Martinique : Hub diplomatique et militaire de la politique étrangère française dans sa lutte contre les réparations en Haïti et dans toutes ses anciennes colonies

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La mission Jeanne D‘Arc aussitôt stationnée au port de Fort-de-France, vint ensuite un communiqué, stipulant entre autres : « Les Forces armées aux Antilles demeurent vigilantes quant à la dégradation du contexte sécuritaire à Haïti.

Est-il réellement besoin d’étayer pour la énième fois les multiples racines ayants mené Haïti dans ce chaos ?

La lutte contre l’esclavage et la hiérarchisation des êtres, l’imposition par la France d’une rançon de l’indépendance à cette toute jeune république, les emprunts contractés afin de financer cette dette imposée (communément appelée : la double dette de l’indépendance), la main basse des revenus publics du pays dû à la privatisation de la Banque Nationale d’Haïti par des administrateurs de la banque française Crédit Industriel et Commercial (ayant permis de financer la construction de la Tour Eiffel), le braquage des caisses d’or de la Banque Nationale d’Haïti par la marine américaine en décembre 1914, l’ingérence américaine perpétuelle perdurant jusqu’à ce jour et ce depuis l’invasion d’Haïti par l’armée américaine en Juillet 1915, les massacres de Cacos et l’occupation militaire américaine du pays pendant 19 ans, les dictatures Duvalier successives de 1957 à 1986 (alliés des américains et français), l’installation d’une oligarchie de connivences constantes avec les intérêt étrangers, l’arrivée de sweatshops et l’accélération de la paupérisation des populations, les multiples déstabilisations du gouvernement Aristide précisément car celui-ci demandait activement des comptes quant à la question des réparations dues à Haïti, le séisme de 2010, le CORE Group et le Canada, la dilapidation des fonds Petro Caribe, le scandale du riz par l’administration Clinton, l’ONGnisation du pays, les scandales sexuels, les massacres et la diffusion de choléra causés par la MINUSTAH, l’assassinat du président Jovenel Moise, l’imposition d’un gouvernement de facto et non élu…

Bref, la liste des ingérences, des scandales de très haute voltige et des injustices perpétrés en Haïti n’en finissent plus. Les Haïtiens et leurs alliés intègres et intellectuellement honnêtes sont les mieux placés pour expliquer ; ils sensibilisent sans cesse et inlassablement sur ces questions et certaines données essentielles sont disponibles gratuitement et publiquement auprès du New-York Times[i].

Arriva par la suite un Antonov-124 sur le tarmac de l’aéroport Aimé Césaire du Lamentin le mercredi 13 mars.

Il s’agira plutôt de tenter de lever le voile, ou au moins de se questionner, sur les manœuvres diplomatiques ainsi que certaines des déclarations et manœuvres militaires en cours dans le dossier Haïtien, et plus largement sur celui des réparations, chez un acteur de toujours semblant mettre en scène deux nouveaux blocs de pions :  la diplomatie Française par l’entremise d’élus et de personnalités sous l’égide de l’administration française en Martinique, mais aussi en faisant toujours bon usage militairement de la position stratégiquement favorable de l’ensemble de ses départements-régions dits d’Outre-Mer sous administration française au sein de la Caraïbe et de l’Amérique du Sud (donc aussi: l’archipel de la Guadeloupe et la Guyane), et encore la France par l’entremise d’une politique culturelle conjointe avec l’un de ses vieil allié, l’ancien Royaume du Dahomey devenu le Bénin, dont le gouvernement s’est proposé de faire envoyer près de 2000 de ses soldats sur le sol Haïtien en soutien à une énième probable intervention militaire maquillée encore une fois en nouvelle ‘’mission de maintien de la paix’’.

