Qu’est-ce qu’« être chef en Haïti » ? Contre la chefferie anti-« institutions d’État »

0
2361
Le président Jovenel Moïse: « Être chef en Haïti, c’est jouer d’influences pour se faire de la richesse, exercer des méchancetés et des faveurs dans (ce qu’on appelle) l’administration publique. »

La mentalité de « chef » qui commande aux entreprises de responsabilités publiques en Haïti est une institution de très vielle date, peut-on même en dire, la plus ancienne instaurée, installée et instituée dans l’indifférence totale au bien-être collectif.

Après la déclaration de l’indépendance, le premier janvier 1804, donnant naissance sociale, politique et culturelle à cet État de « nègres (1) » se proclamant « libres » – le premier du genre de l’ère moderne d’un monde régi par le colonialisme européen –  ce trublion d’Haïti venait déranger l’ordre esclavagiste en brouillant les places conçues pour être à jamais réservées (2).

C’est en ce sens que Luc Joseph Pierre décrit comment, à l’époque de la colonisation, «  l’idéologie dominante reposait sur un fond de préjugés (de races et de castes) servant de justification au système esclavagiste. Cette idéologie plaçait le blanc au sommet de la hiérarchie sociale en véritable seigneur, en vrai potentat disposant du droit de vie et de mort ; faisait du mulâtre un être hybride, dérivé des vices du blanc et du noir ; et des esclaves, une race dégradée, dégénérée, abâtardie, née pour servir. Chacune de ces races occupait une position dans l’échelle sociale et ne devait jamais la quitter. Ainsi l’aurait voulu le Tout-Puissant, qui aurait de la sorte doté la société d’un système définitif, appelé à se perpétuer…(3)»

Être chef en Haïti, c’est détenir, dans la condition et la fonction de responsabilité publique, du « POUVOIR » d’exploiter, de profiter, d’abuser, de jouir et de favoriser, de manière démesurée dedans les biens de services publics…

Loin des vœux du « geste haïtien » consistant en la libération des esclaves de Saint-Domingue tendue vers celle de tous les damnés de la terre (4), dans cet Etat nouvellement né, ce pays proclamé libre et libéré au prix du sang des masses d’esclaves avec la promesse d’être à jamais une République d’Hommes libres, le développement culturel, social, politique et économique du peuple dans le sens du bien-être de la collectivité en général n’avait été objet de préoccupations politiques que de très peu de Responsables et dirigeants publics qui ne se voient et ne se comprennent qu’en étant des « chefs de-dans l’État ».

Seulement deux années après « l’événement (5)»  qui marqua [comme] un « grand lever de soleil (6)» pour les damnés de la terre, l’assassinat de Jean Jacques Dessalines (leader de l’armée Révolutionnaire et le premier des fondateurs d’Haïti) jusqu’à date peu élucidé par les historiens, ouvre l’interminable voie de la déroute révolutionnaire à une économie sociale des formes colonialistes  – et même à un certain niveau, esclavagiste – du vivre ensemble (7). Depuis l’odieux forfait, l’administration publique haïtienne se révèle dans sa formation et son fonctionnement le lieu de pratiques sociales et politiques indécentes des plus inimaginables (8) La déraison ayant élu domicile, les responsables de-dans l’État aussi bien que la plupart des fonctionnaires, à tous les niveaux de l’administration publique, ne se donnent à voir (généralement) qu’en de véritables voyous. Toujours incapables de distinguer, de distancer le privé du public, la promiscuité s’institue au sein de l’État, d’où la corruption que l’on sait (9).

