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Iran: Gangsters contre mollahs (3)

3ème et dernière partie

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9 mars 2026: Manifestation de soutien aux dirigeants assassinés. Détruire le pays, attaquer le programme nucléaire civil, tuer les dirigeants ne font que réunir la population autour du régime. Et ils savent que les Etats-Unis (et l’Angleterre) ont déjà détruit leur démocratie en 1953

Israël a pris le commandement des Etats-Unis

Précisons que tout n’est pas qu’affaire de lobby. Netanyahu a toujours impitoyablement utilisé la manipulation et la peur pour faire avancer ses intérêts et ceux d’Israël tel qu’il les voit, et il a à son service aux Etats-Unis le très puissant AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) avec “ses donateurs milliardaires tels que le cofondateur d’Oracle, Larry Ellison, la magnat des casinos Miriam Adelson, le financier Paul Singer, l’héritier des cosmétiques Ron Lauder”, une douzaine, tous avec accès direct au parti Républicain. “Et tous essentiellement soudoyant Trump par le biais de notre système corrompu de financement des campagnes électorales pour permettre à Netanyahu d’annexer de facto la Cisjordanie, de commettre un génocide à Gaza, de sanctionner la Cour pénale internationale pour avoir tenté de demander des comptes aux dirigeants militaires et politiques d’Israël pour ces crimes, et tout le reste, jusqu’à la guerre avec l’Iran”, tel que rapporté par Max Blumenthal, rédacteur de The Grayzone, un important site de journalisme d’investigation politique.

À côté de cet outil politique et financier, le dirigeant israélien a un réseau d’espions et d’assassins dans le monde entier. Alors, dit un commentateur: «Imaginez un président des Etats-Unis irritant un personnage aussi puissant que Netanyahou. Qu’est-ce qui lui traverserait l’esprit? Des balles, probablement». Et quand il y a eu les deux tentatives d’assassinat de Trump, “Netanyahu a immédiatement fait le lien avec l’Iran”.

Leurs moyens sont aussi divers que des dispositifs Stingray — des appareils de surveillance qui imitent les antennes-relais de GSM — posés à proximité de la Maison Blanche, ou un personnage comme Jeffrey Epstein qui “n’était pas seulement un prédateur social, mais aussi un intermédiaire de secrets, un maître chanteur”, pourvoyeur d’informations amassées auprès de ses nombreuses relations de haut niveau, y compris Trump, et qui, en 2008, malgré qu’il était en train de négocier un accord de plaidoyer en Floride, a pu voyager en Israël.

Netanyahou: “Les États-Unis sont une chose que l’on peut faire bouger facilement”

Pas étonnant alors que Max Blumenthal dise que Trump craint Netanyahu, et que l’ex-vice-président Mike Pence “confirme que Trump s’inquiétait, en privé, de l’influence de Netanyahou”. Lequel s’est vanté de “contrôler Donald Trump”, et en 2001 a dit aux colons de Cisjordanie, en privé, que “Les États-Unis sont une chose que l’on peut faire bouger facilement”.

Israël: tondre la pelouse

Les intérêts d’Israël dans sa guerre contre l’Iran? Au vu des frappes, il est clair qu’il veut profiter au maximum de l’engagement étatsunien et détruire le plus possible l’Iran et le Liban, comme ils a fait avec Gaza et la Cisjordanie. Créer le chaos et anéantir tout concurrent dans cette région du globe. Comme l’a titré Haaretz, le plus ancien quotidien israélien: “Ne tombez pas dans le piège du discours sur le changement de régime. Israël est en train de ‘tondre la pelouse’ en Iran”. Une expression israélienne qui veut dire: “Mener des opérations militaires courtes et incisives afin de maintenir un certain niveau de contrôle sur la zone sans s’engager dans une solution politique à long terme — à l’image de la tonte d’une pelouse pour la garder nette et ordonnée”.

Bombarder des usines de dessalement, des champs pétrolifères, des institutions d’enseignement, telle l’école primaire de filles Shajareh Tayyebeh dans la ville de Minab, juste au détroit d’Hormuz, dès le premier jour de la guerre. Le rapport officiel étatsunien a fini par dire que le commandement central des États-Unis a établi les coordonnées de la cible pour la frappe à l’aide de données obsolètes fournies par la Defense Intelligence Agency des États-Unis. C’est le plus facile de mettre ce qui est devenu un grand scandale aux Etats-Unis – sujet à poursuite pour crime contre l’humanité – sur le compte d’une erreur.

