C’était ce jour-là… le 16 mai 1977, Modibo Keita, père de l’indépendance du Mali, meurt en prison

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Modibo Keita

Le 16 mai 1977, quand Modibo Keita, père de l’indépendance du Mali dont il fut le premier président, meurt en prison, presque 9 ans après un coup d’État, dans des circonstances jamais élucidées. 

Modibo Keita est né le 4 juin 1915 à Bamako-coura, un quartier de Bamako, la capitale du Mali.  De 1925 à 1931, Modibo Keita fréquente l’école primaire urbaine de Bamako. À partir de 1931 il entre à l’ancien lycée « Terrasson de Fougère »,  au Sénégal. Trois ans plus tard il passera deux ans à la prestigieuse École normale supérieure William Ponty de Dakar. Il en sortira lauréat de sa promotion et deviendra instituteur en septembre 1938. Ses professeurs le signalèrent comme un « Instituteur d’élite, très intelligent, mais anti-français… Agitateur de haute classe à surveiller de près ». Modibo Keita n’était pourtant pas anti-français, il était plutôt viscéralement anticolonialiste. Profondément ulcéré par la situation de l’Afrique sous domination coloniale, et tout en enseignant, il militait aux côtés de Mamadou Konaté pour l’indépendance du Soudan français en particulier et la libération de tous les peuples sous le joug de la colonisation. Dans une publication qu’il créera en 1943, « L’œil de Kénédougou », il critiquait ouvertement la société féodale et le pouvoir colonial. Son nationalisme intransigeant, son activisme politique et syndical vont le conduire en prison. Considéré comme un dangereux opposant à l’administration coloniale, il sera condamné, par les Français, à 6 mois de détention. Incarcéré le 21 février 1947 à la prison de la santé à Paris, il sera finalement, relâché le 11 mars. 

 La même année, Modibo Keita deviendra le secrétaire général du premier bureau de la section soudanaise du R.D.A. (Rassemblement Démocratique Africain) dont il fut l’un des fondateurs. Une année plus tard il obtient un siège à l’Assemblée territoriale à Paris. Le 10 octobre 1953, il est élu membre de l’assemblée de l’union française. Le 26 novembre 1956 Modibo Keita est élu maire de Bamako. C’est aussi l’année où il entre à l’assemblée nationale française dont il sera le premier vice-président africain.  Panafricaniste, Modibo Keïta a œuvré toute sa vie pour l’unité africaine. D’abord en participant en 1958 à la création de la Fédération du Mali (FM) avec Léopold Sédar Senghor dont il est devenu président de l’Assemblée constituante. Après l’éclatement de la FM en 1960, il s’éloigne de Senghor. Avec Sékou Touré (président de la Guinée) et Kwame Nkrumah (président du Ghana), il fonde l’Union des États de l’Afrique de l’Ouest. En 1963, il participe à la rédaction de la charte de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) dont il est l’un des principaux artisans. Le 22 septembre 1960, Modibo Keita deviendra le premier président de la jeune république du Mali. De sensibilité politique de gauche, il opte pour une économie de type socialiste. Il développe une coopération hardie avec les pays du bloc de l’Est, ce qui lui permet de fonder une économie basée sur l’effort national. Sous sa conduite sont créées, entre 1960 et 1967, des dizaines de sociétés et entreprises d’Etat qui jettent les bases de l’industrialisation et offrent de l’emploi aux Maliens de toutes les couches sociales. 

Surtout, il crée la monnaie nationale en juillet 1962 ; il reçoit le prix Lénine international pour ses actions en faveur du « renforcement de la paix entre les peuples ». En mai 1964, il est réélu président de la république. 

En matière de politique extérieure, la jeune république : soutient l’Algérie en lutte pour son indépendance ; exige l’évacuation des bases militaires françaises qui stationnaient au Mali; condamne les essais nucléaires français dans le Sahara. Elle avait comme principes : souveraineté nationale ; unité africaine et non-alignement ; défense de la paix ; émancipation du tiers-monde.

Le président Modibo Keita reçoit les maliennes à l’occasion de « la journée de la femme ».

La politique intérieure des dirigeants maliens avait notamment comme objectifs : l’édification d’un socialisme adapté aux réalités maliennes ; la décolonisation des mentalités et l’affirmation de la personnalité africaine ; la consolidation de l’indépendance nationale dans tous les domaines.

Les jeunes, « force de la nation », firent l’objet d’attentions particulières : plusieurs organisations éducatives et culturelles ; mouvements des pionniers ; service civique pour assurer la formation politique et civique de ceux d’entre eux qui vivaient dans les campagnes. L’éducation nationale fut radicalement transformée pour l’adapter à la réalité et à l’intérêt national. Il s’agissait de mettre en place un enseignement de masse et de qualité qui décolonise les esprits et réhabilite l’homme africain. L’Organisation démocratique des femmes, servait de cadre aux activités sociales et politiques des Maliennes. Des Brigades de Vigilance furent mises en place pour assurer un rôle d’encadrement quoique des excès de zèle récurrents de leur part finirent par irriter la population. Dans le milieu rural, des structures de groupement et de coopération furent créées visant à établir une économie rurale socialiste. Cette organisation était destinée à permettre d’accroître la production et faciliter l’organisation des circuits de distribution. C’en était trop pour la France du général de Gaulle qui dépêcha André Malraux auprès de Modibo Keita pour lui porter une lettre qui laissait transparaître les « incompréhensions » (sic) entre les deux pays. “Les exactions” reprochées au régime socialiste de Modibo Kéita finirent par exaspérer l’Élysée et le quai d’Orsay qui confièrent à un obscur sous-fifre de l’armée le soin d’organiser un coup d’État, réalisé 19 novembre 1968 par le lieutenant Moussa Traoré sous prétexte d’une ‘‘nécessaire libération nationale’’. Modibo Keita sera gardé en prison dans des conditions déshumanisantes jusqu’au 16 mai 1977. Il meurt en détention dans des conditions mystérieuses. Le régime de Traoré ne permit aucune autopsie médico-légale qui aurait pu confirmer (ou infirmer) un empoisonnement soupçonné par plus d’un. 

Repose en paix, camarade Modibo Keita, militant panafricaniste et tiers-mondiste, pionnier du non-alignement, fervent soutien des mouvements d’émancipation, homme épris d’idéaux d’indépendance nationale, de justice sociale, d’unité africaine, de liberté et de paix. Tu auras imprégné de façon indélébile les mentalités collectives de tes compatriotes.

 

Sources :

Le Mali de Modibo Kéita. Site Modibo Keita. Modibo Keita (1915 – 1977). Président de la Fédération du Mali (Sénégal-Soudan français). SENEGALDATES.com

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