De cette administration aux services publics [quasi-] inexistants pour ce qui est du respect de la dignité humaine des gens du peuple, on n’en trouve que des structures conçues de toute pièce pour garder la masse des sans-parts dans les conditions des plus avilissantes comme des quémandeurs de faveurs, au même titre que cet État manqué, cette société ratée (10) dont l’existence dans la condition de crasse semble plus que plaire à (ce qu’on appelle) la « Communauté Internationale » du collectif impérialiste (11) et ses comptoirs locaux (12). Les demandes ou sollicitations de services sont généralement inscrites dans ce qu’on pourrait appeler une entreprise de gaspillage de l’Humain Haïtien. Gaspillage de temps, de force et d’argent, tellement le mépris se fait voir et les combines mafieuses pour les dépouiller structurantes (13). Par delà cette immense mer de bêtise administrative et socio-politique, une petite minorité (de gens) obtient, généralement sans déplacements et souvent sans argent, tous les services souhaités et en temps record (14). Dans cette reproduction des structures de la société coloniale, c’est ce qu’on appelle le « service VIP » de-dans l’administration publique haïtienne distinguant les minuscules groupes d’éternels «  AYANT DROITS » et la masse des vils « SANS-PARTS » (15). En ce sens, le monde haïtien est une réalité sociétale dichotomique composée, d’une part, de personnes n’ayant presque aucun effort à consentir pour avoir tout et n’importe lequel des services dits publics, et d’autre part, la très grande majorité de ceux-là qui forment le gros peuple d’Haïti relégué au ban des incomptés, se voit sans cesse pousser à vautrer dans la crasse la plus abjecte sous le mépris le plus indécent des soi-disant responsables [politiques] de la chose publique, et par conséquent, des « chefs de-dans l’État » (16). L’évident déséquilibre sociétal (des inégalités) est d’un fossé presque sans pareil au pays de la liberté et des espoirs d’humanité la plus prometteuse qu’était Haïti à sa naissance postcoloniale (17).

Dans son livre « La route de la servitude », Friedrich A. Hayek écrit : « Lorsque le cours de la civilisation fait un tournant inattendu, lorsqu’au lieu du progrès continu que nous espérions nous nous voyons menacés de périls qui nous rappellent une barbarie révolue, nous accusons tout, sauf nous-mêmes. Ne nous sommes-nous pas tous efforcés selon nos meilleures lumières, nos meilleurs esprits n’ont-ils pas travaillé sans relâche à rendre notre monde meilleur ? Tous nos efforts n’ont-ils pas été dirigés vers un accroissement de liberté, de la justice et de la prospérité ? Si le résultat est si différent de celui que nous visions, si, au lieu de la liberté et de la prospérité, nous nous trouvons face à face avec l’esclavage et la misère, n’est-il pas évident que des forces pernicieuses ont déjoué nos desseins, que nous sommes victimes d’une puissance maléfique qu’il faut vaincre avant de pouvoir reprendre la route du mieux-être ? (18)»

Les luttes pour la reconnaissance (19) (sociale, politique, économique et culturelle) des masses esclaves devenus libres au prix de leur sang, et dont leurs corps servaient de boucliers et chairs à canons pour la victoire de l’humanité en eux révoltée (20) contre l’entreprise de barbarie d’une civilisation malade (21), ont été balayés dès la fondation de l’État par ceux-là (22) qui, comme le dirait C. Taubira, n’ont jamais eu à composer avec leur conscience, par la conviction de supériorité et de bon droit (23). Depuis, encore et toujours, l’administration publique haïtienne reste et demeure discriminatoire, raciste même. Le très grand nombre des nègres(24) (ceux-là dont les pères sont de l’Afrique) n’ont jusqu’à date rien. Ils sont les Grands et Véritables « sans-parts (25)» de la soi-disant République de la Liberté d’humanité devenue République d’inégalités et de criminalité protégées par un système judiciaire mafieux asservi par un pouvoir exécutif et un pouvoir législatif composés, aux yeux et à l’intelligence de plus d’un, en grande partie de voyous et de criminels dont l’état d’esprit n’est fondé que sur le rejet de la loi (26). Dans ce cas, qu’est-ce que l’État en Haïti(27)? Et, à quoi sert-il ?

L’accès presque impossible des gens de milieux populaires aux services publics pour en jouir au même titre que n’importe qui aux « droits à (ce qui se devrait être) la richesse commune » est humainement indignant (28). Et pour légitimer leurs spoliations, de toutes sortes, des biens publics, les « chefs » invitent par leurs pratiques les individus à se gaver de la chose publique comme de leur bien privé. Car selon eux, les règles de l’art de diriger la chose publique s’inscrit dans cette devise : « Voler l’État n’est pas volé ». C’est cela la logique-du-faire des chefs de-dans l’État en Haïti tout au long de ces deux cents années d’histoire de peuple se déclarant libre. Ces dits chefs sont ce que Sarah Chayes appelle des « voleurs d’État » (29) que Jean Ziegler qualifie de « délinquants d’État (30)» dont les méthodes d’acquisition et d’accumulation du capital sont identiques à celles pratiquées quotidiennement par les seigneurs des cartels criminels.