À ce titre, Joèl Atayi-Guèdègbé, acteur de la société civile béninoise et expert en gouvernance, a donné une explication somme toute intéressante quant au potentiel envoi de soldats béninois : “Le Bénin ne saurait en être indifférent, surtout au regard des liens historiques existant entre les deux pays notamment à travers la figure emblématique du général Toussaint Louverture, qui est d’origine béninoise. Dans le cadre de solidarité et de mise en place d’une unité d’intervention et de formation se mettant en place à Haïti, j’imagine que le Bénin a pu être sollicité aux vues de son expertise et de ses liens historiques avec Haïti[ii]. Nous y reviendrons sur ces liens historiques.

Le 15 mars 2023, au Sénat, chambre haute du Parlement français, au nom du groupe politique Socialiste, Écologiste et Républicain (SER), la sénatrice française et afro descendante de Martinique, Catherine Conconne, exhortait la France à l’image du Canada, de mettre en place une politique plus active dans le dossier Haïtien car nous aurions tous une dette… “morale”… envers Haïti… et d’y rajouter : “Que fait la France à une heure trente minutes de vol des pays français d’Amérique ? Que fait l’Europe ? Il faut organiser la coopération dans le bassin Caribéen, il faut oser l’envoi d’une force de maintien de la paix”[iii]. Le remboursement de la double dette imposée à Haïti par la France et le pillage des fonds publics haïtiens pour financer notamment la Tour Eiffel ne faisaient pas parti de son propos. Le 24 avril 2023, la sénatrice française et afro descendante de Martinique Catherine Conconne réitérera sa requête dans une lettre officielle adressée à Madame Catherine Colonna[iv], la précédente ministre de l’Europe et des Affaire étrangères dans le gouvernement d’Elizabeth Borne sous la seconde présidence de Macron. Là encore : toujours rien quant au remboursement de la double dette imposée à Haïti par la France et du pillage des fonds publics haïtiens pour financer la Tour Eiffel.

Le 5 mars 2024, au même nom du groupe SER, ce fût au tour du sénateur français et afro descendant de Guadeloupe, Victorin Lurel, d’interpeller cette fois le président de la République Française Emmanuel Macron:  “Considérant les responsabilités historiques de notre pays à l’égard d’Haïti et l’immensité de la dette politique, financière et morale que nous détenons à l’égard du peuple haïtien, je considère que la France doit être à l’avant-garde des initiatives et des efforts internationaux visant à rétablir l’ordre et à permettre à ce peuple frère de vivre enfin en sécurité, en prospérité et en souveraineté.[v]Il va sans dire que là non plus il n’est bien évidemment pas question du remboursement de la double dette imposée à Haïti par la France et du pillage des fonds publics haïtiens pour financer la Tour Eiffel.

Fait somme toute intéressant : ces deux sénateurs sont membres du “Groupe d’Amitié France-Caraïbes”[vi].

Que nous vaut donc ce zèle d’une élue Martiniquaise, d’un élu Guadeloupéen et du gouvernement Béninois ? Ces trois territoires auraient-ils un lien entre eux dans le dossier haïtien ou plus largement dans le dossier des réparations ?

Un évènement officiel ayant eu cours durant le mois de décembre 2023 en Martinique a défrayé nombre de chroniques francophones à travers le monde, non sans manquer de faire polémique et de mettre à nu quelques sujets tabous au passage : le scellage public au grand jour de l’amitié unissant Patrice Talon, descendant de nobles historiquement esclavagistes du royaume d’Abomey par sa mère[vii] et descendant d’esclavagistes par son père[viii], première fortune et président en exercice du Bénin, avec Bernard Hayot, première fortune de Martinique et descendant direct de colons esclavagistes de père et mère, éminent représentant des intérêts de ceux que l’on appelle communément en Martinique et en Guadeloupe ”la communauté béké”, communauté dont les membres sont tous apparentés et dont l’ancêtre commun se nomme Jean Assier[ix]. Visite officielle de Patrice Talon en grandes pompes donc, initialement prévue pour le vernissage du passage en Martinique de l’Exposition Itinérante d’Art Contemporain du Bénin à la fondation Clément[x], propriétée de Bernard Hayot. L’offense ressentie par nombre d‘afro descendants à travers la francophonie, et au-delà, qu’un président africain en exercice rende visite à un Bernard Hayot, petit frère du tristement célèbre Yves Hayot, aurait fait enfler une polémique telle que, selon ses dires, le bâtonnier  Georges-Emmanuel Germany[xi], se serait magnanimement porté volontaire afin de gentiment réorganiser la visite officielle pour que celle-ci passe d’une visite de la fondation Clément à l’ajout d’une réception en bonne et due forme au sein de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) ainsi que quelques visites de sites historiques, dont le Fort Tartenson ou fût déporté et retenu captif le Roi Béhanzin[xii].

