Argentine : Plainte pour racisme contre un médecin haïtien dans les hôpitaux d’Escobar

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Dr Daphnée Joseph

Daphnée Joseph est une gérontologue haïtienne qui a travaillé comme clinicienne dans deux établissements de santé appartenant au parti d’Escobar. Elle a subi deux épisodes clairs de racisme, l’un en décembre à l’hôpital Dr. Enrique Erill Zo nal et le second il y a un mois à la clinique Fátima d’Escobar. Bien qu’elle ait dénoncé ces faits à la direction de l’hôpital et à l’INADI, elle n’a obtenu ni justice, ni réparation, ni compensation. Elle a été forcée de démissionner de son travail par crainte d’une nouvelle escalade des attaques. Des organisations antiracistes, féministes et populaires ont manifesté leur solidarité avec Daphnée et ont demandé justice et réparation.

Voici les faits racontés par Daphnée :

Premiers faits :

Que le vendredi 3 décembre 2021, dans les environs de l’hôpital général de soins aigus Dr Enrique Erill, entre 9h30 et 10h00 alors que j’étais de service au SAME à Escoba, j’ai été envoyée pour prendre en charge un cas pédiatrique référé à l’unité de diagnostic précoce (PDU) de l’hôpital en raison d’un polytraumatisme.

Qu’à l’arrivée de l’ambulance au PDU, le patient se trouvait dans la salle de tomographie avec le médecin traitant et d’autres membres du personnel du PDU pour mener à bien l’étude. Au moment du transfert du patient, quelques instants avant de quitter le PDU Garín, j’ai demandé au médecin traitant de me donner les antécédents cliniques et les études du patient, comme cela se fait conformément au protocole de référence, ce à quoi le médecin m’a répondu qu’on avait déjà parlé aux médecins pédiatres de l’hôpital de destination et que ceux-ci étaient déjà informés de l’histoire clinique et des études qui allaient leur être transmises ultérieurement.

J’ai commencé à raconter les événements tels qu’ils s’étaient produits, en insistant particulièrement sur l’acte de discrimination raciale…

Dans un premier temps, j’ai exprimé mon désaccord à faire la référence sans avoir la documentation nécessaire (antécédents médicaux et études); cependant, le médecin traitant m’a réitéré que les pédiatres de l’hôpital avaient déjà été informés et a insisté pour que la référence soit faite avec la promesse qu’ils enverraient plus tard les documents susmentionnés.

Ensuite, j’ai effectué le transfert en ambulance avec le patient et un proche du patient à l’hôpital d’Erill. Lorsqu’ils sont arrivés sur place, les pédiatres attendaient en effet à l’entrée des urgences de l’hôpital, près du parking des ambulances. Le chauffeur a d’abord amené le patient, et quand j’étais sur le point de descendre, l’un des pédiatres s’est approché de moi pour me demander le CD de tomographie du patient, ce à quoi j’ai répondu en me référant à ce qu’il m’avait informé que les antécédents médicaux et les études leur seraient envoyés plus tard.

A partir de ce moment, la pédiatre s’est mise à crier, et à élever la voix me faisant des reproches et exigeant que je me présente avec le CD de la tomographie en main. Les cris se sont manifestés à l’extérieur de l’hôpital près du parking, en présence du proche du patient et d’autres personnes qui se promenaient dans la rue.

Au même moment, un deuxième pédiatre s’approche de moi et commence également à me crier dessus. À partir de ce moment, les deux médecins ont augmenté leurs griefs en me faisant remarquer et en faisant des gestes que toute la procédure de transfert avait été défectueuse à cause de ma seule faute.

Deux médecins cliniciens se sont également joints à l’agressivité qu’ils me faisaient subir. Il convient de préciser que cela s’est déroulé sur la voie publique avec la présence de passants et de personnel hospitalier.

Que les insultes ont duré plusieurs minutes, puis ils sont entrés avec le chauffeur et le patient, m’excluant de toute conversation et intervention et me laissant à l’extérieur de l’établissement. Dès lors, les médecins n’ont entamé qu’une conversation avec le chauffeur, me sous-estimant et m’enlevant toute autorité puisque j’étais le professionnel en charge du transfert.

À tout moment, j’ai ressenti de la part des médecins leur regard plein de préjugés et hautement discriminatoire en raison de ma condition de femme noire et de migrante, remettant en question mes capacités et mon professionnalisme. Je suis ensuite entré à l’hôpital dans la section de radiologie, j’ai contacté la base SAME pour signaler ce qui s’était passé afin qu’elle puisse communiquer avec l’hôpital d’origine (Garín) afin de signaler ce qui s’était passé.

Ainsi, les médecins sont montés avec le patient et le chauffeur est resté à l’étage où se trouve le service de pédiatrie, alors qu’à proprement parler c’était moi qui étais autorisé à y être. Sur la base de ce qui a été rapporté, j’ai décidé d’aller à l’étage de pédiatrie pour obtenir la signature de la feuille de procédure, qui confirme que le patient a été référé. Le pédiatre a signé le formulaire pour moi de manière agressive, frappant le tampon contre le bureau, rendant évidente sa colère injustifiée.

J’ai finalement quitté l’hôpital avec une profonde angoisse face à la situation violente que j’ai vécue et consterné par le manque d’éthique professionnelle des médecins qui m’ont agressée. Je suis retournée à la MÊME base, j’ai communiqué par téléphone avec le directeur médical, le Dr Diego Guirardo, pour lui dire ce qui s’était passé, qui m’a dit qu’il allait contacter le secrétaire à la santé et le directeur médical de l’hôpital général de zone de Agudos Dr Henry Erill.

