On aura tout vu, tout entendu

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« Le chef de l’Etat n’a pas encore mis son devoir au propre», a indiqué Youri Latortue. Autrement dit, le fourrage est mal réparti dans le ratelier.

Presqu’invariablement, chaque semaine, avec une légère angoisse, avec un peu de doute dans mon esprit, avec une légère tendance au découragement, si ce n’est à la démission, je me pose la même question: à quoi bon? À quoi bon continuer à écrire? À quoi bon, selon une formule rituelle, ”interpeller la conscience” de nos gouvernants, alors qu’ils n’en ont pas? À quoi bon dénoncer celui-ci ou celui-là, celle-ci ou celle-là, quand ces ceux-ci et ces celles-là se fichent comme d’une guigne de ce que j’écris? De ce que d’autres, mieux ”calibrés” que moi, réclament, exigent: un vrai changement de direction dans les affaires du pays, un changement pour une meilleure gouvernance, un véritable État de droit, un effort concerté, bien pensé, pour sortir les masses de leur misère abjecte.

Invariablement, je me ressaisis, parce qu’on ne peut décemment pas donner le gain à des gens corrompus, sans conscience, sans amour propre, sans aucun intérêt dans l’avenir d’un pays qui n’aligne que du négatif, ou presque, et occupe, souvent, les dernières places dans toutes les statistiques d’évaluation de progrès ou d’absence de progrès en matière de bonne gouvernance, de respect ou de mise en pratique des standards internationaux. N’empêche, on doit comprendre mon découragement, parce que dans ce pays presque foutu qu’est Haïti, on aura tout vu, tout entendu.

Oui, on aura tout vu, tout entendu. Un président, ”élu” on ne sait trop comment, qui prend plaisir, s’amuse à écouter, à jouir, apparemment, des sottises, des bêtises, des betiz, des grivoiseries, des mufleries, des vacheries, des saloperies, des salacités, lubricités, impudicités, grossièretés, obscénités, vulgarités débitées à haut débit par un ancien président mal élu lui aussi, en raison d’une intempestive intervention étrangère. Oui, on aura tout vu, tout entendu, lorsque la femme de l’actuel ”président”, sans pudeur, sans classe, sans dignité, dignité de première dame, se sera laissée aller à participer, joyeusement, tchatcha en main, à cette orgie de gros mots, de mots sales mis en musique par un dérangé surnommé Micky la honte.

Que sait le député Tardieu? Que ne sait-il pas?

Oui, on aura tout vu, tout entendu dans un pays où le président du sénat, de façon désinvolte, incongrue, cavalière, indécente, malsonnante, malséante, choquante, réclamait, du haut de sa tribune, sa part du gâteau politique, celle d’autres parlementaires impatients de s’atteler à la mangeoire de l’État et de se remplir la panse. On peut se rappeler que, le lundi 13 mars 2017, le Premier ministre, accompagné de son cabinet ministériel devait se présenter au Parlement pour l’énoncé de sa politique générale.  Sans vergogne, sans honte, sans pudeur, sans tenue ni retenue, sans scrupule aucun, le contrebandier Youri, une semaine auparavant, avait annoncé la couleur:  « La majorité nécessaire à la ratification de l’énoncé de politique générale du Premier ministre nommé n’est pas encore dégagée ». Et mettant Jovenel au pied du mur (de la honte), il précisait: «  le chef de l’Etat n’a pas encore mis son devoir au propre ».

Le sénateur du Sud, Richard Fourcand Hervé, un autre contrebandier du calibre de Youri est venu rendre explicite, en créole, le pourquoi du boycott de la séance de ratification de l’énoncé de politique générale du Premier ministre nommé qui devait avoir lieu le 13 mars. Il l’avait crûment indiqué:   «yon pati  jwenn, yon lòt pa jwenn ». Ah, ces grands coquins! Ces brigands, ces scélérats, ces ti grangou tellement anxieux de s’atteler au ratelier de l’État. Comme le signalait un récent éditorial du journal: «Outre des privilèges, ce monde d’arrivistes et opportunistes réclame de fortes sommes d’argent, des maisons, des postes ministériels, des directions générales, des secrétaireries d’Etat, des directions d’organismes autonomes, des directions départementales, des délégations départementales etc…»

On aura tout vu, tout entendu dans ce presque foutu pays d’Haïti quand Jovenel Moise, le   ”président” nouvellement ”élu”, dans l’esprit, justement, de partage de gâteau, de bien pourvoir le ratelier en fourrage, flairant ou pressentant le sans-gêne et l’appétit goinfre de Youri Latortue annonçait déjà que «Le Premier ministre a promis de former un gouvernement d’ouverture. Les négociations avec les leaders des groupes parlementaires et les dirigeants des partis politiques se réalisent autour de la formation du gouvernement». Un euphémisme, même pas discret, comme pour dire à la façon du Nazaréen: «Hommes de peu de foi, pourquoi craignez-vous?» Tout moun pral jwenn.