Il convient de préciser que le bâtonnier Georges-Emmanuel Germany, afro descendant Martiniquais, se nomme aussi sa majesté Dah Miléko, prince et ambassadeur dans le royaume d’Allada au Bénin, royaume historiquement esclavagiste[xiii]. C‘est paradoxalement un éminent avocat d‘associations et de militants-es prétendants lutter pour les réparations liées à l’esclavage en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et en France. Comble du paradoxe, Georges-Emmanuel Germany fut aussi l’une des personnalités locales aux cotés de Patrice Talon lors de sa visite du Fort Tartenson le jeudi 14 décembre 2023. Durant cette visite, le Maire de Fort-de-France Didier Laguerre tenta de sensibiliser Patrice Talon concernant les revendications martiniquaises : « Nous sommes une société, on ne peut pas se dissocier de son passé, de son histoire, de ce qu’on ait pour pouvoir se projeter dans l’avenir ». Et Patrice Talon de répondre à Didier Laguerre, maire de Fort-de-France sur place chez lui en Martinique : « Pour demander réparations en préjudices du passé, il faut que l’on soit en mesure d’établir les possibilités de réparations en l’état actuel : est-ce qu’on peut demander qu’il y ait une réforme agraire ? Les terres n’appartenaient pas aux esclaves.[xiv] »

Il n’est pas de notoriété publique que notre bâtonnier Georges-Emmanuel Germany alias sa majesté Dah Miléko, prince et ambassadeur du royaume d’Allada au Bénin, grand défenseur du Mouvement International pour les Réparations (MIR), ait bronché suite à cette réplique cinglante du président Talon.

Autre fait important : vu la forte promesse faite par le président Talon[xv] que le gouvernement béninois subventionnerait et mettrait tout en œuvre pour qu’un pont aérien direct voit le jour entre Cotounou et Fort-de-France[xvi], il est très peu probable que ce genre d’annonce venant d‘un président en exercice eût été faite à deux populations entières de façon précipitée par suite de quelconques polémiques. Et c’est précisément là que semble se situer une partie des enjeux économiques et géopolitiques entourant cette fameuse visite : d’une part le négationnisme, et d’autre part l’apologie de crimes contre l’humanité. Le Bénin a entamé depuis quelques temps un projet faramineux de valorisation et de reconstitution de sites historiques afin d’y organiser un tourisme dit mémoriel de masse à la gloire du glorieux passé esclavagiste du royaume du Dahomey. La description de la publication d’un reportage de Martinique 1ère à cet effet sur la page Facebook officiel du Ministère du Tourisme de la Culture et des Arts du Bénin est on ne peut plus maladroite et révélatrice : ”Bénin, en route pour un projet titanesque de tourisme mémoriel. Du Bénin, premier site de départ de l’ancienne côte des esclaves, sont partis entre 1,5 et 2 millions de captifs sur trois siècles. Le Gouvernement du Bénin de Patrice Talon a de grands projets de tourisme mémoriel pour compléter ce qui existe. Les travaux ont déjà commencé.’’ Parc d’attraction sous couvert de mémoire ? À la gloire de qui concrètement ? Coût total du projet : près d’un milliard d’euros[xvii], et plusieurs martiniquais et guadeloupéens participants au développement de ce projet titanesque en tant que cadres. Concernant ce projet pharaonique, Amnesty International a dévoilé un rapport de 78 pages le 7 décembre 2023, faisant état de conditions d’expulsions réalisées dans le cadre de quatre projets de développement et d’aménagement. Le rapport met en lumière de multiples violations du droit à un logement convenable, notamment un manque de consultation en bonne et due forme, l’absence de préavis suffisant et raisonnable donné aux habitant·e·s, des expulsions menées de façon inacceptable, l’insuffisance ou l’absence d’indemnisation, et les obstacles rencontrés par les personnes concernées pour déposer des recours administratifs et juridictionnels[xviii]. Si Patrice Talon ne semble pas manquer d’opposants politiques, il semblerait néanmoins que presqu’aucune personnalité béninoise ne s’oppose à sa politique mémorielle, pas même un Strasbourgeois né en France de parents Béninois originaires du royaume d’Allada. Qui sait, peut-être que le film The Woman King a eu pour effet d’accélérer les fantasmes, tout autant que le fameux Wakanda.

