Grève : Entente de la honte !

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1La baisse des prix des produits pétroliers sur le marché international, depuis un certain temps, n’a eu aucun effet positif sur le marché national haitien. Au moment où l’on est en train de rédiger ce papier, le prix d’un baril de pétrole qui se vendait à 115 dollars US est passé à 40 dollars sur le marché international, notamment les Etats-Unis. Dans le cas d’Haïti, le pays fournisseur n’est autre que le Venezuela où le baril de pétrole se vend à 39.54 dollars. Selon l’Accord Pétro-Caribe signé le 14 mai 2006 entre le président d’alors René Préval, fraichement installé à son poste et le Venezuela, celui-ci acceptait de vendre à Haïti du carburant à un tarif préférentiel, mais également à crédit, allant sur une période de 25 ans avec 2 ans de grâce. Le peuple haïtien, parait-il, le peuple le plus appauvri aux yeux du monde entier, victime d’une catastrophe naturelle et humaine, ne bénéficie toujours pas des avantages accordés par le projet Pétro-Caribe.

Le gallon d’essence qui se vend à moins de 2 dollars aux Etats-Unis, à moins d’un dollar au Venezuela et à moins de 3 dollars en République Dominicaine, pays limitrophe d’Haïti, se vend en Haïti à 5 dollars. Au cours de l’année 1995, un accord a été conclu entre les acteurs concernés et les autorités d’alors, relatif au tarif des produits pétroliers. Les clauses de l’accord ont clairement indiqué que lorsque le prix du carburant baisse sur le marché international, il subit également une baisse sur le marché national. Mais voici que les détenteurs du pouvoir en Haïti aujourd’hui ne le respectent pas.

C’est la raison pour laquelle la Coalition Nationale des Syndicats des Transporteurs Haïtiens (CNSTH) a lancé deux journées de grève d’avertissement, le lundi 2 et mardi 3 février 2015 pour forcer le gouvernement de facto Martelly-Paul à réviser à la baisse les prix des produits pétroliers sur le marché local. Ce mot d’ordre de grève baptisé « la rue blanche », qui a trouvé l’appui de la majorité de la population a été un succès total le premier jour. Toutes les activités ont été paralysées à la capitale et dans plusieurs villes de province, surtout dans le secteur du transport en commun. Des bandits légaux tètkale rose intégrés dans des unités de la Police Nationale d’Haïti ont ouvert le feu à hauteur d’homme sur des passants au bord de la rue et qui observaient. Plusieurs personnes ont été victimes. La Police a procédé à plusieurs arrestations, surtout à Delmas 33, au niveau de Gerald Bataille.

A la surprise de tout le monde, sans faire le bilan de la journée de la grève, des responsables syndicaux qui avaient lancé ce mot d’ordre de grève de deux jours sont allés s’asseoir avec le gouvernement dans la soirée même du lundi. Selon ce qu’ils rapportent, une entente a été trouvée entre les responsables syndicaux et le gouvernement qui a consenti à baisser le prix du gallon d’essence de seulement quelques gourdes. Ainsi, le gallon de gazoline qui se vendait à 215 G passe maintenant à 195 G, une diminution de 20G ; le diesel passe de 177 G à 157 G, une diminution de 20 G ; le kérosène passe de 171 G passe à 156 G, une diminution de 15 G. Alors que les responsables syndicaux et la population revendiquaient une baisse de 100 G sur tous les produits. Le gallon de gazoline qui se vendait à 215 G devrait passer à 120 G ; le diesel de 177 G à 77 G et le kérosène de 171 G à 71 G. Selon le gouvernement, les dispositions de cette entente seront effectives le vendredi 6 février prochain.

Cette négociation maladroite et méchante a jeté beaucoup de confusion et d’émoi au sein de population et soulève des mécontentements dans divers secteurs de la population.

