Lettre ouverte du BODDH au conseil de l’Université d’état d’Haïti

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Mesdames, Messieurs les membres du Conseil de l’Université d’État d’Haïti,

Le Bureau des organisations de défense des droits humains (BODDH) estime indispensable et urgent de vous interpeller sur la crise qui sévit à l’Université d’État d’Haïti (UEH). Cette crise date de plus d’un an et voilà que la Faculté des Sciences Humaines ferme officiellement ses portes il y a quelques jours ; tandis que  l’École normale supérieure et le Campus Roi Henry Christophe de Limonade restent fermés depuis plusieurs mois ; d’autres s’apprêtent à emboîter le pas. Le BODDH considère que cette dernière crise contribue davantage à enfoncer le clou du cercueil de l’UEH pour avoir facilité sa prise d’otage par le statu quo composé de dirigeants illégitimes, adeptes de pratiques administratives opaques. Le BODDH constate que de telles pratiques impopulaires et contestables pérennisent  la gouvernance-pompier, la procrastination et la cooptation  en vue de se perpétuer et se reproduire. Elles facilitent les intérêts privés du statu quo au grand dam du corps professoral qui travaille comme des esclaves, du personnel administratif et/ou technique et des étudiants.

Le BODDH estime que de tels agissements donnent l’impression que l’UEH ne compte que des incapables en son sein et qui pis est, cela favorise le secteur privé de l’enseignement supérieur, sous le masque d’une façade de stabilité, à faire pulluler des boîtes qualifiées d’universités qui pourtant n’ont rien à voir avec ce qui pourrait être un centre universitaire. À cet effet, le BODDH tient à rappeler que l’UEH est un patrimoine de la Nation haïtienne financé par les taxes citoyennes qui, dans ses trois missions régaliennes ordinaires, doit surtout permettre aux jeunes des couches défavorisées de la population d’accéder à une formation universitaire de qualité et le cas échéant leur permettre d’accéder à la mobilité sociale. Contribuer à enliser l’UEH dans cette crise sempiternelle, c’est chercher à faire disparaître ces couches défavorisées déjà affectées et fragilisées par d’autres crises socio-économiques.

Fort de ces considérations, le BODDH  propose :

  • que les revendications du corps professoral et du personnel administratif et/ou technique revendiquant la mise en application d’un plan de carrière, l’application d’une grille salariale et de bonnes conditions de travail soient prises en compte en toute célérité.
  • Que le Conseil de l’UEH prenne en compte les doléances des étudiants qui revendiquent de bonnes conditions physiques d’études, des bibliothèques, des salles didactiques, des laboratoires, des cafétérias et l’accès à l’assurance-santé et au crédit étudiant ;
  • que les conditions soient réunies pour que tous les étudiants de toutes les entités de l’UEH puissent regagner leurs activités académiques  et que les 19 étudiants expulsés sous base de problèmes vindicatifs soient réintégrés de plein droit ;
  • que les membres du Conseil de l’Université non solidaires de cette crise programmée de l’UEH prennent des positions publiques afin que nul n’en ignore en vue de protéger ce qui reste encore de l’UEH;
  • la création des conditions favorables afin d’aboutir à un Conseil exécutif légitime, non contesté capable de cimenter les divers corps de l’Université et d’envisager des solutions viables aux problèmes récurrents de l’Institution à la place des solutions cosmétiques.

Le BODDH reste et demeure disponible pour jouer le rôle de médiateur dans la quête de solutions viables en vue d’endiguer cette crise endémique qui ne fait que gangrener l’UEH qui, le cas échéant, ne parvient guère à offrir sa digne contribution au développement de la Nation. Le BODDH renouvelle sa détermination à lier les droits sociaux, économiques et culturels aux droits civils et politiques pour le bien-être de la majorité des Haïtiens qui souffrent considérablement.

Fait à Port-au-Prince, le  3 avril 2017

Me. Jacceus JOSEPH, avocat, coordonnateur général du BODDH

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