Par delà cette immense mer de bêtise administrative et socio-politique, une petite minorité (de gens) obtient, généralement sans déplacements et souvent sans argent, tous les services souhaités et en temps record.

Dans ce monde d’indifférence politique (31) et d’indécence sociale caractérisée, la corruption a la vie dure et le bras long (32). Très long, et même trop long. D’une solidité de fer, en Haïti la corruption est une institution. Édifiée sur un roc d’immoralité sociétale sans bornes, elle est protégée par les « chefs » comme un véritable objet sacré. Et dans leurs responsabilités de-dans l’ordre sociétal haïtien d’exclusion, les chefs dégagent en tout et partout une considération particulière pour le vol et le viol. Vol de biens publics et viol des lois dont les droits des citoyens à tout ce qui relève de leur bien-être. L’impunité étant l’immunité de-dans le système social, politique, économique et culturel haïtien, le mot d’ordre reste et demeure : « Ne touche pas à la corruption ! »

De cette manière d’être et de faire de-dans la chose publique comme dans son chez  soi à soi que pour soi, le public se confond avec le privé. Toute une esthétique de jouissances perfides tachées d’un égoïsme enfantin. Un utilitarisme individualiste d’état de nature se manifestant comme au beau milieu d’une jungle dans laquelle les plus violents et les plus rusés abusent de tout au dépens et détriment de tous, en toute liberté (33). De cette sauvage liberté qui ignore toute règle, le chef en Haïti n’imprime sa marque que comme asociale, indécent, sans vergogne, sans scrupules. Alliant incompétence de-dans son mode d’être et de faire, mauvaise foi, méchanceté et faveurs politicailleuses (dénouées d’humanité), le chef se donne toujours un air de bienveillance sociale et politique illusoire (34).  Et au-delà de tout ca, même avec son arrogance de « pouvoir » – marqué d’autorité manquée -, le chef de-dans l’Etat a ses patrons (nationaux et/ou étrangers) auxquels il se doit de rendre des comptes dans le mépris et l’oubli total du bien-être de la majorité.

Le respect de la loi est de ce qu’il y a des plus inconcevables pour ces individus investis de responsabilités publiques. Ils n’ont de révérence que pour la volonté et les intérêts de leurs patrons desquels ils espèrent toujours l’assurance de la puissance politique et le pouvoir d’argent pour se garder de manques et se garantir de privilèges de jouissance (35). Tout ce qui est du bien-être du peuple relève pour eux de très peu d’intérêts, et même du n’importe quoi.

Dans le monde haïtien, la politique n’est pas un champ où prédominent des Idées (36) relatives à de grands idéaux humains. C’est le lieu où la matière, le brut, le paraitre ; en gros, le non sens a préséance sur tout. En d’autres termes,  là où les valeurs du sensible éclaboussent l’intelligible en instituant des zones (infinies) d’invalidité de la raison.

Vivant de-dans la politique, le chef en Haïti est un  jouisseur incapable de productions humaines. Et c’est en se refugiant dans ses jouissances privées vide de tout engagement citoyen qu’il entrave sans cesse les services publics en jouant du « pouvoir » de faire au-delà de toutes  recommandations de la loi. Sourd à la voix du bon sens dans le sens du raisonnable, ses logiques sont fortement imprégnées de la rationalité de son petit monde d’individu instinctif, dont la clôture narcissique de son moi-plaisir. Ainsi, règne dans l’Etat d’Haïti (l’indignité de) la pathologie sociale de l’individuation, caractérisée par ce que G. Simmel appelle l’indifférence.

De cette logique du vide construite par le désert intérieur d’un hédonisme au degré zéro du social, la jouissance individuelle de liberté n’ayant aucune orientation visant le bien commun (37), A. de Tocqueville écrit dans ‘’ De la démocratie en Amérique’’ : « Je vois une foule d’innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart est comme étranger à la destinée de tous les autres(38) ».  

