L’Accord de Montana, Fanmi Lavalas reste vigilant !

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Des membres de Fanmi Lavalas, de gauche à droite Anthony Dessources, Maryse Narcisse et Joël « Pasha » Vorbe

Les Accords de l’après Jovenel Moïse comme ceux de son vivant ont indiscutablement un problème. Il y a une sorte de malédiction qui les frappe au fur et à mesure qu’avancent les objectifs qui y sont fixés. Durant tout le mandat du défunt Président jusqu’à son assassinat, il y a plus de cinq mois déjà, jamais les acteurs de l’ex-opposition ne sont parvenus à s’entendre et ce même à travers un Accord politique. D’où leur échec successif à renverser le feu chef de l’Etat après quatre années de lutte sans merci. Finalement, un miracle s’est produit grâce à un complot magistralement préparé avec des ramifications internationales. Jovenel Moïse n’est plus. Mais, assez curieusement, même après la réussite du complot et un pouvoir laissé vacant dans un premier temps et ce jusqu’à aujourd’hui, les antagonistes de Jovenel Moïse n’ont toujours pas trouvé les moyens de s’entendre, loin s’en faut. Cinq mois plus tard, le pouvoir est toujours à la dérive même si les clés de la Primature et des Ministères sont gardées provisoirement, et pour le moins très contesté, par quelques uns des anciens acteurs qui en rêvaient depuis toujours.

Les Accords d’hier n’ont finalement servi à rien. Alors, depuis le 7 juillet 2021, les protagonistes ont relancé la machine à fabriquer les Accords. Déjà, personne ne peut énumérer le nombre d’Accords et contre propositions qui ont été mis sur la table afin de trouver un consensus dans le cadre de la Transition provoquée par ceux-là mêmes qui se déchirent aujourd’hui pour le pouvoir. Une Transition donc qui est arrivée plus vite que prévue dans la mesure où le Président Jovenel Moïse n’a pas abandonné ni été chassé du pouvoir par les oppositions, mais il a été tué dans l’exercice de sa fonction. Alors, comment combler le vide avec autant d’acteurs qui ont contribué pour certains d’entre eux, de près ou de loin, à ce vide inattendu? Les plus malins ou du moins les plus pressés, surtout ceux qui ont trahi leur conviction, se sont précipités dans les bras de leurs anciens ennemis, qui eux, ont bénéficié d’un coup de pouce du destin. Ils ont adhéré sans se poser de questions à un texte, un « Accord » auquel ils n’ont nullement contribué à l’origine. Et pour cause. A leur arrivée, tout était fin prêt. Il ne leur suffisait qu’à apposer leurs signatures.

Pour se donner bonne conscience, ils embrassent ledit Accord à bras le corps comme s’ils en étaient les auteurs. Devenus plus royalistes que le roi, ils font l’unanimité contre eux. Et certains les considèrent comme étant des traitres à la cause, au changement du système dont ils ont toujours prétendu souhaiter la fin. C’est l’Accord du 11 septembre dit Accord de la Primature. Son maitre d’œuvre, le Premier ministre a.i Ariel Henry, apparaît aujourd’hui aux yeux de certains comme celui qui tient la branche qui permet à ceux qui ont trahi d’exister encore. Mais, pour ces gens-là, c’est le début de la fin. Ils apportent eux-mêmes le dernier clou pour clouer leurs cercueils. Maintenant, ils restent les autres, ceux de l’Accord de Montana ou du 30 août. Les plus prudents qui tentent de rester en vie politiquement depuis que les autres ont décidé de se suicider politiquement avec l’Accord de la Primature.  Mais, au sein de cette grande mouvance, les choses ne sont pas simples.

Et l’on revient à la problématique de la gestion des Accords politiques en Haïti avec des acteurs et leaders politiques ne sachant gérer leur ambition. Il y a aussi l’espace temps dans un Accord qui peut à tout moment faire basculer une unité, voire créer une division qui peut être mortifère pour l’ensemble des acteurs et de l’Accord proprement parler. Avec l’Accord du 30 août 2021 ou de Montana, on est dans cette configuration où l’impatience de certains acteurs commence à poser de sérieux problèmes aux autres, une attitude qui peut menacer l’avenir même dudit Accord. Or, si tel devrait se produire, ce sera une victoire inattendue pour le camp d’en face, c’est-à-dire l’Accord qui est actuellement en application sous la houlette du Premier ministre a.i Ariel Henry, secondé par Me André Michel du SDP en contremaitre.