Gade, mèt la, ou wè m pa ka nan blanchi lajan sal

On aura tout vu, tout entendu dans ce presque foutu pays d’Haïti embrayé en marche arrière. Même quand il y a une tentative de marche avant, ça grince. Par exemple, après que l’épouse de l’ancien président René Préval ait requis l’autopsie de son mari, le Président de la Commission Justice et de Sécurité du Sénat, l’extra-terrestre Jean Renel Sénatus, se basant sur des rumeurs circulant sur internet à l’effet que l’ancien Président Préval pourrait être décédé de cause non naturelle, a fait parvenir un courrier au ministre de la Justice lui demandant d’instruire le Commissaire du Gouvernement pour qu’une autopsie soit réalisée sur le corps du défunt, afin de ”faire toute la lumière sur les causes de son décès”.  Pourquoi cette extravagance inutile de la part du sénateur Zokiki?

Me. Jean Danton Leger a autorisé qu’une partie des spécimens prélevés sur le cadavre de René Préval soit transférée aux États-Unis. Mais de son propre aveu: «J’aurais aimé que tous les examens se fassent en Haïti, mais malheureusement l’institut est sous-équipé pour les réaliser». On ara tout vu, tout entendu dans ce presque foutu pays, puisque Léger était réduit à ”exhorter les autorités de l’État à se pencher sur le sort de l’institut médico-légal qui représente un pilier de taille dans l’édifice de la justice Haïtienne”. Comme un ti malere k ap kriye pou 10 kòb akasan.

Dire que, au mois d’août 1944, lors du décès de Jacques Roumain trois jours après son retour d’un voyage à Cuba où il avait rencontré des camarades cubains et haïtiens, le Parti communiste cubain de l’époque avait offert de procéder à l’autopsie du co-fondateur du Parti communiste haïtien, car on soupçonnait, possiblement, un empoisonnement, ou plus probablement, une maladie (cirrhose, crise aiguë de malaria ou autre). Soixante-treize ans plus tard, nous sommes encore ”sous-équipés”, pas seulement pour une telle performance médico-légale, mais à tous les niveaux. Les autorités ne se soucient guère de soigner la population, peut-on s’attendre à ce qu’elles s’intéressent à avoir un institut médico-légal de qualité? Jamais. Foutu pays, ou presque.

Martelly, l’immoral, le grand hypocrite, mains jointes aux côtés du pape Benoît XVI.

Le 7 avril, cela fera un mois depuis l’autopsie de René Préval. Des spécimens d’autopsie ont été envoyés à l’étranger pour les suites nécessaires. Jusqu’à présent, personne n’a encore entendu parler des résultats des examens de laboratoire médico-légaux supposés ”faire toute la lumière sur les causes de son décès”. Quelqu’un s’y intéresse-t-il vraiment? Je suis un pathologiste et j’ai commencé mon entraînement an Haïti avec les docteurs Vergnaud Péan et Edith Dreyfus Hudicourt. Je sais de quoi il en retourne. Je crains fort que ledit Institut médico-légal haïtien n’ait pas les milieux de transport appropriés, adéquats qui garantissent la réception de spécimens tenus en condition optimale pour leur évaluation. Oui, on aura tout entendu…

On peut souligner que, le dimanche 5 février 2017 dernier, la Police nationale d’Haïti (PNH) avait effectué un coup de filet permettant le démantèlement d’un réseau de proxénètes. En effet, une trentaine de jeunes filles, dont la plupart sont encore mineures, avaient été retrouvées dans la chambre de l’hôtel Calicot situé sur la côte des Arcadins. Une dizaine de personnes avaient été arrêtées lors de cette opération menée par la Direction centrale de la Police judiciaire dont la brigade de protection des mineurs est une entité.                                                                                                                           

