Mal à l’aise

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Michel Martelly: Où est la Justice ?

À lire ce que disent et écrivent les analystes, les journalistes, les opinionistes, les éditorialistes, les faiseurs d’opinion, les observateurs, les interprétateurs, les présentateurs, les explicateurs, les moralisateurs, les palabreurs, les décortiqueurs de la situation en cours en Haïti depuis que le ténébreux  Jovenel n’arrête pas de faire des siennes, on se demande, abasourdis, comment va-t-on pouvoir s’en sortir ; on se demande où les plumitifs vont-ils trouver l’inspiration, le souffle, la force, le fyèl pour alimenter leur discours.

La très grande majorité des intervenants, des discutants, des analysants, des palabrants, ne fait seulement que s’apitoyer sur l’impasse créée par la désastreuse gouvernance des dirigeants dont ils dénoncent à tour de bras, de mains plumitives, d’éditoriaux, de propositions de sortie de crise et de points de vue le comportement aberrant, révoltant, sans toutefois nommément montrer quiconque du doigt, les corrompus en particulier ; sans jamais dénoncer haut et fort ceux-là qui tirent les ficelles, les ficelleurs nationaux et internationaux. À l’occasion, timidement, on leur passe un p’tit beurre, mais pas plus que ça. Aussi, je me sens mal à l’aise avec cette gênante autocensure.

Pavoisent, circulent vanmpanm dans le pays (souvent à Punta Cana, kay vwazen) divers ” Petrocaribéens”: Jean Max Bellerive, Laurent Lamothe, et Wilson Laleau

On a l’impression qu’il y a de petits intérêts personnels à protéger. On dirait qu’on fait preuve d’une certaine retenue pour ménager un avantage potentiel dont la matérialisation tarde à venir. On manifeste un naturel que je dirais grégaire, moutonnant, panurgeant : c’est ainsi que font les autres, ils disent les choses à demi-mot, pour ne pas dire à quart de mot, au huitième de mot, voire même au seizième de mot, finalement ils ne disent rien. Pourquoi pas moi ? Le mec est un suiveur, il fait ce que fait le plus grand nombre. Il renonce à son intelligence critique. C’est un abdicateur, un roi peureux qui a abdiqué son trône de liberté de la parole.  Ce qui me met mal à l’aise.

J’aime voir défiler sous mes yeux ou à mon oreille les douloureux apitoiements relatifs à l’absence de « stabilité institutionnelle » ou (ce que j’appréhende par-dessus tout) au « vide institutionnel ». L’appréhension est réelle, presque viscérale. Imaginez que vous êtes arrivé à un stade de développement du chaos tel que vous risquez d’être happé par une quelconque béance, par un précipice, un trou sans fond, un ‘‘vide’’. Vous imaginez avec effroi que vous êtes menacé de subir le sort de Charybde transformée en gouffre marin par Zeus alors que vous n’avez pas volé à Héraclès une partie de son troupeau. Vous comprenez que je sois mal à l’aise.

Yves Germain Joseph: Où est la Justice ?

Les partis, les plateformes politiques pilulent, pardon,  pullulent (à bouche ‘sûre’, parfois écriture ‘sûre’, excusez la suritude), champignonnent, mais on ne voit d’où peut surgir un leader parmi ces laideurs hautainement vêtues de victorieux rouge messianique. Il  y a même eu une avocate bien calibrée qui  avait eu une proposition de déblocage, de sortie de crise. C’était « un cri de cœur d’inspiration divine » avait-elle avoué.

Avait-elle en tête, pardon,  au cœur, et à cœur de former un parti, une plateforme, quelque chose comme une Passerelle, un Pont, un Pont-levis, un Barrage, un Marcher-Prendre, un Bloc, une Fusion, un Faux Rhum, pardon, un Forum? Depuis, on n’en a plus entendu parler. L’inspiration humaine en politique haïtienne  m’ayant toujours mis mal à l’aise, peut-être qu’une inspiration divine (couronnée de succès) m’eût sorti de cette gêne, de cette mal-à-l’aiseté chronique.

Malgré l’entêtement d’un président à faire mal même le mal dans lequel il se plaît, malgré un acharnement (timidement dénoncé par nos analystes) ouvert de nos « amis » du Nord  à applaudir Jomo des deux mains alors qu’il nage dans le mal, malgré la faillite honteuse et irréversible d’une opposition décérébrée par des ambitions leadershipantes de pouvoir, il s’en trouve qui croient que par une étrange alchimie ou quelque osmose géographique, nos hommes et femmes politiques, nos actuels et futurs dirigeants tireraient des leçons de nos voisins latinos et caribéens.

Jacques Gabriel: Où est la Justice ?

Lesquels ? On n’ose citer d’exemples. Personne n’ose faire allusion à Cuba, non pas à titre de modèle à vouloir copier sottement, tête baissée, mais à titre de référence morale, d’un irréprochable internationalisme, d’une pleine réussite en matière d’éducation, de soins de santé, de loisirs, d’ajustements administratifs clairvoyants dans la gouvernance, enfin, à titre d’une expérience au-dessus de tout soupçon de corruption. Et cela me rend mal à l’aise que nos faiseurs d’opinion n’y font même pas allusion. Le grand ami, le grand Tonton les jetterait, vite, dans sa macoute. Et hop ! Plus de visa mon p’tit papa.