Toutes ces manœuvres teintées de négationnismes ne sont pas étrangères aux martiniquais, et ce depuis fort longtemps. La fondation Mémoire et Esclavage[xix], la Fondation Esclavage et Réconciliation (FER, nom assez cocasse), et l’association CM98 sont toutes en bonne partie financées ou en lien avec Bernard Hayot. Autre petit clin d’oeil : l’un des membres fondateurs de la Fondation Esclavage et Réconciliation (FER) n’est autre que le défunt Serge Guézo, Prince d’Abomey (capitale du royaume des Fons, au Bénin, ex-Dahomay)[xx]… un descendant de nobles esclavagistes. Il va sans dire qu’aussi toutes ces initiatives écartent du revers de la main la question des réparations. À ce titre, Serge Romana, afro descendant guadeloupéen, membre fondateur de la fondation FER ainsi que fondateur de l’association CM98 fût on ne peut plus clair dans l’émission Politiquement (In)Correct du dimanche 25 septembre 2022 chez Viaatv Martinique, lorsqu’Eddie Marajo lui demanda son avis sur la question des réparations (accrochez-vous) : « À la limite que des esclaves demandent des réparations financières, je peux comprendre ça : c’est eux qui ont vécus la catastrophe. Mais enfin des gens qui prennent leurs petites coupes de champagnes, qui sont tranquilles, etc., qui vont me raconter des réparations financières, pour des gens qui étaient leurs parents qui ont soufferts : il y a un truc que je ne comprends pas.[xxi] » La retranscription ne rend bien évidement pas justice à l’élocution du bougre. Vous pourrez par ailleurs apprécier la prise de défense de Serge Romana dans les commentaires de la publication en question par… : Catherine Conconne. Le monde est petit.

S’il est indéniable que la Martinique ait produit et continue de produire nombre et nombre de facilitateurs martiniquais au profit de l’impérialisme et du néocolonialisme français par-delà nos eaux, qu’en est-il des contestataires martiniquais face à ces manies nostalgiques, négationnistes et teintées d’apologies de crimes contre l’humanité ? Aux premiers abords il semblerait que la terre de l’esclave Romain, de Lumina Sophie, D’andré Aliker, de Frantz Fanon, de l’Ojam, des Yich Telga, pour ne citer qu’eux parmi beaucoup d’autres hommes et femmes courageux, ne semble pas avoir dit son dernier mot sur ces points névralgiques. Nombre d’actions de désobéissance civil ont eu cours, visant à dénoncer les crimes coloniaux, le recel de crime contre l’humanité, l’apologie de crime contre l’humanité, le négationnisme et le révisionnisme pratiqués par-delà nos eaux mais aussi par nos personnalités et acteurs économiques locaux, dont certains héritages consolidés ont par ailleurs permis les pérennisations d’abus de positions dominantes et le déni de justice, notamment quant au désastre écologique, sanitaire, économique et au scandale politique du Chlordénone (communément appelé Kepone aux USA)[xxii]. Si certains évènements n’ont absolument rien à voir avec la dénonciation de crimes coloniaux, pour autant l’on ne compte plus les actes de blocages, de sabotages, de dégradations et d’incendies de bâtiments publics clés, de plantations, d’entreprises cibles, d’émeutes ou de situations insurrectionnels ayants réellement des fondements de revendications anticolonialistes depuis 2019. L’on ne compte plus non plus les dommages collatéraux à la suite de la répression de l‘État français. Point culminant : la répression du 13 janvier 2020[xxiii]. Autre point culminant : les déboulonnages citoyens de deux statues de Victor Schoelcher le 22 mai 2020[xxiv] en Martinique.

