Le retour du vieux démon

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An l’An de Grâce 2022, Tonton Sam régit l’Acte. Faites-vous exterminer n’importe où sous le soleil, et vos assassins seront jugés-adjugés-vendus aux U.S.A. Et que Plume ne Grouille!!!

Locus regit actum, le lieu régit l’acte, dit le vieil adage juridique romain: le crime doit être jugé là où il a été commis.

Cet adage est maintenant désuet, passé de mode, à jeter à la proverbiale poubelle de l’Histoire. Car le mercenaire colombien Palacios Palacios Palacios (je ne sais plus au juste combien il y a de Palacios dans le blaze de l’énergumène!) assassin présumé de feu le président Jovenel Moïse, sera, quoique le meurtre ait été perpétré à Pèlerin 5, commune de Pétionville, Haïti, jugé aux Etats-Unis d’Amérique.

Par conséquent, an l’An de Grâce 2022, Tonton Sam régit l’Acte. Faites-vous exterminer n’importe où sous le soleil, et vos assassins seront jugés-adjugés-vendus aux U.S.A. Et que Plume ne Grouille!!!

J’ai été atterré de contempler sur une vidéo un candidat, par ailleurs leader d’un parti paraît-il de gauche, poser le problème national en termes milat-nwè, dans un noirisme virulent que n’aurait pas désavoué le sinistre Papa Doc, en proposant même de changer notre drapeau pour en revenir au noir-et-rouge papadocquien. Ce n’est pas que je tienne plus qu’un autre au bleu-et-rouge, mais en revenir à celui qui a couvert vingt-neuf années d’ignominie, de vilenies, de massacres, en un mot de destruction de la Nanchon, me semble pousser un peu loin l’inconscience. Tant qu’à faire, s’il faut changer de drapeau, pourquoi pas plutôt une bannière noire frappée d’un asotò au beau milieu? Après tout, nous sommes un peuple Noir et adorons la danse au son du tambour…

Et faut-il changer de drapeau, ou changer la vie de notre peuple? Nous faut-il encore des bourgeois Noirs, des oligarques Noirs, des propriétaires de markets Noirs, des pasteurs Noirs (qui se mêlent de violer des jeunes femmes, voire d’assassiner un Président…) ou faut-il changer de système, renverser toutes les oligarchies, faire que le peuple ne doive plus acheter des produits expirés, avariés ou nocifs à des prix de monopole, ni subir des prêts à court terme à des taux de 300% ou pire, que nos femmes ne soient plus contraintes d’ouvrir les cuisses pour trouver un petit djob (et que tout patron, quelle que soit sa couleur, qui exige le féodal droit de cuissage, au XXIe siècle, atterrisse plus vite que vent au cachot pour y aprann konprann…) ? Car en fin de compte, le problème en est un de distribution de richesses, pas de taux de mélanine dans l’épiderme. Comme le répétait Jean-Bertrand Aristide, Tout moun se moun, nan pwen moun ki moun pase moun. Et Jean-Jacques Acaau savait bien que Nèg rich se milat, milat pòv se nèg. A quoi je me permettrais d’ajouter Blan pòv se Nèg tou, pour faire bonne mesure. Il y a des blancs valables, comme il y a des milat et des nèg fusillables de toute urgence….

Et puis, qu’est-ce que c’est que cette salade d’un gwo tyòpwèl dans la force de l’âge, visiblement à l’engrais, et censément Premier Ministre de la République (ou du peu qu’on en a laissé…) détalant plus vite qu’un lapin, et passant le mur du son en dix secondes chrono, parce que deux ou trois plaisantins s’amusent à pétarader aux alentours de la Cathédrale des Gonaïves, coffré au sens propre sous l’immense postérieur d’une Sécurité qui aurait de quoi bloquer quelques plombs? De la tenue, que diable, Monsieur le Premier Champion de course! Ce n’étaient guère que des coups de feu isolés, même pas des rafales… Il fallait marcher calmement, la tête haute, et montrer Urbi et Orbi qu’il n’y a pas que du vent sous votre costard trois-pièces grand luxe! Déraper de la sorte, Excellence … Mabyal, pour ne citer que lui, en aurait collé au mur pour moins que ça. Dessalines, lui, vous aurait fait emmener pisser…

De surcroît, Excellence, si vous aviez fait face, si vous vous étiez montré brave, le peuple, sans miracle, aurait apprécié. C’est connu, il adore les braves, pour la simple et bonne raison qu’il y en a si peu! Il se serait dit ceci: Il a peut-être les doigts longs, il est sans doute un peu assassin sur les bords, un tantinet sousoucrate… Mais au moins, c’est un homme!!! A votre prochaine apparition, l’on vous aurait applaudi.

Mais il vous aurait fallu pour cela prendre un risque. Et ce risque, vous ne l’avez pas pris. Tous ces millions que, vous ne le savez que trop, vous ne pouvez pas emporter dans votre cercueil, n’est-ce pas???

Sur le Malecon de Santo Domingo, en 1965, Monte Arache, colonel pas précisément de salon, se promenait tranquillement, la mitraillette sous le bras, indifférent aux tirs croisés des vendus de Wessin y Wessin et des GIs, comme aux cris de ses compagnes et compagnons constitutionnalistes, qui le suppliaient d’au moins se baisser, parce qu’il allait, selon eux, se faire tuer…

Je préfère…

Des hommes, nous en sommes, en fait de gouvernants, descendus aux omelettes. Affreux!

 

 

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