Au fond nous sommes en guerre !

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N’en déplaise à ceux qui continuent de spéculer face à ce qui paraît avoir été un affrontement armé, au Village de Dieu, entre forces policières et gangs déchaînés. La réalité sous-jacente est toute autre ; elle est liée à des considérations plus profondes, à savoir une véritable guerre en cours contre le pays, camouflée toutefois sous le vocable de bandits meurtriers à abattre systématiquement. 

En effet, ce n’est pas un quelconque malheur qui s’est abattu sur la nation quand, ces derniers temps, on a enregistré une immonde recrudescence des cas de kidnapping non seulement dans la capitale haïtienne, mais dans plusieurs autres villes de province. La gravité de cette aberration sociale, produit d’un système bien déterminé et dominant par surcroit, ne fait qu’appauvrir et déstabiliser notre pays. Et elle est bel et bien sous-estimée soit par naïveté, soit par ignorance ou position de classe, soit même par une immorale mauvaise foi.

Ceux qu’on appelle des bandits, aujourd’hui au Village de Dieu, autrefois à Cité-Soleil,  La Saline et autres, sont purement et simplement des victimes d’une gigantesque inégalité sociale, économique et politique arcboutéesur les intérêts des classes possédantes.

Pour comprendre la crise haïtienne, particulièrement sa composante «kidnappante», il faut élever le débat à son plus haut. Notre pays a été et est encore victime de ce qu’il faut bien appeler la guerre de l’impérialisme américain contre Haïti, la plus grave sans doute qu’il ait connue depuis sa libération du système barbare de l’esclavage. Ce que nous confrontons présentement, est totalement conforme aux intérêts hégémoniques des grandes puissances colonialistes de sorte que nous soyons un pays de parias.

Ceux qu’on appelle des bandits, aujourd’hui au Village de Dieu, autrefois à Cité-Soleil,  La Saline et autres, sont purement et simplement des victimes d’une gigantesque inégalité sociale, économique et politique arcboutée sur les intérêts des classes possédantes au service des vautours internationaux. C’est la seule façon pour ces acteurs de mauvaise cause d’avoir une prédominance absolue et continue sur leur adversaire de la classe des travailleurs, dont la majorité est au chômage perpétuel, particulièrement ces jeunes qui sont exclus des sociétés dans lesquelles ils vivent, pour être ensuite marginalisés et manipulés dans leurs ghettos, condamnés à la misère et à la pauvreté. 

On leur a inculqué le banditisme devenu un métier, comme s’il n’y avait rien d’autre à faire. On a manipulé ces adolescents, ces jeunes hommes et femmes de sorte qu’ils ignorent toute autre alternative de vivre autrement. Par-dessus leurs conditions d’existence, ces jeunes ont été non seulement drogués mais surtout armés pour la défense d’une cause contraire à leur avenir. C’est une forme de destruction de l’avenir d’un pays. En ce qui nous concerne, c’est la liquidation de la nation haïtienne qu’on précipite.

Quelqu’un sans doute demanderait mais à quelle fin ?

Haïti, qui a énormément contribué au développement de l’humanité, a permis l’émancipation des descendants du continent Africain de sorte qu’ils aient un autre statut, qu’ils  soient reconnus et respectés comme des êtres humains et ne soient pas traités comme des bêtes de somme, des choses ou des propriétés privées d’un quelconque maitre.

Cette violence sans fin est une parfaite illustration d’une guerre programmée contre notre pays. Elle a été manifestée en maintes fois, en fait depuis le Congrès de Panama le 22 juin 1826 initié par Simon Bolivar, boycotté par les Etats-Unis catégoriquement opposés à ce que Haïti y fût invitée et qu’on s’opposât à la reconnaissance de son indépendance. Voilà pourquoi, le centenaire et le bicentenaire de notre indépendance furent tout bonnement sabotés. 

C’est dans cette même logique, qu’il faut comprendre les principales pilules amères de coups d’état («regime change») administrées soit contre Dumarsais Estimé en 1956, lui qui essayait de lancer le pays sur les rails d’un monde développé, soit contre les dirigeants politiques au pouvoir en 1991 et 2004 dont on peut trouver de nombreux éléments clés, opportunistes passés avec armes et bagages dans les cercles de PHTK.  

Les gangs sont une construction sociale, un plan macabre pour déstabiliser un pays. Cependant, aucune violence ne pourrait les pacifier, encore moins les arrêter, elle ne peut que les alimenter davantage. Démanteler les bandits a été le mot d’ordre, sans poser la question des inégalités sociales à résoudre de sorte que les laissés pour compte développent une certaine confiance dans l’Etat haïtien en eux-mêmes. Quels ont été les différents programmes sociaux établis par l’Etat dans les bidonvilles présentement gangstérisés pour leur offrir de vraies perspectives de vie? Aucun ! Alors que pouvait-on espérer de ces jeunes livrés au désarroi et au désespoir ? L’un d’eux, étudiant en deuxième année de médecine, a préféré se tourner vers le banditisme déstabilisant et kidnappant pour s’assurer une vie rentable et confortable.

En vérité, il est difficile de lutter contre l’insécurité lorsqu’autant de jeunes sont au chômage, sans perspectives d’avenir. Et que le chômage et la misère sévissent pendant que les dirigeants bouffis de pouvoir et les leaders d’opposition vivent dans un luxe insolent. La répression policière ne saurait être la réponse à la désespérance sociale et économique à laquelle il faut substituer une autre forme de société ayant pour aspiration sociale les intérêts des opprimés dans laquelle même des gangsters peuvent se réhabiliter et retrouver leurs repères.

La vérité profonde est que le banditisme est l’affaire des dirigeants corrupteurs et corrompus capitalistes, de sorte que les bandits ne réfléchissent jamais et ne cherchent guère à trouver la source qui les force à patauger dans la misère morale et dans la crasse de l’immoralité.

seule une révolution sociale radicale est la solution, accélérée par la redistribution des richesses du pays et l’amélioration concrète des conditions de vie de la population.

Face à cette sale guerre, seule une révolution sociale radicale est la solution, accélérée par la redistribution des richesses du pays et l’amélioration concrète des conditions de vie de la population. C’est la seule voie de défense conséquente pour tous les opprimés et les exploités qui luttent pour que triomphent leurs droits à la justice, à la vie, à la paix et à la liberté. Comment mettre en échec ce diabolique dessein qui a mis notre pays sur les bancs de l’humiliation, pour la sauvegarde des intérêts vitaux de l’impérialisme ? Quelle stratégie les forces progressistes révolutionnaires haïtiennes doivent-elles adopter ? Continuer à suivre l’opposition traditionnelle pro-impérialiste ou combattre la domination impérialiste de sorte que nous arrachions notre pays et le peuple en général aux griffes du colonialisme, de l’impérialisme et de leurs laquais locaux, réactionnaires de tous bords ?

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