La CIA prépare-t-elle un mauvais coup contre Cuba?

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Le cuirassé Maine après l'explosion

L’impérialisme n’a jamais été à court d’idées pour arriver à ses fins de conquête, d’extension territoriale, de domination, de pillage des ressources de pays riches en matières premières. De l’explosion (provoquée?) du cuirassé Maine, en février 1898, dans le port de La Havane, occasion rêvée d’entrer en guerre contre l’Espagne, à l’invasion de l’Irak en 2003, en passant par les multiples occupations de pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, l’aigle impérial a toujours opté pour la violence la plus destructrice pour arriver à assouvir ses desseins néo-coloniaux les plus ignominieux.

En passant, et à propos du Maine, il est intéressant de souligner à l’encre forte qu’une commission d’enquête concluera, seulement  en 1911 – treize ans plus tard! – à une “explosion accidentelle” dans la salle des machines. Dossier classé. L’accidentalité de l’explosion fait sourire d’autant que début 1898, le dessinateur du New York Journal, Frederick Remington, de La Havane, eut à écrire à son patron, William Randolph Hearst, le grand magnat de la presse américaine: «Il n’y a pas de guerre ici, je demande à être rappelé». Hearst lui fit parvenir un câble ainsi libellé: «Restez. Fournissez les dessins, je vous fournis la guerre». Que savait Hearst que ne soupçonna point l’innocence de Remington?

Là-dessus, Hearst publie le 9 février une lettre confidentielle de l’ambassadeur d’Espagne à Washington présentant le président américain McKinley comme un homme “terne et timoré”. À cette “provocation” vient s’ajouter quelques jours plus tard l’explosion, mystérieuse, du Maine. Le magnat de la presse monte alors une violente campagne médiatique. Pendant plusieurs semaines, jour après jour, il consacre plusieurs pages de ses journaux à l’affaire du Maine et réclame vengeance en bombardant inlassablement le public de: « Remember the Maine! In Hell with Spain!» (Souvenez-vous du Maine! En enfer l’Espagne!). Ses concurrents ne furent pas en reste.

Que pensez-vous qui arriva? Pressé de partout, le “timoré” William McKinley ne timora plus. Il arrêta net ses timoraisons, récita ses oraisons et…. déclara la guerre à l’Espagne, le 25 avril 1898, un peu plus de deux mois après l’explosion du Maine. Une affaire bien ficelée par Hearst, n’est-ce pas?  Dire que Mc Kinley était arrivé au pouvoir, ternement, l’année précédente, sur la promesse de… maintenir la paix “quoiqu’il en coûte”. Oui, no matter the cost, quoiqu’il en coûte: l’explosion d’un navire, 252 hommes d’équipage périssant d’un coup dans l’accident. Huit autres qui allaient plus tard mourir de leurs blessures. À qui donc a profité le crime?

On peut se rappeler la campagne médiatique hystérique aux Etats-Unis pour faire croire que l’aigle à cinquante  serres étoilées disait vrai à propos des armes de destruction massive prétendument en possession de Saddam Hussein. Le public américain ne se doutait assurément pas qu’il pût s’agir du pétrole irakien, du démantèlement de ce pays de civilisation millénaire pour s’approprier tout son or noir.                                                                                                                                                                    Quoiqu’il en coutât, il fallait disloquer l’Irak, créer un état de guerre intertribale interminable, donner aux médias avides de statistiques l’occasion de répéter ad nauseam le nombre “exact” de soldats américains tués, estropiés, handicapés, fêlés, fòkòp, foutus, tout en oubliant que les Irakiens avaient perdu davantage de vies, civiles aussi bien que militaires, sans oublier les délabrements psychologiques, ce qu’il avait fallu passer sous silence, autrement le public américain serait mort de…nausée. En d’autres termes, il faut se méfier de ce que dit la grande presse parce que dans leurs manches peuvent se cacher manipulation et informations télécommandées.

Attaques acoustiques

Le drapeau américain a été hissé vendredi 14 août 2015 devant l’ambassade des Etats-Unis à La Havane: nid d’espions, victimes de présumées et mystérieuses «attaques acoustiques».