Il s’agissait, pour celles et ceux assumant les nombreuses tentatives précédentes et la réussite effective de ces actes, non seulement de dénoncer les crimes coloniaux mais aussi le storytelling de l’humanisme français républicain teinté d’un paternalisme qui invisibilise l’humanité et les aspirations des premières et les premiers concernés, à savoir : les captifs esclavisés eux-mêmes, massacrés ou ayants survécus.

Le Duguay-Trouin fût l’un des vaisseaux arrivés en janvier 1802 pour tenter de mater la révolution de Saint-Domingue

À la suite des déboulonnages des statues de Schoelcher et de la panique qui en a découlé, durant son allocution du dimanche14 Juin 2020 au peuple français, Emmanuel Macron déclara : « Ce combat noble est dévoyé lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé. Ce combat est inacceptable lorsqu’il est récupéré par les séparatistes. Je vous le dis très clairement ce soir mes chers compatriotes : la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire, elle n’oubliera aucune de ses œuvres, elle ne déboulonnera pas de statues.[xxv] »’ Certains martiniquais l‘ont pris comme une offense de plus. Suite au passage à tabacs du jeune Keziah Nuissier par les forces de l‘ordre françaises survenue le 16 Juillet 2020[xxvi] à Fort-de-France, les statues de Pierre Belain d’Esnambuc et de Joséphine de Beauharnais furent toutes deux déboulonnées spontanément le 26 juillet 2020[xxvii].

Nous connaissons donc on ne peut trop les nostalgies du colon et du noble, leur fort attachement à la symbolique, leur affection quasi- indélébile pour ce qu’ils considèrent comme un passé glorieux.

Il n’est donc pas surprenant pour nous de constater que le sous-marin nucléaire français en escale à Fort-de-France du 3 au 9 mars dernier, sans que l‘on ne sache officiellement sa trajectoire, se nomme : Duguay-Trouin. Le Duguay-Trouin fût l’un des vaisseaux arrivés en janvier 1802 pour tenter de mater la révolution de Saint-Domingue[xxviii]. Au micro de Cécille Marre chez Martinique la première le 5 mars dernier, le commandant de bord Jean-Baptiste Grossin déclara que l’un des éléments de la mission du Duguay-Trouin consiste à la coopération avec notre allié premier que sont les Américains[xxix].

Après le zèle déployé par Patrice Talon et l’étalage au grand jour chez nous en Martinique de sa politique étrangère, culturelle et mémorielle, nous ne sommes pas non plus surpris de constater de la présence de représentants du Bénin dans l’imposition d‘une quelconque démarche à la société civile haïtienne par la Caricom sous l’égide, entre autres, des USA, de la France et du Canada[xxx].

Non, nous ne sommes pas surpris des velléités négationnistes tentants d’abattre les revendications liées aux réparations.

