C’était ce jour-là…

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Chicho Cuba, d'origine haïtienne, dirigeant, militant syndical assassiné le 6 avril 1944, à Cuba, lors d’une marche organisée par des coupeurs de canne pour demander une augmentation de salaire. À l’époque, l’impérialisme yankee canalisait la paysannerie pauvre haïtienne vers les bateys de Cuba et de la République dominicaine.

Le 6 avril 1944, lorsque Chicho Cuba dirigeant et militant syndical d’origine haïtienne fut assassiné par un escadron militaire à la solde de grands propriétaires d’immenses champs de canne à sucre, lors d’une marche organisée par coupeurs de canne pour demander une augmentation de salaire.

  Chicho Cuba fut un exemple vivant de la participation haïtienne dans les luttes ouvrières de Cuba. De descendance haïtienne, il fut un grand dirigeant  syndical haïtien parmi les ouvriers agricoles de la centrale sucrière Egipto de la commune El Salvador, dans la province de Guantánamo. Chicho est né dans les années 1920. Ses parents haïtiens arrivèrent à Cuba en 1919 pour travailler, gagner un peu d’argent et rentrer chez eux. Mais le peu de revenus réalisés les porta à rester plus longtemps que prévu. Ils habitaient une chambre, dans un batey. Le temps aidant, ils avaient pu construire une maisonnette.  L’adolescent Chicho manifestait un grand intérêt pour son pays d’origine. Ses contemporains lui avaient donné le surnom de “Cuba” parce qu’ils l’entendaient toujours s’exclamer : « Cuba! Cuba! Cuba! ».

Chicho n’est pas allé l’école de façon régulière. Mais il a fréquenté pendant un certain temps un petit établissement dans le quartier Corralillo de la commune El Salvador. Mais son obstination à apprendre le plus qu’il pouvait le porta à lire beaucoup, et son intelligence innée lui permit d’en savoir assez sur les mathématiques, l’espagnol et d’autres matières. En dépit de son ascendance haïtienne (il parlait créole à la maison), il avait appris et parlait couramment l’espagnol sans accent. La situation économique de sa famille le porta à abandonner l’école et à se consacrer au seul travail qui était, lors, à sa portée: couper la canne à sucre. Les corvées liées à la coupe de la canne lui facilitèrent de très nombreux contacts avec les travailleurs de diverses plantations de la région. Par son grand courage, il a montré que les braceros haïtiens n’étaient pas des gens qui se soumettaient docilement à l’arbitraire. C’est ainsi qu’en 1940 fut organisé le Syndicat de l’habitation Ermita pour répondre aux préoccupations et aux revendications des travailleurs et faire face aux terribles conditions de travail et de vie auxquelles les syndiqués et leurs familles étaient soumis. Chicho Cuba  fut élu secrétaire général du syndicat, parce que, selon les travailleurs à cette époque, pour être un chef de travailleurs agricoles il fallait avoir beaucoup de cran. Chicho Cuba   rencontrait les ouvriers agricoles et analysait avec eux la situation qui prévalait, tout en soulevant le problème de ce qu’ils devaient exiger des employeurs.

En 1944, les coupeurs de canne ne pouvaient plus résister ni au bas niveau de qui leur était payé pour leur travail, ni aux conditions de vie auxquelles ils étaient soumis. Le 6 avril 1944, environ 800 coupeurs de canne venant de Arroyo Manteca et des zones voisines, armés de leurs machettes, organisèrent une marche depuis les champs de canne jusqu’aux bureaux de la centrale électrique d’Ermita pour demander une augmentation de salaire. A leur tête marchait Chicho Cuba. Les contremaîtres affolés donnèrent l’alarme au bureau central tout en exagérant la situation: ainsi, ils  prétendirent remarquer que les ouvriers avaient l’intention d’incendier le moulin. Ils firent appel à l’escadron 12 de Cuneira dont les effectifs occupèrent les routes par lesquelles arrivaient les manifestants. Quand ces derniers sont apparus, les militaires, sans crier gare, ont commencé à tirer sur eux, d’abord en l’air puis à hauteur d’homme. Chicho Cuba est tombé et est mort instantanément, les bras levés alors qu’il encourageait ses camarades. Il a été enterré au cimetière de La Viuda, dans le centre d’Ermita. Longtemps anonyme, c’est grâce à la révolution cubaine que Chicho est entré dans l’histoire des luttes syndicales. Nous garderons précieusement dans notre mémoire reconnaissante le souvenir du grand courage du militant, du syndicaliste, du camarade, du compatriote qui repose en paix dans sa patrie d’adoption.

Duerme in paz, compañero Chicho. Dors en paix, camarade Chicho. La Révolution cubaine, les peuples cubain et haïtien ne t’ont pas oublié.

Source: Raimundo G. Navia. Haitianos en la historia de Cuba

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