Dire que la grève a été largement observée dans la matinée du mardi avec ralentissement des activités. Les écoles ne fonctionnaient pas et la circulation des véhicules a été très fluide tout au cours de la journée de ce mardi. La population était bien décidée à se serrer les reins pour observer ce mot d’ordre de grève un deuxième jour. Mais les responsables des syndicats jaunes cédant aux faveurs et à la corruption en ont décidé autrement.
C’est regrettable, une fois de plus, pour ceux d’un certain secteur qui se faisaient passer comme leaders, notamment dans la diaspora. De toute façon, la mobilisation se poursuit pour forcer le gouvernement de facto Martelly-Paul à baisser les prix des produits pétroliers sur le marché pour que les prix des autres produits baissent. Quand les prix du carburant baissent sur le marché, cela entraine automatiquement une baisse du coût de la vie et produit un impact positif sur l’environnement du pays déjà dégradé avec une couverture végétale de moins de 2%.

De plus, la loi de l’offre et de la demande qui fait croire que c’est le marché qui détermine les prix n’a pas été respectée en Haïti, à un moment où le néo-libéralisme arrive même à supplanter la souveraineté nationale dans son application.

On doit se rappeler qu’en 2002, sans l’accord Petro-Caribe, le pouvoir Lavalas acceptait de réduire les marges de profits réalisés sur les produits pétroliers, pour porter le gallon de l’essence à se vendre à 35 gourdes. Ce que le pouvoir tètkale néo-duvaliériste-GNBiste, Martelly-Paul a refusé de faire. Il a voulu à tout prix, maintenir le prix du carburant à un niveau élevé, 215 gourdes sur le marché, en dépit de la baisse considérable sur le marché international et malgré l’accord Pétro-Caribe. En tant que produit transversal, le prix du carburant, en hausse ou en baisse joue un rôle important dans la vie quotidienne de la population toute entière et de son environnement.

Haïti importe du Venezuela 14 milliers de Barils de Pétrole par jour, pour alimenter plus de 500 mille véhicules, des centrales électriques, des milliers de génératrices entre autres. Ce pétrole constitue également une alternative au charbon de bois servant à la cuisson familiale. Par conséquent, la baisse du prix du carburant a un impact positif sur l’environnement du pays, notamment en diminuant la coupe d’arbres pour faire du charbon.

Donc, la baisse du prix des produits pétroliers sur le marché national proportionnellement à celle du prix sur le marché international, c’est-à-dire entre 50 à 60% est une nécessité pour soulager la misère du peuple haïtien et la protection de l’environnement. Par contre, le pouvoir anti-peuple Martelly-Paul tente d’abaisser la grogne de la population en soudoyant quelques syndicats jaunes représentés par des magouilleurs de grand chemin à savoir : Montès Joseph, directeur de Services Plus, placé sous tutelle du Ministère de l’Economie et des Finances, Paul Loulou Chéry, employé du gouvernement tètkale à travers divers ministères, notamment le Ministère des affaires Sociales et du Travail et ex-membre de la Commission consultative présidentielle, coordonnée par Réginald Boulos, un politicien traditionnel réactionnaire (rat-dokale), Evans Paul à la tête d’un gouvernement de facto et Fignolé Saint-Cyr, patron de la CATH, sont les meilleurs outils de combines avec les patrons et l’Etat pour maintenir les ouvriers haïtiens dans un système d’esclavage déguisé grâce à un salaire de misère.

Mais quel a été le rôle de Duclos Benissoit, membre influent de Fanmi Lavalas, l’un des signataires de la note conjointe des syndicats appelant à deux journées de grève des transports dans le pays les lundi et mardi 2 et 3 Février pour forcer l’Etat haïtien à consentir une baisse substantielle sur le prix de l’essence à la pompe ? Il était également présent à la Primature, négociant avec le pouvoir qui finalement tard dans la nuit du lundi, peu avant minuit a accouché de cette « entente de la honte » au détriment du peuple haïtien ? Bénissoit, vous avez la parole.

De toute façon la population a pris acte. Le peuple commence à identifier tous ses ennemis d’ici et d’ailleurs : dans les partis politiques, les organisations dites populaires, les syndicats et également dans les medias. Les forces réactionnaires et anti-changements sont partout. Le moment est donc venu pour que le peuple prenne son destin en main afin de changer l’ordre injuste des choses. Il ne faut pas compter sur les faux leaders et les faux démocrates, l’on ne doit compter que sur ses propres forces. En avant ! En avant ! En avant !

Mobilisons-nous contre cette entente de la honte !

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