Au vu du contexte géopolitique mondial et régional, ce qui en revanche a commencé à capter notre attention, c‘est l’arrivée le 12 mars dernier dans notre Baie de Fort-de-France de la mission Jeanne D’Arc, ce qui n’était pas survenu depuis 2010 : porte-hélicoptères Tonnerre, frégate le Guépratte. 800 militaires, dont 640 marins, plus de 160 officiers élèves, ainsi qu’un groupement tactique embarqué de 150 soldats de l’armée de Terre[xxxi]. Déploiement annuel ayant pour objectif de faire naviguer et de former les futurs officiers de la Marine loin, longtemps, et en équipage, dans un contexte opérationnel, un certain type d’entrainement fût ajouté à cette mission pour la première fois : un volet contestation d’îlots isolés aura lieu avec reprise par la force, conjointement avec des régiments de pays issues des régions Caraïbe et Amérique du Sud. La mission Jeanne D‘Arc aussitôt stationnée au port de Fort-de-France, vint ensuite un communiqué, stipulant entre autres : « Les Forces armées aux Antilles demeurent vigilantes quant à la dégradation du contexte sécuritaire à Haïti. Elles sont en mesure d’adapter leur dispositif en fonction d’évolutions potentielles de la situation. »

Les Martiniquais, les Guadeloupéens et les Guyanais sont-ils au courant des enjeux en cours et des implications ?

Arriva par la suite un Antonov-124 sur le tarmac de l’aéroport Aimé Césaire du Lamentin le mercredi 13 mars. Les nouvelles allant très vite en Martinique, petit territoire oblige, il fallut peu de temps pour que des captures d’images de visiteurs de l’aéroport commencent à circuler sur les réseaux sociaux : matériel militaire, hélicoptères.

Le lendemain, le 14 mars, ce fût une visite de deux jours de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer et Marie Guévenoux, ministre déléguée chargée des Outre-mer, visite officiellement annoncé publiquement le 8 mars[xxxii], pour des motifs officiels, et fort probablement officieux aussi mais gardés secret défense, pour le moment.

Que les choses soient clairs pour toutes et tous : cette mission à venir en Haïti, clamée ça et là constituée une mission de maintien de la paix n’en est pas une. Si telle était le cas, elle aurait été portée sous la bannière de l’ONU, or ce n’est pas le cas : elle est portée par des puissances étrangères, et ce de façon officielle et assumée pour celles et ceux qui savent bien lire entre les lignes, au-delà des grandes déclarations et des communiqués. C’est ce que l’on appelle : une invasion.

Dans un rapport lu aux membres de sécurité de l’ONU le 15 aout 2023, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, énonça les prérogatives de la mission ainsi que les réalités à faire face : « Le contexte actuel d’Haïti n’est pas propice au maintien de la paix », ajoutant que l’ordre public devait être rétabli, les gangs désarmés, les installations stratégiques et les routes sécurisées et une présence étatique rétablie pour fournir les services de base. « Rien qu’un recours robuste à la force, complété par une série de mesures non cinétiques, par une force de police multinationale spécialisée et compétente, dotée de moyens militaires et coordonnée avec la police nationale, serait en mesure d’atteindre ces objectifs », a-t-il ajouté[xxxiii]. Cela signifie dommages collatéraux et pertes conséquentes en vies humaines.

À quel titre et au nom de quel peuple Catherine Conconne et Victorin Lurel pensent se prononcer concernant le dossier Haïtien ? Les Martiniquais, les Guadeloupéens et les Guyanais sont-ils au courant des enjeux en cours et des implications ? Sommes-nous prêts collectivement à avoir des morts sur la conscience parce que certains de nos élus auront, encore, fait le choix d’être le jouet sombre au carnaval des autres sans nous consulter ?

Il parait évident qu’Haïti porte une nouvelle fois le fardeau des enjeux immenses liés aux réparations pour un monde plus juste et équitable, et il semblerait que la France, ses alliés et ses facilitateurs trouvent moins onéreux et moins risqué de tenter de faire taire une nouvelle fois ces revendications légitimes à coups de contingents armées et ce afin de tenter de préserver le statuquo.

Haïti, seule, contre tous, pour ne pas changer.

