Les clients de l’impérialisme !

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Pour ainsi dire, c’est véritablement une remontée des ténèbres à laquelle on assiste aujourd’hui, un phénomène qui en rien ne nous surprend.  Désormais, au royaume de la corruption, tous les opportunistes veulent être rois ; de sorte que la dynamique en cours entre les différents acteurs de la classe politique pour se caser est loin d’être étonnante.

La douloureuse évidence c’est que l’absence d’une vraie alternative de changement social, de forces progressistes révolutionnaires, a fait en sorte que la grande masse des déshérités est, en effet, malgré ses grandes mobilisations, une fois de plus, mise à l’écart, abandonnée à elle-même; sur fond d’inexorable détérioration des conditions de vie de l’écrasante majorité de la population haïtienne. Le traumatisme du gouvernement de Martelly et les déboires qui ont marqué la fin de son  pouvoir, puis l’ascension scabreuse du gouvernement provisoire de Privert contribuent à mettre le cap sur la subversion et la violence destructrices de façon à faciliter le règne de la continuité.

Ce spectacle conjoncturel a, certes, permis à de nombreux revenants qui ont fermé les yeux et trahi la cause populaire, de réapparaître sur la scène politique, et il semble vouloir faire recette. Pouvait-il en être autrement, quand tous ceux qui s’assemblent pour constituer ce régime soi-disant provisoire non seulement se ressemblent, mais encore ne sont autres que d’anciens et nouveaux clients de Washington, de Paris et d’Ottawa ; des agents, des alliés, des partenaires de l’impérialisme. Cette dynamique qui se poursuit et qui se développe actuellement s’inscrit de surcroit dans un cadre plus vaste des puissances impérialistes tendant à recourir à n’importe quel moyen pour tenter de survivre et d’imposer leurs quatre volontés dans le marchandage en cours. Ce brouhaha de rencontres à n’en plus finir avec le prince du moment ne sert qu’à divertir le peuple de façon à l’empêcher de se mobiliser.

Comme nous l’avions signalé récemment, la politique que suivra le président provisoire Jocelerme Privert ne sera pas essentiellement différente de celle de son prédécesseur sur le plan des rapports avec l’impérialisme  et de ses intérêts vitaux dans le pays. Leaders de partis et politiciens «d’opposition» défilent devant ce «prince provisoire», chacun avec sa proposition «idéale» de sortie de crise et de mise du pays sur les rails de la démocratie, MOCHRENA et les autres.   Mais si  ces dizaines de propositions se relaient les unes après les autres, c’est surtout parce que cette opposition falote, insignifiante, médiocre, terne, pusillanime, a négligé, méprisé, minimisé et éventuellement trahi le facteur déterminant : l’ampleur de la résistance populaire et son potentiel de faire basculer le statu quo.

Honte à tous ceux-là qui ont troqué la mobilisation populaire contre un poste. C’est un scénario bien orchestré qui a été préparé par Martelly, Privert et Chancy sous les ordres des forces tutrices pour mieux brouiller les cartes. Car  ceux-là qui tirent les ficelles savaient bien que ces opportunistes de tout acabit n’allaient pas laisser passer leur chance de se laisser coopter pour un job. Aussi, c’est avec amertume qu’il faut se demander : s’est-il agi d’une lutte pour s’assurer un poste, un gras salaire, ou d’une volonté de combattre  de façon décisive les structures et la nature d’un système spoliateur des intérêts des masses ?

En marge de toutes ces pirouettes et acrobaties politiciennes, il y a le peuple démuni, abandonné à la misère et à l’ignorance. Un peuple qui a su déjouer toutes les manœuvres impériales pour empêcher Martelly d’imposer son successeur. A présent,  ces manifestants qui déferlaient dans les rues de la capitale ont été totalement stoppés sans aucun acquis populaire ni conquêtes anti-impérialistes. On a du mal à croire que les masses sont toujours là, présentes avec leurs revendications, prêtes à descendre dans les rues et aller jusqu’au terme de leurs objectifs et de leurs aspirations, alors que les dirigeants font la queue et plient l’échine au Palais national.  N’est-ce pas en dernier ressort trahir la cause du peuple ?

Pour les stratèges et les politiciens de cette opposition parasite, les masses populaires restent seulement un puissant moyen de pression dont ils se servent pour faire de la surenchère, du marchandage, à dessein de servir leur cause ; mais sans pour autant vouloir l’organiser de façon à changer cette force en orage effectif de revendications voire même en «accoucheuse de l’histoire». Voilà pourquoi dans cette période de confusion que nous traversons, un accent particulier doit être mis sur les handicaps des organisations de masse. Celles-ci doivent resserrer leurs rangs. Nous insistons avec force sur la nécessité de la cohésion au sein des militants, sur la discipline dans le travail organisé pour venir à bout de l’impérialisme. L’intérêt collectif général doit être l’objectif fondamental à tous les niveaux. C’est alors que nous serons à même de prendre notre destin en main sans compter sur les forces opportunistes.

Aucun de nos dirigeants de la classe politique ne s’est fait le défenseur intraitable des options que le peuple a choisies à savoir: l’annulation totale de la mascarade électorale du 9 août et du 25 octobre.  La classe politique n’entend pas continuer sur cette lancée populaire avec plus de détermination. C’est dire qu’elle ne veut pas  voir le peuple venir troubler l’harmonie de classe du pouvoir. C’est dire aussi combien les motivations qui sous-tendent ses démarches de coulisses sont à la fois rétrogrades, suspectes. Elles ne s’enfoncent pas seulement dans le déshonneur ; mais elles conduisent irrémédiablement à leur perte ; vu qu’à l’ordre du jour, le Core Group tient mordicus à ce que le prochain domino électoral, cette farce tragique soit fixée au 24 avril entre ses deux valets : Jude et Jovenel.

Que le bon sens populaire rejoigne les enseignements de l’histoire afin que le peuple continue son combat  avec une vigilance révolutionnaire, une vigilance de tous les instants qu’il est indispensable de renforcer chaque jour davantage !

Berthony Dupont   Volume: 9 • No. 33 • Du 24 Février au 1er Mars 2016

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