, voleur, violeur, traître et trompeur, toujours à l’affût de quelques dollars de plus, ceux qui veulent moraliser la politique ou humaniser la guerre peuplent les fosses communes. Ceux et celles qui veulent changer la vie aussi. A moins qu’ils ne prennent les moyens nécessaires, ou plutôt le seul moyen : l’Accoucheuse de l’Histoire…

 

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