Cela étant, dans le contexte d’une invasion imminente d’Haïti, de regains de tensions géopolitiques entre la Russie et la France quant au dossier Ukrainien, de tensions entre le Venezuela et le Guyana défendu par la Caricom et les USA concernant les ressources de l’Essequibo : pensons-nous réellement que l’utilisation des infrastructures de nos petits territoires à des fins impérialistes passe inaperçue aux yeux des ennemis de la France et de son allié les États-Unis ? Sommes-nous prêt collectivement à en subir les conséquences éventuelles ?

Je doute que ce macabre jeu de pompiers pyromanes en vaille la chandelle en ce qui nous concerne.


*Rodhney Robert, militant antichlordécone, martiniquais.

Notes

[i] https://www.nytimes.com/fr/interactive/2022/05/20/world/americas/haiti-france-dette-reparations.html

[ii] https://www.dw.com/fr/envoi-contingents-b%C3%A9ninois-en-ha%C3%AFti/a-68441833

[iii] https://www.youtube.com/watch?v=8QMBOiIgTfY

[iv] https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/crise-aigue-en-haiti-la-senatrice-catherine-conconne-demande-une-plus-grande-implication-de-la-france-1389498.html

[v] https://shorturl.at/almvH

[vi] https://www.senat.fr/groupe-interparlementaire-amitie/ami_642.html

[vii] https://www.jeuneafrique.com/311694/politique/dix-choses-a-savoir-patrice-talon-futur-president-benin/

 

[viii] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/03/18/benin-les-nombreuses-casseroles-du-candidat-talon_4885830_3212.html

[ix] https://www.youtube.com/watch?v=4N0OS2f4xVg

[x] https://www.youtube.com/watch?v=YxOGAAON7hY&ab_channel=ORTB

[xi] https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/le-president-de-republique-du-benin-de-passage-en-martinique-pour-une-visite-de-travail-1450181.html

[xii] https://www.youtube.com/watch?v=EL-IPKLpb9o&ab_channel=Pr%C3%A9sidenceB%C3%A9nin

[xiii] https://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/insolite/georges-emmanuel-germany-intronise-prince-au-benin-595197.php

[xiv] https://shorturl.at/imEN0

[xv] https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/il-y-a-beaucoup-a-faire-parce-que-rien-n-existe-entre-nous-patrice-talon-president-de-republique-du-benin-1451084.html

[xvi] https://rci.fm/deuxiles/infos/Politique/En-visite-en-Martinique-le-president-du-Benin-annonce-une-liaison-aerienne-avec

[xvii] https://shorturl.at/bptv5

[xviii] https://www.amnesty.org/fr/documents/afr14/7383/2023/fr/

[xix] https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/le-groupe-bernard-hayot-renouvelle-son-mecenat-avec-la-fondation-pour-la-memoire-de-l-esclavage-1399994.html

[xx] https://www.fondation-fer.org/membres-et-comite/

[xxi] https://shorturl.at/ktUX6

https://www.youtube.com/watch?v=v9wBM4y-0l8&ab_channel=D%C3%A9colonisonsl%27%C3%A9cologie

[xxiii] https://www.facebook.com/share/v/LpwrL3mFHGEs9Rqi/?mibextid=KsPBc6

[xxiv] https://www.youtube.com/watch?v=sx7amTUOQgA

[xxv] https://www.youtube.com/watch?v=8dcM_SHR3Kg

[xxvi] https://loopsider.com/fr/video/keziah-nuissier-militant-anti-chlordecone-victime-de-violences-policieres-en-martinique

[xxvii] https://www.youtube.com/watch?v=ln1IBNXvGtw

[xxviii] https://shorturl.at/jTUZ1

[xxix] https://x.com/la1ere/status/1764999306652823831?s=46

[xxx] https://shorturl.at/HLMO8

[xxxi] https://shorturl.at/qwHV7

[xxxii] https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/deplacement-en-martinique-de-gerald-darmanin-et-marie-guevenoux

[xxxiii] https://www.reuters.com/world/americas/un-chief-says-robust-force-needed-disarm-haitis-gangs-2023-08-15/

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