Maintenant que je vous ai mis au parfum des coups tordus, criminels de l’impérialisme, venons-en au propos de ce texte. Il s’agit d’un mayimoulen mal cuit que la CIA et les forces de ténèbres affiliées semblent vouloir faire avaler, au peuple américain, “quoiqu’il en coûte”. Bien entendu les grands médias-cuisiniers CNN, Fox, CBC, NBC, ABC, le New York Times, le Washington Times, le Washington Post et les autres s’activent autour du pot. Le pòtòfpòtòf du maïs sur le feu de la propagande perverse de la grande presse a déjà commencé à parvenir à nos oreilles.  Point n’est besoin de mentionner que la presse européenne jakorepèt pèpètmayi sert de relais sinon de caisse de résonance à un tapage relatif à de prétendues “attaques acoustiques” qui auraient eu lieu contre des employés de l’ambassade des Etats-Unis à Cuba.

Associated Press (AP) dans un article en date du 14 septembre a donné le ton: “De nouveaux détails approfondissent le mystère de la maladie des diplomates américains à Cuba”. Le premier paragraphe nous met “à l’odeur du fricot”, si je puis m’exprimer ainsi, d’autant que nous baignons dans une atmosphère cuisinante de maïs moulu en pleine cuisson: “Un bruit  retentissant et grinçant secoua le diplomate américain le forçant hors de son lit dans un hôtel de La Havane. Il se déplaça  juste de   quelques mètres, et c’était le silence. Revenu dans son lit, inexplicablement, le son agonisant le frappait à nouveau”. Koumatiboulout! Le grand public, d’habitude naïf et crédule, ne peut être qu’impressionné. Pour la première fois de mon existence octogénaire (et sans être un naïf) j’ai réalisé ce que c’est qu’un mystère.

L’écho de la chose (mystérieuse) est rapidement parvenu dans l’Hexagone. Le 24 août, l’Agence France Presse, l’un des pèpètmayi à la traîne de la grande presse américaine enchaînait ainsi: «Au moins seize employés de l’ambassade des États-Unis à Cuba ont été touchés par de mystérieuses “attaques acoustiques”, a annoncé jeudi le département d’Etat américain». Pour faire saisissant, choquant et mystérieux, des deux côtés de l’Atlantique, on prend soin de signaler la crépuscularité, la nocturnité des attaques qui «semblaient venir la nuit. Plusieurs victimes ont déclaré qu’elles venaient par rafales d’une durée d’une minute», évoquant en quelque sorte l’épouvantabilité de rafales de mitrailleuses.

Le jeudi 24 août, Washington révélait que ces «incidents» inédits avaient affecté la santé d’au moins 16 Américains présentant: perte de l’audition, problèmes d’élocution, perception de crissements aigüs semblable à ceux  des cigales, commotion cérébrale, perception auditive de sonnerie prolongée,   gonflement du cerveau (sic), étourdissements, nausées, maux de tête sévères,  problèmes d’équilibre et des acouphènes, bref, toute la séméiologie médicale y est passée. Il a été aussi signalé un cas de «perte permanente de l’ouïe». Le malheureux! Pour donner l’impression de vraisemblance, il a été rapporté selon des sources anonymates que «beaucoup de victimes ont montré une amélioration de leurs troubles après leur départ de Cuba et certains n’ont éprouvé que des symptômes mineurs ou temporaires.     Le Ciel soit loué! Les Cubains: pas aussi méchants quand même.

Il y a aussi que le mystère s’est alourdi de façon… géographique, si je puis dire. En effet, les enquêteurs ne sont pas en mesure d’expliquer pourquoi des Canadiens ont été également atteints, à Cuba bien sûr, y compris ceux qui ont signalé des saignements de nez. Quelque dix familles de diplomates canadiens ont été touchées, selon un responsable canadien qui s’est réfugié dans les couloirs de l’anonymat. Quelle transparence! Pas un seul nom de canadien “attaqué”, comme Gariépy, Simard, Thérriault, Beauchenne; pas une seule photo de canadien avec la gueule de travers, pas une seule entrevue avec Wolf Blitzer de CNN. Quand on sait l’obssession des médias et des “sources d’information” pour l’étalage ad nauseam d’images et de déclarations à vous étourdir, on ne peut rester que perplexe et opiner avec ma grand-mère paternelle: “Pitit! Ase dlo, mete grès”.

Le mystère s’est alourdi puisque selon le site français Pure People.com en date du 25 août: « Cette mystérieuse affaire n’a été dévoilée que début août, mais elle remonte à plusieurs mois: les premiers “symptômes physiques” ont été signalés fin 2016», ce qui expliquerait selon le site que «dès le 23 mai, sans attendre d’y voir plus clair, les États-Unis ont décidé dans une première riposte l’expulsion de deux diplomates cubains en poste à Washington». Ah! Les petits cuisiniers-filous de la CIA! La cuisson du maïs moulu ne date donc pas d’août. De son côté, la porte-parole du département d’État américain Heather Nauert s’est voulue prudente à propos de ces «incidents» attaquants: «Nous ne savons pas qui les a perpétrés… c’est sans précédent, nous n’avons jamais été confrontés à de telles choses par le passé». Ça, vous pouvez le dire, madame.

