Haïti pourrait-elle être autrement?

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Les 226 ans d’anniversaire du Congrès de Bois-Caïman que les progressistes haïtiens sinon des vodouisants commémorent chaque année ont permis au peuple haïtien et à tous ceux qui s’intéressent encore au passé historique de cette terre de non seulement  mesurer le chemin parcouru, mais de dresser également un bilan des épreuves.

En effet, l’histoire des hommes qui peuplent la République d’Haïti, prend sa source dans l’organisation non pas dans l’anarchie.  Justement, c’est après 300 ans de domination coloniale à Saint Domingue que nos ancêtres esclaves, conscients de leur condition d’existence, avaient organisé dans la soirée du 14 au 15 Aout 1791, l’une des plus importantes et puissantes réunions connues sous le nom de « Congrès ou Cérémonie du Bois-Caïman ». Le symbolisme et le caractère  qui entourent ce Congrès de l’Acul du Nord présidé par Dutty Boukman et Cécile Fatiman  revêtent une signification profonde dans la vie des masses populaires haïtiennes.

Cet acte fondateur qui a mis debout le camp populaire dans une dynamique d’unité et de solidarité historiques de la grande majorité des esclaves pour combattre l’ennemi de classe pour la construction d’une nation n’était point une simple réunion, mais un véritable Congrès pour cimenter une certaine idéologie de classes et par la formation également d’une conscience, d’une vision nationale de classe parmi les diverses catégories sociales. Cette nuit-là charrie la principale revendication des masses esclaves : « Liberté ou la mort » face aux classes dominantes esclavagistes d’alors.

Haïti ne pourrait être autrement, quand, nos gouvernements ont choisi dans leur grande majorité de poindre l’obscurité absolue sur le Bois-Caïman, point de départ officiel et formel de la Révolution de 1804 qui a donné naissance à la nation haïtienne le 1er janvier 1804, le lieu où la France coloniale a perdu son emprise d’exploitation sur les forces ouvrières de ce temps-là.

Nous ne saurions  vivre autrement quand l’Habitation Lenormand de Mezy, à Morne Rouge ce lieu historique qui a accueilli cette rencontre où l’Homme -esclave devient dans son essence, souffle de libération et d’énergie salvateurs et révolutionnaire ayant lutté pour des objectifs concrets et  spécifiques de changement social, reste encore abandonné à lui-même. Ce lieu par excellence n’a jamais connu ni soins de base réguliers ni restauration. Alors,  n’est-ce pas là le signe véridique que depuis 1806 nos classes dirigeantes ne se retrouvent point dans cette grande épopée de l’histoire du peuple haïtien.

Haïti ne pouvait pas être autrement, quand ce sont ceux-là même que nos ancêtres avaient chassés du sol colonial qui reviennent en force sur le sol national, nous forçant aujourd’hui  à être de nouveaux marrons vers des cieux étrangers. Ainsi, le pays se retrouve tout bonnement encore sous domination, sous occupation et sous exploitation impérialistes. L’unité historique née de ce fameux Congrès est en fait détruite et justement c’est l’aboutissement logique de toute une politique de mesquinerie, de tout un système corrompu dont nos dirigeants et leur parti fantoche n’ont été et sont encore chacun des servants dociles, des esclaves-maisons,  des commandeurs au service des forces réactionnaires internationales.

En revanche, il est important et clair qu’en l’état actuel des choses, que tous les compatriotes conscients et conséquents, progressistes et révolutionnaires soient des exemples convaincants de défenseurs de la liberté. Cette résultante  ne s’octroie pas ; sauf qu’elle peut s’arracher grâce à la lutte acharnée de tous ceux et celles  pour qui elle est le moyen de défendre le droit à l’organisation autonome, le droit au travail, à l’instruction, à la santé,  à la dignité et à la souveraineté comme nous l’avaient tracé nos valeureux ancêtres.

De tels faits peuvent se reproduire présentement dans notre société de sorte que le pays reprenne une bonne direction. Combien heureux serions nous d’être le maitre de notre destinée !  Oui Haïti pourrait bien être autrement, puisque son état n’est point irréversible !  La lutte de la classe ouvrière, des paysans pauvres et des étudiants dans tous leurs compartiments est à cet égard symptomatique. Il ne nous reste dans ce contexte qu’à reconstruire sans désemparer, sans distraction le camp et l’unité populaires pour la libération nationale.

 

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