Aujourd’hui, peut-on décrire du monde haïtien, la « perte du sens » causée par la disparition des horizons moraux produit un type sociétal et politique d’« hommes creux (39) ». De-dans ces individus (humanoïdes) à l’âme régie par le vide du désert moral (40), surgit sans cesse la raison instrumentale du « chef ».

Être chef en Haïti, c’est jouer d’influences pour se faire de la richesse, exercer des méchancetés et des faveurs dans (ce qu’on appelle) l’administration publique. Autrement dit, (Être chef en Haïti), c’est détenir, dans la condition et la fonction de responsabilité publique, du « POUVOIR » d’exploiter, de profiter, d’abuser, de jouir et de favoriser, de manière démesurée dedans les biens de services publics, pour satisfaire sa personne et son entourage immédiat dans le mépris total d’une réalité sociale supérieure (qui possède une signification indépendante de chaque individu indistinctement et de ses désirs) qu’est le bien-être collectif, le bien commun.

Dans cette société ratée à scandales interminables qu’est Haïti, cet État fantôme pour répéter Daniel Holly (41),  ce pays aux pratiques politiques d’indignités sociétales caractérisées par une structure de mensonge et de violences (au profit d’escrocs se constituant en gangsters-patriotes), à quand la fin de l’impunité pour les délinquants d’État ? Par quoi extirper, pour ne pas dire exorciser, ce mal individualiste de chef dedans des gens investis de responsabilité [publique] d’État, n’arrivant nullement à penser la chose publique au-delà de leur petite personne ? Et en fin de compte, dans cette immense mer de bêtises qu’est devenue Haïti plus que jamais, comment passer du royaume des forces à celui (de l’autorité) des lois et détruire les « États » (les chefs) de-dans « l’État » ? « L’arbitraire aveugle a beau avoir user d’artifices nombreux pour fonder solidement son œuvre ; il a beau avoir l’outrecuidance prétention de la maintenir et de l’entourer d’une apparence de respectabilité ; l’homme a le droit, dans l’entreprise qu’il tente, de considérer cette œuvre inexistante ; car l’ouvrage de forces aveugles ne possède pas une autorité devant laquelle la liberté ait à s’incliner, et toutes choses doivent se soumettre à la fin supérieure que dans sa personnalité morale la Raison statue. Ainsi nait et se justifie la tentative d’un peuple devenu majeur de transformer son État de la nature en État moral. » (Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme, Schiller, Aubier, 1992, p.95)

Notes

1…Oui, Haïti pays de nègres, mais  de nègres libres. Ici on utilise le mot ‘’nègre’’, dans le sens expliqué par Achille Mbembe, comme « celui (ou encore cela) que l’on voit quand on ne voit rien, quand on ne comprend rien et, surtout quand on ne veut rien comprendre. » (Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, p.10)

2…Voir Louis Mercier, Contribution de l’Ile d’Haïti à l’histoire de la civilisation, Éditions Fardin, 2014 (première édition 1949)

3…Il poursuit pour dire : « Ce qui faisait la force de cette pensée, c’est qu’elle trouvait à l’époque un pendant tout naturel et de poids dans les traditions, conceptions et pratiques sociales héritées d’Afrique, profondément ancrées dans l’esprit et la mentalité de l’esclave. Nous avons déjà montré au point 1.1-l’emprise considérable de cette vision du monde sur l’ensemble des esclaves. Elle représente en effet l’autre volet de l’idéologie dominante, fondée sur l’idée de la supériorité absolue du chef placé au sommet de la hiérarchie sociale. L’esclave, venu d’Afrique, s’était déjà accoutumé à la conception d’un chef tout-puissant auquel il devait se soumettre en toute chose. Le colon trouvait là un appui solide, un justificatif de premier ordre aux mesures le plus scélérates qu’il pouvait se permettre alors de prendre. » (Luc Joseph Pierre, Éduquer contre la barbarie, Henri Deschamps, Port-au-Prince, 1996, pp. 23-24)