Des éditorialistes s’apitoient sur notre autodétermination piétinée et avilie, larmoient, s’attristent de voir comment le pays est l’objet d’indésirables et inopportunes interventions ONUsiennes ou OEAtes qui nous « dictent des leçons ». Plus les interventions nous tombent dessus, comme une sorte de grêle malfaisante, déstabilisante, plus le pays sombre dans la mal gouvernance. Et il s’est trouvé un éditorialiste pour parler de « machine à crise, gouvernée par on ne sait qui ». Par on ne sait qui ? Sans blague. De l’autocensure gratis ti cheriNèg la konnen, wi. Comment ne pas me sentir mal à l’aise ?

Quand l’abcès de la CORRUPTION menace d’éclater sous la pression des masses déferlant sur le macadam, tout de suite on agite le scandale PetroCaribe. Pour les politiciens démagogues, hérauts d’honnêteté le jour, magouilleurs la nuit, la plaie PetroCaribe, la purulence morale et financière PetroCaribe est un appât pour mobiliser « la masse ». Vite on se réfugie dans l’idée d’un ‘‘procès’’, on ressuscite Tonton Nò, on tontonne, on ‘‘consolide’’, on fantasme, on conjecture, on prophétise même un renouveau dans la gouvernance du pays…

Hélas! Du pur battage de poignet politico-intellectuel, alors qu’il eût été préférable de tenir à la une, chaque jour, les noms des coupables. Jusqu’à ce que je wont je la pudibonde et pusillanime société civile, les clopines-clopantes organisations des droits humains, les Églises toujours assises sur deux chaises de prudence, de réticence (et d’abstinence), et la jeunesse universitaire encore saine, se joignent aux masses assoiffées de justice et de mieux-être pour forcer la main aux gouvernants. Or, on en est bien loin, ce qui me laisse mal à l’aise.

Daniel Dorsainvil, elatiye. Où est la Justice ?

J’apprends au hasard de mes lectures que tout le monde est d’avis qu’un changement politique s’impose. Ah ! J’ai découvert l’Amérique. J’apprends aussi qu’il nous faut une nouvelle République aux contours politiques et juridiques neufs, assortis de pratiques novatrices. Ah ! (encore). Mais si on ne montre pas du doigt, nommément, tous ces ministres (actuels, même de facto), secrétaires d’État, anciens ministres, anciens députés, anciens sénateurs corrompus, on aura beau s’apitoyer, ce sera peine perdue. Ce sera presque comme du lave men siye atè. Un tel état de choses me désole et me met mal à l’aise.

Les voeux pieux, les redites, les rabâchages, les prêchi-prêcha abondent dans la presse où on lit: on est pris dans les rets de politiques néfastes, il y a quelque chose de fondamentalement pourri dans le système, on se comporte comme des gladiateurs (sic), un Premier ministre est livré à une meute de parlementaires chauffés à blanc sous l’oeil  réjoui du Néron présidentiel, on jakorépète qu’il faut prendre les dispositions nécessaires pour assurer la reconstruction d’un pays en ruines. Et bien sûr on sort la béquille PetroCaribe qui porte tous les paralytiques dénonciateurs de la gigantesque arnaque PetroCaribe, frustrés de ne voir que le soleil qui poudroie, Jovenel qui ricanoit et les fonctionnaires impliqués dans cette vaste supercherie d’État qui pavoisoient.                      Entre-temps, pavoisent, circulent vanmpanm dans le pays (souvent à Punta Cana, kay vwazen) les anciens Premiers ministres Laurent Lamothe et  Jean Max Bellerive, les Michel Martelly, Micky l’infecte ; les Wilson Laleau, ancien ministre du Commerce et de l’Industrie et ex-chef de cabinet du Président Jovenel Moïse ; les Yves Germain Joseph, ancien ministre de l’Economie et des Finances et ex-Secrétaire général du Palais national ; les Jacques Gabriel, ancien ministre des TPTC ; les Daniel Dorsainvil, ancien ministre des Finances ; les Michael Lecorps, ancien directeur du BMPAD ; l’ancienne ministre des Finances, Marie Carmelle Jean Marie ; les Josefa Gauthier, ancien ministre de la Planification. Où est la Justice ? Comment dire encore que je suis mal à l’aise ?

Et quand je pense à l’opposition, ce ramassis de nullités déclarées, patentées, brevettées, diplômées, assermentées qui ont échoué piteusement face à cet incapable, implacable et corrompu de Jovenel, quand je pense qu’elle n’a pas tiré leçon de son honteux, fracassant échec et s’apprête à se livrer aux mêmes turpitudes et salissures d’hier, alors là je suis fichument mal à l’aise.

Et telefòn ne lâchez pas. À la revoyure !

25 janvier 2020

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