Pauvre Constitution !

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Trente-cinq ans après la mise en vigueur de la Constitution, les dirigeants politiques accusent la Constitution de tout le mal du pays, même de la mauvaise gouvernance des corrompus

Une année après le départ de la dictature duvaliériste, le peuple haïtien, sous la présidence d’un Conseil national de gouvernement civilo-militaire dirigé par le général Henry Namphy, a voté et proclamé le 29 mars 1987, une nouvelle Constitution.

Cette constitution comme on l’avait écrit dans le préambule est : « Pour garantir ses droits inaliénables et imprescriptibles à la vie, à la liberté et la poursuite du bonheur; conformément à son Acte d’indépendance de 1804 et à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Pour constituer une nation haïtienne socialement juste économiquement libre et politiquement indépendante. Pour rétablir un État stable et fort, capable de protéger les valeurs, les traditions, la souveraineté, l’indépendance et la vision nationale.

35ème anniversaire de la Constitution de 1987

Pour implanter la démocratie qui implique le pluralisme idéologique et l’alternance politique et affirmer les droits inviolables du Peuple Haïtien. Pour fortifier l’unité nationale, en éliminant toutes discriminations entre les populations des villes et des campagnes, par l’acceptation de la communauté de langues et de culture et par la reconnaissance du droit au progrès, à l’information, à l’éducation, à la santé, au travail et au loisir pour tous les citoyens.

Pour assurer la séparation, et la répartition harmonieuse des Pouvoirs de l’Etat au service des intérêts fondamentaux et prioritaires de la Nation. Pour instaurer un régime gouvernemental basé sur les libertés fondamentales et le respect des droits humains, la paix sociale, l’équité économique, la concertation et la participation de toute la population aux grandes décisions engageant la vie nationale, par une décentralisation effective. »

Le Premier ministre Ariel Henry marchant sur les traces du président assassiné Jovenel Moise promet de doter le pays d’une nouvelle constitution plus adaptée à la réalité du pays.

Trente-cinq ans après la mise en vigueur de la Constitution, c’est le désenchantement total puisque rien de tout ce qui avait été prévu n’est respecté. Quel jeu macabre puisqu’on devrait dans toute circonstance se conformer à l’esprit et à la lettre de la loi suprême ?

On ne s’appuie que rarement sur la loi mère voire sur le respect de ses principes. On l’applique seulement au gré de l’humeur et de la volonté de celle ou celui qui préside tel ou tel régime au pouvoir.

Pour se dédouaner, les dirigeants politiques accusent la constitution de tout le mal du pays, même de la mauvaise gouvernance des corrompus. Elle est une source d’instabilité politique disait René Préval.

Le Comité consultatif indépendant (CCI) créé par Jovenel Moise pour l’élaboration d’une nouvelle constitution.

Après les amendements de Préval publiés sous la présidence de Michel Martelly, certains régimes au lieu de l’appliquer préfèrent opter pour la modifier sinon la remplacer par une autre constitution par voie de Référendum. Le président Jovenel Moise a beaucoup œuvré à cette fin jusqu’à nommer un Comité consultatif indépendant (CCI) pour élaborer une nouvelle constitution.

Le président du CCI Alexandre Boniface, dans une interview au quotidien Le Nouvelliste n’a-t-il pas indiqué en 2020: « Nous vivons depuis trente-trois ans sous l’empire d’une charte fondamentale dont tout le monde s’accorde à reconnaitre les limites, les dysfonctionnements et l’inapplicabilité. Certes, cette charte a consacré de réelles avancées au chapitre des droits et libertés, qu’il s’agit de préserver, et, éventuellement de renforcer. Mais sur le plan de l’ordonnancement et de l’agencement des grands pouvoirs de l’État, il convient d’avoir la sagesse de se rendre compte de ses faiblesses manifestes notamment pour ce qu’il s’agit de l’équilibre des pouvoirs. Il en résulte les multiples accrocs et dérives observés ces trois dernières décennies, qui constituent autant de goulots d’étranglement dans le cadre du fonctionnement harmonieux des institutions. Elle a été une source de corruption dénoncée et avérée à chaque fois qu’il faut mettre en place un gouvernement fonctionnel. »

Le président du Comité consultatif indépendant (CCI) Boniface Alexandre remettant son travail au PM Ariel Henry

Le Premier ministre Ariel Henry marchant sur les traces du président assassiné Jovenel Moise a pour sa part indiqué : « Aujourd’hui encore, il est une nécessité, voire une urgence, de nous doter d’un nouveau texte plus adapté qui, dans une perspective inclusive et participative, devra tenir compte de nos aspirations de développement, de bonne gouvernance, dans un contexte d’Etat de droit »

« La constitution n’a ni vieilli, elle n’est ni dépassée », a déclaré pour sa part  le constituant Georges Michel. Pourtant la constitutionnaliste Mirlande Manigat du RDNP dans une conférence de presse le vendredi 25 mars 2022, n’a vu rien de mal à doter le pays d’une nouvelle constitution. Ancienne ou nouvelle, A quoi ce papier va-t-il servir ?

Pauvre Constitution ! Que de déclarations n’ont-ils pas fait en votre nom ? Alors que vous n’êtes responsables de rien, ni de l’exclusion des masses populaires sur la scène politique, ni du pillage et du gaspillage des fonds de l’Etat, ni de la pauvreté, de la misère et de la domination américaine sur le pays. Pauvre Constitution !

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