Faits postérieurs et délit de faits :

Le lundi 6 décembre 2021, la directrice de l’Erill Acute Hospital, le Dr Fernanda Bigliani, m’a contactée pour un rendez-vous avec les médecins concernés pour le vendredi 10 du même mois à 10h00.

Je suis arrivée à l’hôpital à l’heure indiquée avec une infirmière SAME Escobar nommée Italo, désignée par le directeur pour m’accompagner et assister à la réunion car il ne pouvait pas y assister.

un des pédiatres signalés m’a pointé du doigt et m’a demandé d’un ton ironique : « Êtes-vous médecin ? » et j’ai répondu oui à une question hautement discriminatoire et raciste

Pendant que j’attendais d’être prise en charge par le directeur, qui était dans une autre réunion (sans m’en avoir informée), je suis allée attendre près du téléphone du SAME où j’avais été auparavant puisque j’étais de garde, et l’une des pédiatres concernées, m’a réprimandée et m’a demandé avec arrogance des explications à savoir si j’allais présenter une note à la Directrice, ce à quoi j’ai répondu que j’allais le faire ; et elle est partie.

Lorsque la réunion a finalement commencé, le directeur de l’hôpital, le Dr Bigliani, était présent, ainsi que Nicolás del Mármol, également de la direction, les deux pédiatres agresseurs, le médecin clinicien agresseur, un autre pédiatre et un médecin clinicien, Ítalo, l’infirmière de SAME qui m’accompagnait et moi.

Le directeur a d’abord pris la parole, introduisant la réunion, puis m’a donné la parole.

J’ai commencé à raconter les événements tels qu’ils s’étaient produits, en insistant particulièrement sur l’acte de discrimination raciale qui incluait les mauvais traitements et l’humiliation à mon égard. Immédiatement, les médecins dénoncés ont pris la parole, réitérant leur position selon laquelle j’avais la responsabilité de ne pas soumettre les études et de respecter la procédure, avec la même arrogance et agressivité que le 3 décembre.

Il convient de noter que le niveau d’agressivité et de cris de la part des femmes médecins rapporté était tel que M. de Mármol s’est levé de sa chaise pour leur demander de se contrôler et de parler une par une.

Le moment le plus grave de la réunion, en plus des attaques constantes et des cris après moi, a été lorsqu’un des pédiatres signalés m’a pointé du doigt et m’a demandé d’un ton ironique : « Êtes-vous médecin ? » et j’ai répondu oui à une question hautement discriminatoire et raciste car si j’étais blanche ils ne remettraient pas en cause mon professionnalisme.

Parce que les attaques n’ont pas cessé, la réunion a dû être interrompue et terminée. Il s’agit du deuxième incident de racisme et de discrimination contre Daphnée :

FAITS ; deuxième épisode :

Que le samedi 16 avril 2022, dans les environs de la Clinique Privée de Fatima alors que j’effectuais mon service d’urgence, il était environ 10h00 du matin et j’étais dans la salle des médecins en train de prendre le petit déjeuner, lorsqu’une employée de nettoyage du nom de Yesica Ibañez s’est approchée de moi, me demandant, en élevant la voix, si je m’occupais du bureau 15. Choqué par la façon dont cet employé m’a posé la question de manière très agressive, je suis restée quelques secondes sans rien dire, puis elle m’a répondu oui, que c’était moi qui fréquentais le bureau 15, puis elle a crié en me disant qu’il y avait des patients à soigner, sur un ton comme s’il s’agissait d’ordres. Sur le moment, j’ai été surprise et je n’ai pas répondu un mot. Une fois le petit-déjeuner terminé, je suis retourné au bureau 15 où j’assistais. De là, j’ai contacté Mme Alejandra (chef du bureau) par message pour signaler le cas au directeur médical Dr. Difranchesca pour expliquer ce qui s’était passé, au moment où le Dr est venu au bureau et là, j’ai personnellement rapporté ce qui venait de se passer.

Après quelques heures, étant de service précisément au bureau 15, j’ai entendu des cris, quelqu’un donner des coups de pied à la porte du service, la partie infirmière, très fort, et cette personne était l’employée Yesica Ibáñez qui me demandait à haute voix, avec des insultes disant qu’elle venait pour moi. Pendant ce temps, j’étais dans le bureau, craignant que cette employée n’entre directement à l’intérieur de l’endroit où j’assistais, écoutant les insultes, avec des propos très désobligeants à mon égard, certaines de ces insultes et menaces xénophobes racistes comme lorsqu’elle criait à haute voix en disant : « Cette femme médecin de merde, cette merde de noire qui quitte son pays et vient travailler ici, pour me salir, maintenant elle va voir ce qui va lui arriver, je vais le lui faire payer ». Je l’ai aussi entendue parler à l’infirmière de garde, hurlant pourquoi l’infirmière m’avait donné son nom.

Je suis restée à l’intérieur du bureau, effrayée de sortir et effrayée de ce que cette employée pourrait faire compte tenu de son niveau d’agressivité.

Il est à noter que tout ce scénario s’est produit en présence de patients qui attendaient dans le couloir, ainsi que de patients qui étaient à l’intérieur de la salle dans la zone des soins infirmiers.

Résumé latino-américain 20 mai 2022

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