4…Frantz Fanon, Les damnés de la terre, François Maspero, Paris, 1961

5… « L’événement porte toujours la marque d’une rupture comme quelque chose qui vient mettre fin à l’exercice de quelque chose d’autre. Il est le dépassement de quelque chose existant pour établir l’ordre de quelque chose d’autre comme cette étrangeté innovante et méticuleusement entêtée qui vient brouiller le temps d’un état de choses. Etant extérieur à la structure, il ne peut être réfléchi que comme le changement de structure. Un événement, écrit Jean-Pierre Lalloz, ne l’est jamais au sens où c’est d’abord de n’être pas possible qu’il s’impose comme réel. Ainsi, tout événement est donc constitué de sa propre impossibilité au sens où il n’en est un qu’à n’avoir pas été possible. L’événement n’est point de l’ordre de l’ordinaire, il est singulièrement surprenant. Produit d’une transcendance, son immanence requiert le déploiement de subjectivation ».   (in Jameson Primé, Pour un événement postcolonial, article en ligne / Voir aussi Jean-Pierre Lalloz, in ‘’ Savoir du fait et pensée de l’événement’’, article en ligne)

6…Voir : Susan Buck-Morss, Hegel et Haïti, Lignes-Leo Scheer, Paris, 2006

7…Jean Casimir, Haïti et ses élites. L’interminable dialogue de sourds, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, Port-au-Prince, 2009

8…Gary Olius, Haïti : une administration publique drôlement efficace, Alterpresse, 6 décembre 2007

9…Voir l’article de Jean-Marie Baudoin intitulé « Quand la corruption et l’impunité sont récompensées en Haïti » sorti dans le quotidien <<Le Nouvelliste>> le 06 septembre 2016. / Voir aussi Alain Denault, De la médiocratie, Lux Éditeur, Quebec, 2015, pp. 196-1997.

10…Noam Chomsky, Les États manqués. Abus de puissance et déficit démocratique, Fayard, 2007.

11…Ricardo Seitenfus, ‘’Echec de l’aide internationale à Haïti. Dilemme et égarements’’, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, Avril 2015.

12…Arnaud Robert, Les nantis d’Haïti, le magazine du Monde | 12.01.2012 à 10h23

13…Axel Honneth, La société du mépris. Vers une nouvelle théorie critique, La Découverte, Paris, Déc. 2015

14…Arnaud Robert, Les nantis d’Haïti.

15…Grégoire Chamayou, Les corps vils. Expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles. La Découverte, coll. « Les empêcheurs de tourner en rond », 2008.

16…On peut prendre l’exemple des services de l’immigration, de l’ONI, de la DGI, etc., et voir comment, généralement, sous un soleil de plomb et au milieu de la rue les gens sont exposés à l’épuisement (au dépouillement) dans tous les sens du terme.

17…Voir Laennec Hurbon, La Révolution haïtienne : Une avancée postcoloniale. (in Genèse de l’État haïtien/1804-1859, Sous la direction de Michel Hector et Laennec Hurbon, Éditions de la maison des science de l’homme, 2009), pp. 65-75

18…Friedrich A. Hayek, La route de la servitude, Presses Universitaires de France (traduction de G. Blumberg), Paris, 1985, 3e tirage octobre 2014, p.13

Oui, Haïti pays de nègres, mais  de nègres libres. Ici on utilise le mot ‘’nègre’’, dans le sens expliqué par Achille Mbembe, comme « celui (ou encore cela) que l’on voit quand on ne voit rien, quand on ne comprend rien et, surtout quand on ne veut rien comprendre. » (Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, p.10)

19…Axel Honneth, La lutte pour la reconnaissance, Gallimard, 2013.

20…Albert Camus, L’homme révolté, Gallimard, 1951.

21…Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence africaine, 2000.

22…Zvetan Todorov, Les ennemis intimes de la démocratie, Éditions Robert Laffont, Paris, 2012.

23…Christiane Taubira, L’esclavage raconté à ma fille, Philippe Rey, Paris, 2015.