Le parquet de Port-au-Prince s’était automatiquement saisi de l’affaire. Le commissaire du gouvernement, Jean Danton Léger déclarait, lors, que ce réseau spécialisé dans la traite des mineurs faisait l’objet, depuis plusieurs mois, de filatures de la part des instances concernées. De même que la PNH, il donnait la garantie que les coupables allaient tous être fixés sur leur sort (sic). On aura tout vu, tout entendu dans ce presque foutu pays d’Haïti: se comportant comme un habitué des mystifications du système pénal haïtien, Léger ménageant la ”lourdeur” de ses déclarations et nous prenant pour des canards sauvages, nous gens intelligents, honnêtes et respectueux de la justice, avait préféré « éviter de tout divulguer pour ne pas nuire à l’enquête ». Ha! Ha! Ha! Ah, Léger! Vous me faites rire. Vous avez bien fait de démissionner. Et puis, ”l’enquête se poursuit…”

            Oh! J’allais oublier. On aura tout vu, tout entendu dans ce presque foutu pays d’Haïti où un président ”élu” prête serment, et, plus tard, se prête allègrement au navrant, révoltant et honteux spectacle offert aux Cayes, le mois dernier, par ce spécialiste des grossièretés qu’est l’ancien ”président” Sweet Micky, alors qu’il est soupçonné par L’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF) d’implication dans des activités de blanchiment des avoirs. Une analyse partielle des comptes bancaires et des acquisitions de Jovenel a été transmise par l’UCREF pour suites utiles aux autorités concernées dont le Parquet du Tribunal civil de Port-au-Prince. En connaissez-vous la suite?                                                  

C’était en août 2016. N’empêche, Jovenel Moïse a mené campagne sans s’inquiéter. Les bourgeois ont dépensé sans compter pour lui. Il est devenu président, après avoir écrasé, littéralement, les trois autres compétiteurs qui n’y ont vu que du feu. Martelly a fêté cette ”victoire” de même que Madame Sandra Honoré, cheffe civile de la MINUSTAH, l’ambassade américaine, les ambassades dans le coup, Monsieur Jean-Marie Le Guen, Secrétaire d’Etat chargé du Développement et de la Francophonie auprès du Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies et les autres membres du «Core Group» (les ambassadeurs du Brésil, du Canada, de la France, de l’Espagne, des États-Unis d’Amérique, de l’Union européenne et le représentant spécial de l’Organisation des États américains), bref, tous les décherpilleurs d’Haïti. 

J’allais oublier également – je m’en excuse – que bien avant la victoire de Jovenel, on avait déjà tout vu et entendu dans ce pays presque foutu d’Haïti: Michel Joseph Martelly, le grand immoral, le grand gouilladò, l’indécence faite animal, avait fait en sorte qu’il fût reçu par Sa Sainteté le pape Benoît XVI. Selon un des médias haïtiens, il fut accueilli ”chaleureusement” par le Souverain Pontife. Comble d’indécence pontifico-diplomatico-politique, Martelly était accompagné, en plus de son épouse, de l’infâme Pierre-Richard Casimir, ancien  ministre des Affaires étrangères, celui par qui le scandale était arrivé.                                                                                                                                                                              

En effet,  Pierre Richard Casimir ancien ministre des Relations extérieures puis de la Justice de Martelly, avez-vous bien lu, ministre de la Justice, avait admis, devant le sénat, avoir détourné, avec la complicité de Laurent Lamothe, les 3.4 millions de dollars donnés à Haïti par l’Uruguay pour les dommages physiques et moraux causés par cinq soldats uruguayens de la MINUSTAH à un jeune garçon du nom de Johnny Jean. En d’autres termes, le Pontife avait accepté de rencontrer deux immoraux. Tous les ambassadeurs, sauf de rares exceptions, étant des espions à la solde de leur gouvernement, sa Sainteté devait le savoir.

 On aura tout vu et entendu dans ce foutu pays d’Haïti, et il ne faudra jamais s’étonner de rien. L’agence de nouvelles Anmwe News n’-t-elle pas annoncé, en date du 25 mars 2016, que «Selon un rapport de l’Organisation des États américains (OEA), la crise migratoire entre la République Dominicaine et Haïti, pays voisin pourrait être résolu en convertissant ce dernier en la 32ème province de la République Dominicaine» (sic). Selon la source fournissant les informations, «Haïti pourrait avoir une représentation parlementaire de 10 sénateurs au Sénat de la République dominicaine élargi’» (resic). Youri Latortue doit s’en réjouir, d’autres contrebandiers également.                                                    

Ne dit-on pas qu’il n’y a pas de fumée sans feu? Barbes à la trempe toutes! Gason kou fanm.
2 avril 2017

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