Depuis deux semaines, certains responsables de l’Accord du 30 août, à défaut de résultat concret sur l’application dudit Accord, ne cessent de faire des déclarations qui peuvent porter à une division en interne voire à un retour en arrière de tout qui a été fait à Montana le 30 août 2021 en vue de mettre en place une Transition plus ou moins acceptable par une large majorité de la population. Sur plusieurs médias de la capitale, certains leaders politiques signataires de l’Accord de Montana avaient commencé à tester le terrain ou l’opinion publique, pourquoi pas le Core Group, en citant des noms de personnalités qui seraient intéressées à devenir Président et Premier ministre de la Transition dans le cadre de l’application effective de l’Accord du 30 août. Le premier qui avait non seulement annoncé la couleur mais aussi cité dans la presse les noms des éventuels candidats pour ces postes est l’ancien sénateur Steven Benoit qui, lui-même, serait candidat pour devenir un des dirigeants de la Transition.

Sur radio Vision 2000 et chez d’autres médias, entre autres Le Nouvelliste, Steven Benoit avait cité les noms de l’économiste Fritz Alphonse Jean, de l’ancien Président de l’Assemblée Nationale, Edgard Leblanc Fils du Parti OPL (Organisation du Peuple en Lutte) ; du Dr Jean Enold Buteau, leader du Parti Mouvement pour la Reconstruction Nationale (MNR), et sans citer son nom, comme étant des personnalités susceptibles d’être candidats aux postes de Président et de Premier ministre. « Il n’y a pas encore de candidat. Mais il y a quatre personnes identifiées par le Forum politique comme de potentiels candidats à la présidence ou à la Primature » disait ce signataire de l’Accord. Une information confirmée par le représentant du Parti Fanmi Lavalas au sein des instances chargées d’organiser l’élection des deux chefs de l’exécutif comme le prévoit l’Accord du 30 août 2021.

« Au Bureau de Suivi de l’Accord de Montana, des candidats commencent à manifester leurs intérêts pour prendre part aux élections au second degré que comptent réaliser les tenants de l’Accord de Montana » déclarait Leslie Voltaire à Télé 20, le mercredi 1er décembre 2021. Certes, selon une procédure assez complexe, les potentiels candidats doivent eux-mêmes manifester leur envie de participer à une élection interne pour accéder à ces postes les plus élevés de la Transition. Mais, pour y parvenir, l’Accord prévoit tout un ensemble d’organes qui doit être mis en place bien avant d’arriver à ce point crucial : CNT (Conseil National de la Transition) ; BSA (Bureau de Suivi de l’Accord) ; OCT (Organe de Contrôle de la Transition) ; Comité représentatif ; deux Forums (Partis politiques et Société civile) ; CRSHC (Commission pour la Recherche d’une Solution Haïtienne à la Crise ; etc. Toutes ces instances et structures devaient être créées depuis bien longtemps selon les signataires. Mais, force est de constater qu’il y a du retard à l’allumage. D’où le scepticisme de certains et le doute des autres sur la capacité de ces acteurs à concurrencer l’Accord du 11 septembre qui est déjà au pouvoir.

Leslie Voltaire membre du Bureau de Suivi de l’Accord (BSA) de Montana

Néanmoins, s’il ne devrait avoir aucun souci pour que les leaders et personnalités politiques citer plus haut et bien connus dans la société postulent au sein des organes chargés de la procédure, c’est la méthode qui a été vertement dénoncée par le parti politique Fanmi Lavalas de l’ex-Président Jean-Bertrand Aristide quelques jours après. En effet, voyant que certains membres signataires dudit Accord essayent de se positionner, voire commencent à mener campagne dans les médias, alors même que toutes les instances ne sont pas encore mises en place, les responsables du Parti Fanmi Lavalas crient au scandale et à la manipulation en voyant même une situation de conflit d’intérêts. Pour dénoncer cette procédée déloyale, les dirigeants du parti de Maryse Narcisse n’ont pas hésité à envoyer aux membres du Bureau de Suivi de l’Accord une lettre dans laquelle ils expriment leur grande préoccupation tout en leur demandant de « Garantir le respect de l’Accord du 30 août 2021 pour la réussite de cette Transition de rupture ». Ainsi, c’est le Comité exécutif de Fanmi Lavalas qui a pris la plume pour s’adresser aux responsables du Bureau de Suivi de l’Accord en écrivant : « Ayant appris par voie de presse (Nouvelliste en date du 30 novembre 2021) que le Forum politique de l’Accord du Montana a identifié quatre candidats potentiels aux postes de Président et de Premier ministre de la Transition, l’organisation politique Fanmi Lavalas, signataire de l’Accord de Montana, informe qu’elle n’a pas participé à ce processus d’identification de responsables de partis politiques pour mener la Transition. Qu’en accord avec les desiderata de la population, Fanmi Lavalas a, dès novembre 2018, prôné une Transition de rupture avec un gouvernement de salut public composé de personnalités intègres, compétentes et non partisanes, venant de différents secteurs du pays et de la diaspora, qui s’attellera à travailler pour le bien-être de la population. Cette Transition de rupture doit permettre, entre autres, de mettre en place les conditions pour la réalisation d’élections libres, honnêtes et démocratiques auxquelles tous les partis politiques seront conviés à participer. La situation exceptionnelle que traverse le pays ne nous donne pas droit à l’erreur : Le choix de responsables de partis politiques pour diriger la Transition et, notamment, organiser les élections auxquelles leurs propres structures politiques participeront, crée de fait une situation de conflit d’intérêts : l’objectif étant une Transition dirigée de manière impartiale et non partisane » rappellent les chefs du Parti Lavalas.

Cette prise de position porte la signature du quarteron de responsables du Comité exécutif qui dirige depuis un certain temps le parti à savoir : Dr Maryse Narcisse, Anthony Dessource, Joël Vorbe et Dr Jean Myrto Julien. Cette mise en garde de la formation politique de l’ancien leader charismatique de la Mouvance Lavalas, Jean-Bertrand Aristide, n’est pas anodine. Loin de là, dans la mesure où ce parti est toujours fort réticent à prendre part à tout accord politique. Préférant faire cavalier seul à chaque fois, c’était déjà un miracle que Fanmi Lavalas avait accepté de cautionner et signer l’Accord du 30 août dans le cadre de la future Transition post-Jovenel Moïse. La présence de cette organisation politique apporte incontestablement une plus-value à la démarche des concepteurs de l’Accord de Montana.  L’équipe du Dr Maryse Narcisse a tellement embrassé l’Accord qu’elle a même délégué l’un des leurs, Leslie Voltaire, pour intégrer le Bureau de Suivi de l’Accord (BSA), l’une des structures mises en place dans le processus de désignation des futurs responsables de la Transition. C’est une première !

D’où l’approbation et le ton conciliant du BSA (Bureau de Suivi de l’Accord) à la minute où il a reçu la lettre de Fanmi Lavalas. A travers l’un des ses membres, en l’occurrence madame Ginette Cherubin, le BSA laisse entendre : « Nous avons reçu la correspondance du Parti Fanmi Lavalas. Au nom du Bureau de Suivi de l’Accord (BSA), nous rassurons tout le monde que nous ne sommes pas encore en mesure de connaitre les quatre candidats désignés par le Forum politique. Le processus est en cours. L’Accord a établi une procédure pour désigner les candidats. Ce processus qui doit nous permettre de connaitre les candidats et candidates n’est pas encore mis en branle. Aucun secteur n’a encore désigné de candidats » a confié madame Ginette Chérubin. En tout cas, cette sortie du Parti Fanmi Lavalas contre ces candidatures qui seraient soutenues et encouragées par le Forum des Partis politiques signataires, fait craindre pour l’avenir de l’Accord du Montana qui a déjà beaucoup de mal à concrétiser ses ambitions face aux tenants de l’Accord de la Primature déjà au travail et qui ne font que consolider leur emprise sur les institutions et administrations du pays depuis bientôt six mois. Certains voyaient poindre à l’horizon le spectre de la division au sein du Forum des Partis politiques et de la Société civile avant même la désignation des chefs de la Transition de rupture. Mais avec la mise en place le dimanche 12 décembre 2021 du CNT (Conseil National de la Transition) de 44 membres, cette entité  chargée d’élire les deux têtes du pouvoir exécutif,  l’espoir revient et l’optimisme remplace le pessimisme  chez les signataires de  l’Accord de Montana.

C.C

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