Il faut mentionner que des soupçons s’étaient portés initialement sur une arme apocalyptique de nature sonique et sur les Cubains. Mais quelques esprits lucides ont tiré la sonnette d’alarme: “Rien de tout cela n’a d’explication rationnelle”, a déclaré Fulton Armstrong, un ancien fonctionnaire de la CIA qui a servi à La Havane longtemps avant que l’Amérique n’ait rouvert son ambassade. Vraiment, aucun gadget producteur de son ne semble expliquer un tel éventail incohérent et bizarre de “symptômes physiques”. Lisons la déclaration de Joseph Pompei, ancien chercheur du MIT et spécialiste en psychoacoustique: “Des dégâts cérébraux et des commotions cérébrales? Ce n’est pas possible. Il faudrait que quelqu’un ait la tête plongée dans une piscine bordée de très puissants transducteurs d’ultrasons”.

Qu’à cela ne tienne. Associated Press n’est pas impressionnée par les déclarations d’un ex de la CIA, ni par un scientifique de MIT. L’agence de presse, conglomérat de près de 1 500 journaux américains et de milliers de stations de radio et de télévision, lâche tout de go, perversement, et sans crier gare: “Mais voilà c’est Cuba, la terre des cigares empoisonnés, des coquillages qui font explosion et des subterfuges cachés de Washington et de La Havane, où l’inimaginable des pratiques d’espionnage a trop souvent été réalité”. Mais qui parle de corde dans la maison du pendu? Ne sont-ce pas les services secrets américains qui ont essayé de filer à Fidel Castro une boîte de cigares traités avec une toxine botulique hautement létale?

Pour la gouverne du gang Associated Press, signalons cette introduction de Monde Amériques à un article se rapportant au sujet en question, en date du 3 décembre 2016: “ Tueurs à gages, cigares et stylos empoisonnés, coquillages explosifs, combinaison de plongée contaminée, capsule contenant du cyanure, la CIA a déployé des trésors d’imagination dans ses plans pour assassiner Fidel Castro, grand ennemi des États-Unis durant la guerre froide, révèlent divers documents des services secrets”. Non, messieurs et dames de l’AP: les dirigeants révolutionnaires cubains ont un sens de l’éthique et de la moralité qui les met à des années-lumière de la conduite dépravée, amorale et criminelle des services secrets américains. Voyons, prenez vos mains, espèce de nains que vous êtes! Pran men nou!

Le maïs moulu est encore trop épais sur le feu de la propagande malsaine. Il est difficile à brasser. Aussi, AP nous sussure que “l’administration Trump n’a toujours pas identifié un coupable ou un dispositif pour expliquer les attaques, selon des entretiens avec plus d’une douzaine d’officiels américains actuels et anciens, des responsables cubains et d’autres personnes qui ont pris part à  l’enquête. La plupart d’entre eux n’ont pas été autorisés à en discuter et ont exigé l’anonymat. Pourquoi cette anonymatude, cette cachecachelubinitude, cette clandestinude, cette obscuritude, cette opacitude?

Mon cerveau octogénaire n’a jamais été rompu aux fines analyses politiques; pourtant, il a  compris un petit quelque chose. Suivez ma plume. Les États-Unis ont hâte de faire tomber le Venezuela dans leur escarcelle impérialiste pour qu’il rejoigne l’Argentine, le Brésil, le Pérou et le Mexique passés dans le camp du néolibéralisme pur et dur. Car, dans leur logique prédatrice, il leur revient, du droit du plus fort, de posséder les gisements de pétrole vénézuéliens, les plus grands du monde. Or, le peuple vénézuélien résiste à toutes les manoeuvres criminelles de déstabilisation de l’empire. Ne pouvant en finir, pour le moment, avec ce Venezuela rebelle, l’empire s’essaye sur un autre front encore plus rebelle et déterminé, mais proie plus petite en terme de dimension géographique : Cuba.

Petit à petit, l’administration américaine, aidée par les grands médias, voudra faire accréditer l’idée que des vies américaines ont été menacées à Cuba. Dès lors, c’est la sécurité même des États-Unis qui est menacée. Cette sécurité sacro-sainte pour la défense de laquelle, “toutes les options sont sur la table”, selon une formule consacrée en usage dans les couloirs du pouvoir exécutif  américain. On en a parlé de ces options à propos du Venezuela. En effet, les États-Unis n’avaient-ils pas décidé, depuis 2008, de réactiver la quatrième flotte de la Navy dans les Caraïbes, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud?

Écoutons l’imprévisible et sulfureux président américain, Donald Trump: « Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une possible option militaire si nécessaire. Nous avons des troupes dans le monde entier qui sont parfois très loin. Le Venezuela n’est pas très éloigné et les gens souffrent et les gens meurent ». C’était lors d’un échange avec des journalistes depuis son golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il était en vacances le mois dernier. Parade? Caponnage? Fanfaronnade? Rodomontade? Gasconnade? Menaçades? Grand vent, petite voile? Clairement, Trump ne fait aucun mystère de ses intentions menaçantes.

Ce qui nous ramène au mystère des “attaques acoustiques” contre des agents diplomatiques américains. Mystère qui n’en est pas un. Il s’agirait plutôt, à mon humble avis d’analyste de dixième ordre, d’une fuite en avant. En effet, Trump et les militaires qui l’entourent ont leurs deux pieds dans une seule graine de soulier face à la jouventude militaro-guerrière de Kim Jong Un. Leur relative sénilitude ne peut rien faire de vraiment sérieux contre les hardies Jonglitudes de Kim, sauf une soudaine, brutalissime, apocalypsante déversée nucléaire sur toute l’étendue du Vietnam du Nord pour l’effacer de la planète durant des décennies à venir. Ce qui est impensable.

Alors, ne pouvant se tenir bien droits sur leurs ergots impérialistes face aux joyeux et virils  kokiyoko de Kim Jong Un, les ténébreux vampires (républicains) de la Maison Blanche, du Pentagone et de la CIA se rabattent sur une menace militaire (réelle) contre le Venezuela. Entre-temps, ils commencent à insinuer dans l’esprit du grand public l’idée de menaces cubaines potentielles à la sécurité des États-Unis, rejoignant ainsi la position osée et loufoque de l’ex-président Obama (démocrate) qui, le lundi 9 mars 2015, avait signé un décret scélérat classant le Venezuela comme “une menace pour la sécurité des États-Unis”. Triste sire!

Faute de grives, on mange des merles, dit le proverbe. Pour l’heure, la meute de chacals à Washington ne pouvant rien contre les extravagances balistiques de Jong, elle agite le spectre d’actions punitives “sévères”contre le Venezuela, bientôt contre Cuba, juste pour pacifier l’opinion américaine. Même lorsque les plus lucides parmi ces enragés savent que s’ils entreprennent une action militaire, non nucléaire, à Cuba, les soldats qui vont y aller sont tous assurés de “voir les os de leur grangrann”. Dans cet ordre d’idées, je me rappelle qu’une fois Fidel avait eu à dire lors d’un discours-fleuve après l’échec fracassant des gusanos armés par la CIA, à la Baie des Cochons: “Tendrán que barrernos del mapa”, ils devront nous effacer de la carte” (si l’empire devait y mettre le paquet nucléaire) [avant de prendre pied à Cuba].

À bien réfléchir, je ne suis pas plus mal que ça, en ce qui a trait à mon approche de ces “attaques acoustiques”. En effet, dans une  interview à Franceinfo, le 25 août 2017, L’hypothèse d’attaques acoustiques est-elle crédible ? Voici ce qu’en dit, en résumé, Antoine Lefébure, expert dans le domaine des nouvelles technologies et historien: “Tout cela paraît un peu télécommandé. Les Cubains n’ont aucun intérêt à attaquer les Etats-Unis car dès qu’il y a une ouverture, c’est de l’argent pour Cuba et ça maintient en place le régime. En revanche, comme les Américains changent de politique à Cuba, il faut qu’ils aient des arguments, il faut se demander à qui profite le crime. D’où l’hypothèse d’une manipulation américaine. Les Américains n’identifient rien du tout et c’est très étonnant car ils en ont  les moyens” [Lire l’interview à la page 13 du journal].

Finalement, et au risque de tomber dans le terre-à-terre, c’est à se demander s’il ne s’git pas d’une affaire “pigeonne”, d’une affaire de virilité: les septuagénaires de l’administration trumpiste essayant de se prouver qu’ils sont à même de “pigeonner”, le cas échéant, si Kim continue ainsi à s’exhiber insolemment, fusée au vent et flamberge au vent, enfin, pigeon au vent.

16 septembre 2017

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