Mais on pourrait se demander si cela ne vient pas des services de renseignements israéliens qui travaillent côte-à-côte avec leurs homologues étatsuniens et qui connnaissent mieux la région, surtout le très stratégique détroit d’Hormuz par où passent les navires pétroliers avec un cinquième de la production mondiale.

Le week-end du 31 janvier/1er février, le chef d’état-major des Forces de “défense” d’Israël (IDF), Eyal Zamir, est venu à Washington DC. Il était accompagné de son équipe de direction, parmi lesquels le futur commandant de l’armée de l’air, Omer Tishler, “reflétant le rôle central que la puissance aérienne est appelée à jouer dans toute confrontation future avec l’Iran”. Ils sont arrivés dans un jet d’affaires non militaire, “utilisé ces derniers mois pour des déplacements sensibles par le Mossad et de hauts responsables de la défense israélienne […] Le choix de cet appareil visait à réduire la visibilité et à compliquer le suivi de ce voyage inhabituel”. Zamir et son équipe se sont réunis avec son homologue étatsunien, le chef d’état-major interarmées, Dan Caine, au Pentagone, “à huis clos, les détails étant strictement contrôlés par les deux parties”. Une semaine auparavant, l’amiral Brad Cooper, chef du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), dirigeant maintenant l’attaque contre l’Iran, s’était rendu en Israël pour rencontrer Eyal Zamir et d’autres commandants de l’armée israélienne et discuter, entre autres, de la collaboration militaire.

Un mois avant l’attaque, le chef d’état-major des Forces de “défense” d’Israël (IDF), Eyal Zamirle est venu très discrètement à Washington avec son équipe se réunir avec le chef d’état-major interarmées des Etats-Unis, Dan Caine, au Pentagone à huis clos.

l’attaque contre l’école de filles iranienne rentre dans le modèle des actions de l’armée israélienne à Gaza

De toute façon, l’attaque contre l’école de filles iranienne rentre dans le modèle des actions de l’armée israélienne à Gaza. À la mi-2024, les Nations unies avaient déjà recensé “plus de 200 attaques israéliennes contre des écoles à Gaza, dont au moins 53 ont été totalement détruites […] les 19 universités de Gaza avaient toutes subi de graves dommages: 80 % des bâtiments universitaires avaient été détruits, 103 universitaires avaient été tués et 90 000 étudiants ne pouvaient plus poursuivre leurs études […] 564 écoles — soit 85 % de l’ensemble des établissements scolaires de Gaza — avaient été touchées par des attaques israéliennes” et l’année suivante, 2025, “on estimait que 95 % des bâtiments scolaires avaient été endommagés ou détruits”…

“L’armée israélienne affirme cibler les écoles au motif que des militants palestiniens les utilisent à des fins militaires. Des chercheurs ayant examiné les allégations de l’armée ont conclu que celles-ci manquaient de preuves, ou que les éléments présentés étaient trompeurs. Lorsque l’armée a détruit la dernière université de la bande de Gaza, elle l’a fait au moyen d’une explosion contrôlée”.

Pourquoi ré-attaquer le Liban? Dixit Alastair Crooke: “Ils ne veulent pas que ce conflit reste limité. Tous leurs incitatifs convergent vers un objectif: entraîner dans cette affaire autant de pays que possible. […] La désinformation semble s’inscrire dans une tentative d’intensifier davantage la guerre entre les pays du Golfe et l’Iran”. Et, à nouveau, profiter que les Etats-Unis sont en plein dedans.

Le reste sert à jeter de la poudre aux yeux, avant tout aux Européens. Danny Citrinowitz, chercheur principal de l’Institut d’études sur la sécurité nationale à l’université de Tel Aviv, et ancien commandant dans la Israel Defense Intelligence de l’IDF, a décrit l’approche d’Israël en Iran dans une interview au Financial Times: “Si nous pouvons avoir un coup d’État, tant mieux. Si nous pouvons avoir des gens dans la rue, tant mieux. Si nous pouvons avoir une guerre civile, tant mieux. Israël se moque éperdument de l’avenir… [ou] de la stabilité de l’Iran».