24…« Le nom nègre en particulier flua, pendant longtemps, une extraordinaire énergie, tantôt chariot des instincts inférieurs et des puissances chaotiques, tantôt signe lumineux de la possibilité de rachat du monde et de la vie u jour de transfiguration(…). Ce nom signait une série d’expériences historiques déchirantes, la réalité d’une vie vacante ; la hantise, pour des millions de gens pris dans les rets de la domination de race, de voir fonctionner leurs corps et leurs pensées du dehors et d’avoir été transformés en spectateurs de quelque chose qui était et qui n’était pas leur propre existence.

Ce n’est pas tout. Produit d’une machine sociale et technique indissociable du capitalisme, de son émergence et de sa planétarisation, ce nom fut inventé pour signifier exclusion, abrutissement et avilissement, voir une limite toujours conjurée et abhorrée. Honni et profondément déshonoré, le nègre est, dans l’ordre de la modernité, le seul de tous les humains dont la chair fut faite chose et l’esprit marchandise. […] En le nègre, certains n’hésitèrent point à reconnaitre le limon de la terre, la veine de la vie à travers laquelle le rêve d’une humanité réconciliée avec la nature, voire la totalité de l’existant trouverait de nouveau visage, voix et mouvement. » (Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, Éditions La Découverte, Pari, 2013, 2015, pp. 17-18 )

25…Jacques Rancière, La mésentente. Politique et philosophie, Paris, Galilée, 1995. (Voir aussi, Stéphane Hessel, Indignez-vous !)

26…Jacques Derrida, Voyous. Paris, Galilée, 2003

27…Daniel Holly, De l’État en Haïti, L’Harmattan, 2011.

28…Jacques Rancière, aux bords du politique, Éditions Gallimard, 2004. / Voir aussi : Nancy Fraser, Qu’est-ce que la justice sociale. Reconnaissance et redistribution, Éditions La Découverte, 2005, 2011.

29…Sarah Chayes, Thieves of State: Why Corruption Threatens Global Security, Norton, January 2014.

30…Jean Ziegler, Les seigneurs du crime. Les nouvelles mafias contre la démocratie, Éditions du Seuil, 2007

31…Voir Gilles Lipovetsky, L’ère du vide. Essais sur l’individualisme contemporain, Gallimard, 2015

32…Jean-François Bayart, L’État en Afrique. La politique du ventre. Fayart, Octobre 2006.

33…Thomas Hobbes, Le Léviathan, Éditions Gallimard, 2000.

34…Fernand Hibbert, Les simulacres. L’aventure de M. Hellenus Canton, (roman 1923), Éditions Fardin, 1993.

35…Jean-François Bayart, L’État en Afrique. La politique du ventre, Fayard, Octobre 2006.

36…Dans ‘’Liberté et sacrifice’’  J. Patocka écrit : « Le rapport humain à la totalité vient de l’Idée comme source fondamentale dont notre vie découle. Chaque donnée subjective ou objective est soumise à la critique de l’Idée en tant que l’Idée lui impose, ou non, l’énoncé de sa transcendance. » (Jean Patocka, Liberté et sacrifice. Écrits politiques, Grenoble, Jérôme Million, 1983.)

37…Riccardo Petrella, Le bien commun. Éloge de la solidarité, Éditions Labor, Bruxelles 1996.

38…A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, œuvre II, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1992, p. 836.

39…Thomas Stearns Eliot, Les hommes creux (The Hollow Men, 1925), Poésie

40…Jean-Francois Mattéi, Le regard vide. Essai sur l’épuisement de la culture européenne, Flammarion, Septembre 2007

41… « L’État- c’est-à-dire l’appareil étatique et ceux qui en occupant les postes supérieurs – tel qu’il s’est développé historiquement a failli. Il doit dès lors être fondé et de nouvelles structures doivent être  mises en place. Cette position a le mérite de nous forcer à scruter les performances de l’État haïtien pour nous faire une idée plus précise de sa nature. À l’analyse, l’État haïtien apparait vide de toute substance. Il n’a de l’État que les apparences. » (Daniel Holly, Un État fantôme, publié dans LE DEVOIR, 12 janvier 2011)/  Voir aussi en ligne l’article de Andreas E Feldman titré «  L’État Fantôme d’Haïti », in Revue des Migrations forcées.

 

 

 

 

 

 

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY