Le message de l’ouragan Matthew

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L’ouragan Matthew n’est pas la première catastrophe à avoir frappé le pays. Mais qui aurait pensé, qu’à quelques jours des élections présidentielles et législatives Haïti, serait victime d’un tel ouragan mettant une fois de plus à nu notre vulnérabilité, puisque nous n’avons jamais mis en place des infrastructures pour parer aux dramatiques événements d’origine naturelle.

De tout temps, face aux phénomènes de la nature, l’Etat haïtien n’a toujours agi qu’en pompier sans qu’il n’ait jamais pensé à mettre un terme à cette politique irresponsable qui nous coûte tant de victimes à chaque occasion. Voyez  le degré auquel tout le monde était concerné par  les élections, leur seul souci en fait, oubliant peut-être que durant la saison cyclonique 2016, qui a débuté officiellement le 1er juin pour prendre fin le 30 novembre, 12 tempêtes ont été prévues et 5 ouragans dont 2 majeurs.  Il fallait penser tout comme pour les élections donner l’importance requise à l’événement climatique de façon à améliorer les zones à risques et à faire montre de constante vigilance.

L’ouragan Matthew, malgré ses destructions vient de nous révéler que les élections restent un atout, mais ne peuvent être prioritaires par rapport aux besoins du pays et de sa population vivant dans la misère et la pauvreté.  Si Matthew a en quelque sorte freiné la fièvre électorale, en obligeant les candidats qui sillonnaient tout le pays à arrêter leur campagne faite de promesses fallacieuses, afin qu’ils puissent au moins prendre conscience des conditions dans lesquelles vivent les paysans pauvres, tout comme la majorité des masses populaires dans des habitations de fortune que n’importe quelle brise ou pluie peut emporter ou inonder, on peut dire aussi qu’il a apporté un message à la classe politique.

L’ouragan Matthew  a encore mis à nu nos graves lacunes, déficiences et irresponsabilités vis-à-vis des couches défavorisées, et du coup, interpellé candidats, hommes et femmes politiques. S’ils sont vraiment honnêtes et conséquents par rapport à leurs discours, si vraiment ils veulent le changement, ils devraient capter le message. Qui pis est, certaines personnalités politiques n’ont rien à voir avec le pays en dehors. Elles le sont seulement lorsqu’elles sont en campagne ;  alors que le devoir capital de tout individu appelé à être dirigeant de l’Etat est de toujours rester proche des masses et réellement concerné quant à la fragilité des secteurs vulnérables. Mais, aller les rencontrer uniquement pour quémander leur vote, ils sont en droit de se demander : « Ki sa Frize te fè pou Koukou konsa, pou Koukou ta blije rele pitit li Frizelia ?».

Il est évident que le  passage de Matthew quoique douloureux s’accompagne d’un autre message très significatif : la cruelle réalité d’un leurre électoral récurrent. En effet, les candidats s’adonnent à promettre monts et merveilles. Mais arrivés au pouvoir, ils ont vite oublié leurs promesses ; laissant le peuple Gros-Jean comme devant. Autrement dit avec grand espoir de changements significatifs, mais espérances déçues au bout du compte. Cela ne date pas d’hier. En effet, les exemples de nos candidats dans le passé sont encore vivants ; tout récemment, lors des élections de 2010, que n’avait-il promis triomphalement, le candidat de Réponse Paysan, l’ex-président Joseph Michel Martelly ? Vous imaginez, des maisons toutes neuves venant par bateau, en route vers Haïti. Pas moins que ça. N’a-t-il pas accompli tout le terme de son mandat ; alors que jusqu’à nos jours, on n’a jamais vu une seule de ces maisons.  Celles-ci voguent encore sur une mer d’oubli et de désinvolture. Personne n’a jamais osé ou jugé nécessaire de lui demander des comptes pour avoir grossièrement menti au peuple lors de sa campagne électorale. Ainsi, sans y prendre garde, on laisse la porte ouverte à d’autres mystificateurs, et vive la  forfaiture!

Or si à chaque élection vous pouvez promettre ceci ou cela, c’est dire que vous avez déjà des contacts et de réelles possibilités à cet effet. Alors, pourquoi attendre le moment de votre élection pour faire bénéficier au pays d’avantages à votre portée, avantages combien vitaux et importants pour la population? Ce n’est pas seulement par un titre de Chef d’Etat qu’un citoyen peut manifester son patriotisme.

Vous  avez de la valeur seulement quand vous vous mettez au service du peuple, en créant des écoles, des emplois, des hôpitaux, des programmes scolaires pour adulte ou de santé, etc, surtout au profit des opprimés. Alors les masses pourraient voir en vous un leader propre à être sollicité pour les représenter à certains postes au niveau de l’Etat. Dès lors, vous n’auriez rien à leur promettre puisqu’ elles auraient déjà vu les preuves palpables et valables de votre contribution à leurs intérêts quotidiens et ceux de la Nation.

Le peuple doit se montrer exigeant face aux candidats. Quand le Notaire Jean Henry Céant, candidat à la présidence sous la bannière de « Renmen Ayiti promet entre autres 100,000 emplois pour les jeunes, nous devrions bien lui demander, combien il en a déjà donné en tant qu’entrepreneur ou hommes d’affaires ? Tout comme l’ex-sénateur Jean-Charles Moise de la Plateforme de Pitit Desalin qui pour sa part, a également promis entre autres un projet de logement à crédit en faveur des professeurs, la création de banque de crédit pour les professionnels, la construction d’universités à travers tout le territoire national. Il promet également de lancer la production nationale dans le département de l’Artibonite, quatre jours après son accession au pouvoir. Formidable ! Mais lorsqu’il était au Sénat combien de lois  a-t-il  présentées au Parlement allant dans ce sens. Il ne faut pas peur de mettre les candidats le dos au mur !

De son coté, Maryse Narcisse de Fanmi Lavalas nous promet la modernité entre autres. Écoutez-la : « Il y a deux semaines, j’avais présenté la première phase d’un méga-projet de métro dans la zone métropolitaine […] Aujourd’hui, il est question de téléphériques, et c’est la deuxième phase de notre projet pour notre mandat de cinq ans […] » a-t-elle déclaré. Mais, si Maryse n’est pas élue, qu’adviendra t-il de ce projet de Métro qui selon elle desservirait près d’un million de personnes et permettrait de décongestionner le transport urbain tout en ayant un impact positif sur l’économie et l’environnement par la réduction de la pollution ? Se mettra-t-elle alors au service du prochain gouvernement (et du pays) pour concrétiser ce projet ? Finalement, est-ce un fantasme ou un mensonge électoral ?

N’en parlons pas des autres tels que Jovenel Moise du PHTK qui ne sera que la continuité corruptrice de Martelly. Et qu’on ne s’y trompe pas. Voyez Jude Célestin, le candidat de LAPEH,  il  n’a  promis le changement que s’il est élu. Quelle adroite supercherie, classique de l’héritier de Préval au service de l’oligarchie financière !

A ce compte, les élections haïtiennes ressemblent de préférence à un terrain de pression, de chantage ou de  marchandage avec le peuple : « Si vous m’élisez, je ferai ceci ou cela. Autrement, vous n’aurez rien de moi ». Ce n’est ni une véritable position patriotique ni une ferme conviction de changement fondamental engageant les candidats dans cette lutte politique pour aider le peuple à sortir de l’ornière d’un système infernal, voire à sortir le pays du fond de l’abime du sous-développement chronique. Pas du tout. Ces candidats se mettent plutôt en position pour détruire davantage le pays comme vient de le faire le cyclone Matthew dont le message leur a complètement échappé.

Berthony Dupont    Volume:Vol 10 # 13 Du 5 au 11 Octobre 2016

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