Grand succès les frappes contre les hauts dirigeants iraniens? Avec tout l’argent qu’Israël reçoit des Etats-Unis ce n’est pas difficile de recruter à coup de millions des agents secrets dans le pays, surtout des sous-fifres ou des gardes du corps qui connaissent tous les mouvements des chefs. Les Iraniens sont hautement matérialistes, et dans le besoin. Je les connais, j’y ai été plus d’une dizaine de fois. Cela a été confirmé par une source militaire israélienne qui a déclaré à Reuters: «Nous avons commencé à frapper des points de contrôle de sécurité sur la base de renseignements fournis par des informateurs locaux en Iran». Et le commandant Ahmadreza Radan du haut-commandement de la police iranienne vient d’annoncer avoir arrêté 500 personnes accusées d’envoyer à l’ennemi des informations et des photos de cibles.

Et on vient d’apprendre que les services de renseignements israéliens ont infiltré le système de sécurité iranien, notamment les dizaines de milliers de caméras installées dans les rues de la capitale pour confronter les récentes manifestatiuosn d’opposition! Cela a été confirmé par Mahmoud Nabavian, vice-président de la commission de la sécurité nationale du Parlement iranien dès septembre dernier: «Toutes les caméras situées à nos carrefours sont entre les mains d’Israël […] Tout ce qui se trouve sur Internet est entre leurs mains… si nous faisons le moindre mouvement, ils le sauront». Et c’est ainsi qu’ils ont pu cibler l’ayatollah Khameiny. Les Iraniens le savaient mais ils sont mal organisés.

Toutes les caméras situées à nos carrefours sont entre les mains d’Israël

Cet espionnage remonte à des années. Les caméras dans les rues de Téhéran sont piratées et les informations transférées vers des serveurs en Israël. Cela comprend les adresses, les itinéraires empruntés pour se rendre au travail, qui protège qui, etc. Le colonel Amit Assa, ancien responsable au sein du Shin Bet — le service de sécurité intérieure israélien — a déclaré que “de telles opérations reposent sur de nombreuses sources de renseignement, telles que des agents infiltrés et des conversations mises sur écoute”.

“En 2019, l’ingénieur en sécurité Paul Marrapese a découvert qu’il pouvait facilement pirater des millions de caméras depuis le confort de son bureau chez lui, en Californie. […] Il y en a des millions et des millions et des millions partout dans le monde. Beaucoup d’entre elles sont d’une facilité dérisoire à pirater: Ce ne sont que de petits objets sans intelligence…»

Drapeaux dans les rues de Téhéran. Le peuple iranien est extrêmement nationaliste et fier de son histoire. (Alexandra Panaguli/Haïti-Liberté)

Par contre, explique l’historien-démographe français Emmanuel Todd, “tuer quelques militaires ou scientifiques ne déstabilisera pas l’Iran, car il existe une organisation étatique moderne qui n’est pas fondée sur des liens personnels. Les morts sont remplacés. Autrement dit, aussi brillante soit-elle sur le plan tactique, l’opération de décapitation est stratégiquement dénuée de sens”.

Jon Alterman, du Centre d’études stratégiques et internationales, dit que “‘l’impact des assassinats ciblés s’estompe souvent avec le temps’ et que le gouvernement et l’armée iraniens se composent de plusieurs institutions imbriquées qui ont, jusqu’à présent, survécu à des vagues de frappes punitives étatsuniennes et israéliennes”. Un autre académicien, Max Abrahms, politologue à l’Université Northeastern, a déclaré que “La décapitation du leadership est risquée. Lorsque vous éliminez un dirigeant qui privilégiait un certain degré de retenue et exerçait une influence sur ses subordonnés, il y a de fortes chances qu’après la mort de cette personne, vous assistiez à l’emploi de tactiques encore plus extrêmes».

Les Iraniens sont pareillement hautement nationalistes. Détruire leur pays ne fait que rapprocher la population de ses dirigeants même si ceux-ci sont fortement détestés, et de toute façon, l’opposition n’a ni les moyens ni l’organisation pour arracher le pouvoir aux mollahs.

Solidarité en manque

Je voudrais souligner l’importance de la solidarité. Quand les Israéliens ont bombardé Gaza en 2014, les Iraniens vaquaient à leurs occupations journalières, shopping, vacances (c’était l’été), réunions familiales, indifférents au conflit proche, à part quelques manifestations gouvernementales de soutien. Dixit Ali Afshari, un chercheur iranien et ancien membre de l’Office for Consolidation of Unity, la principale organisation estudiantine iranienne: “Le conflit israélo-palestinien ne semble pas constituer une priorité pour l’opinion publique iranienne, y compris pour divers groupes d’opposition, étudiants et intellectuels” Maintenant c’est à leur tour de souffrir.

Kissinger: C’est dangereux d’être l’ennemi des Etats-Unis, mais être leur ami est fatal

Indifférent aussi l’Occident. Mais le bien connu économiste et ex-ministre des finances grec, Yannis Varoufakis, mentionne le danger de stagflation, soit une augmentation de l’inflation et une augmentation du chômage simultanément. “Un cauchemar économique qui touche chaque aspect de la vie quotidienne. Les familles voient leurs factures d’épicerie grimper tout en redoutant les licenciements. Les entreprises font face à la hausse des coûts, mais à une demande en recul. Et les décideurs politiques se retrouvent piégés, les remèdes économiques traditionnels ne faisant qu’aggraver la crise au lieu de l’améliorer”. Tout cela parce que “Trump est tombé dans le piège que Netanyahu lui avait tendu”.

19 mars 2026, le ministre étatsunien de la défense, Pete Hegseth s’adresse au Pentagone dans le cadre d’une conférence de presse sur la guerre en Iran: “Que le Dieu Tout-Puissant continue de bénir nos troupes dans ce combat. Et encore une fois, au peuple étatsunien: s’il vous plaît, priez pour elles. Chaque jour. À genoux, avec votre famille, dans vos écoles, dans vos églises, au nom de Jésus-Christ”

Indifférents également les Emirats Arabes Unis qui, poussés par Trump, ont été les premiers avec Bahrein à signer les accords Abraham avec Israël en 2020, et qui croyaient que les bases étatsuniennes seraient là pour les protéger, mais qui découvrent la véracité de la citation attribuée à Henry Kissinger: “C’est dangereux d’être l’ennemi des Etats-Unis, mais être leur ami est fatal”. Fatiha Dazi-Héni, chercheuse française au ministère de la défense parle d’“opération punitive de la part de l’Iran du choix Emirati d’avoir choisi si vous voulez l’ordre sécuritaire israélien”. Rappelons que ces accords “visent à encercler l’Iran d’une alliance sunnite de dictatures familiales”.

Khalaf Ahmad Al Habtoor, milliardaire et figure économique et politique influente aux Émirats arabes unis, a envoyé une lettre à Trump où il dit: «Qui vous a donné l’autorité d’entraîner notre région dans une guerre avec l’Iran ? Qui vous a donné la permission de transformer notre région en champ de bataille ?» et il ajoute: «Le véritable leadership ne se mesure pas aux décisions de guerre. Il se mesure à la sagesse, au respect d’autrui et à la volonté d’œuvrer à l’instauration de la paix».

Et Benaouda Abdeddaïm, éditorialiste au quotidien financier parisien Les Echos cite un ancien haut responsable du départemnent d’état étatsunien que “Le 28, strictement personne dans les capitales de la péninsule arabique n’avait été mis au courant ne serait-ce que ‘On va peut-être frapper le 28 février’”.

Note autant humoristique que tragique: Trump se dit très étonné de la riposte iranienne: “Ils n’étaient pas censés [!] s’en prendre à tous ces autres pays du Moyen-Orien. Ces missiles étaient programmés pour les viser. Ils ont donc frappé le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït. Personne ne s’y attendait. Nous étions sous le choc ! Et ils ont riposté. Ils auraient pu céder, mais imaginez un peu si nous n’avions pas été là. Ils disposaient d’une puissance colossale»

Il n’y aura pas de 3ème guerre mondiale car la Chine et la Russie n’iront pas plus loin qu’un soutien minimum à l’Iran, la première par aversion à tout conflit militaire pouvant enrayer leur énorme progrès économique et technologique, la deuxième car elle est déjà trop malmenée en Ukraine. Si les Etats-Unis envoient des troupes terrestres, cela va leur coûter très cher car, sans aviation ou marine qui vaille quelque chose, c’est au combat sur le terrain que les Iraniens sont les plus déterminés avec un million d’hommes. Alors, quand Trump verra que la guerre arrive à un point de mettre trop en danger l’élection des Républicains aux législatives de novembre prochain et/ou que le prix du carburant augmentera trop fort, il arrêtera tout simplement, prétendant que le but a été atteint, ou autre de ses fantaisies habituelles, peu importe le but pour un public peu versé et intéressé par la question au-delà de son porte-feuille. Et ce ne sont malheureusement pas les Démocrates qui vont arrêter le conflit, car en matière de politique étrangère, ils sont au moins aussi agressifs que le parti de Trump.

Fin

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