À l’Ouest, rien de nouveau

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Me. André Michel, l’un des grandiseurs, grands parleurs, haut-parleurs, grands pourfendeurs de Jovenel qui s’agitent sans pouvoir réaliser quoi que ce soit de concret.

À l’Ouest, rien de nouveau est l’un des tout premiers livres que j’ai lus alors que j’étais encore adolescent, avancé en âge, mais sans doute pas encore suffisamment en sagesse. Il a fallu que je devienne un adulte, pas tellement avancé en âge, mais certainement bien imbu de la notion de rapports de classe et de leur impact sur l’humain, sur l’humanité, pour saisir dans sa plénitude le formidable témoignage antimilitariste de l’auteur, Erich Maria Remaque.

Soldat âgé seulement de dix-huit ans, l’écrivain nous fait vivre, revivre, sa vie au quotidien pendant la première guerre mondiale, dans les tranchées, dans la boue, sous la pluie, dans le froid avec parfois la faim au ventre, l’horreur provoquée par le bruit terrifiant des bombes, des obus, des rafales de mitrailleuse. Remaque raconte aussi la camaraderie entre les soldats, seule bouée de sauvetage pour survivre à la violence et à l’amertume d’une guerre abominable sous contrôle des bourgeoisies européennes, plus spécifiquement allemande et française, en mal de matières premières au profit des industries gérées par le grand capital.

Le titre du livre de Remaque m’est passé par la tête, peut-être par hasard, mais peut-être aussi parce qu’en ce qui me concerne, en l’adaptant aux réalités haïtiennes de ces dernières années, il pourrait bien être En Haïti, rien de nouveau. Depuis déjà quelques lustres, c’est la dégringolade entretenue par deux factions des classes possédantes qui s’entre-déchirent pour garder le maximum sinon la totalité du pouvoir politique et économique. Dans le temps, c’étaient les empoignades à répétition entre « les plus capables » et le « plus grand nombre », traduisez : magouilles, coquinades,  malandrineries, bacoulouteries, entre kabrit Tomazo menm pwal. De nos jours, c’est bien encore: En Haïti, rien de nouveau.

Im Westen nichts neues. Couverture de l’édition originelle, allemande, de A l’ouest rien de nouveau.

Sans oublier le passé despotique, kleptocrate des Duvalier, on peut dire que c’est avec Michel Martelly que la descente aux enfers a commencé avec un régime dont le président était mieux connu pour ses prouesses fessières dévergondées, sa tètkalétude, la pestilence boueuse et ordurière de son langage, son mépris absolu du prestige de la fonction présidentielle et l’imposition d’une culture longidactyle, une culture des  doigts longs, les uns montrant une plus grande agilité digitale que les autres, une digitalité à dérouter les magiciens les plus adroits.

Avec le grand « ingénieur » Jovenel diplômé de la Faculté d’État des Mensonges, c’est le règne de l’absurde, de l’incompétence, de l’irresponsabilité, du je-m’en-foutisme en plus des digitalitudes introduites par Martelly, le musicien fessu.  À bien regarder le fil des événements, on peut dire sans se tromper : En Haïti, rien de nouveau.  Les hommes et femmes de vigie qui s’inquiètent du bateau national en péril, sans boussole, sans capitaine, ne signalent rien de nouveau à l’horizon.

En Haïti, rien de nouveau, sinon que le quotidien se passe dans la faim, la peur du lendemain, la douleur d’une mère dont on a kidnappé la fille, son effroi à faire face à un cadavre après que la rançon réclamée par les malfaiteurs aura été payée. En Haïti, c’est le désespoir à chaque carrefour, à chaque coin de rue, au détour de chaque pâté de maison, dans les hôpitaux où il manque de tout pour soigner les malades, dans les églises où les prières, aussi ferventes qu’elles puissent être, montent tremblantes vers le Ciel pour retomber en chute libre dans une Haïti où il n’y a rien de nouveau sinon « lamizè k ap farinen, lamizè k ap boujonnen ».

En Haïti, rien de nouveau, c’est la même hantise de voir la nuit tarder à prendre la relève pour que le sommeil fasse oublier les affres de la faim, car le jour n’a été qu’une succession de contractions d’un estomac vide, en allers etretours intermittents. Ce sont les familles haïtiennes qui comptent les cadavres, sans savoir comment payer pour les funérailles. C’est un Premier ministre pas du tout légitime, démissionnaire du reste ; c’est un ministre de la Justice démissionnaire, pratiquement absent, décrié ; c’est un directeur de police dont on a l’impression très nette qu’il est boycotté par ceux qui devraient le soutenir, ce sont les PHTK qui bambilent, bambochent, pillagent sans regarder derrière, bon, san gade dèyè.

Nicht neues. Nihil novi. Rien de nouveau en Haïti. Je ne sais depuis combien de temps les médias parlent d’insécurité grandissante. Sans vouloir être méchant, on a l’impression que les autorités ne veulent pas vraiment contrôler la situation. À Martissant, les bandits font la loi depuis environ deux ans. Les institutions chargées de notre sécurité sont-elles à ce point dépassées par les événements qu’elles ont abandonné les citoyens à leur tragique sort ?

D’autant que les bandits ne se donnent plus de limite. Ils vont jusqu’à détourner des camions de marchandises au gré de leur appétit. Et c’est toujours la même histoire à longueur de temps sous les regards impuissants, passifs ou tolératifs de la police. Rien de nouveau, les mêmes mouvements de protestation, de frustration et de colère marqués par le blocage des routes, pour exiger de l’eau potable ou de l’électricité, sont quotidiens un peu partout dans le pays. On répète aussi  que les perdants sont les mères et pères de familles qui sont mis en disponibilité ou renvoyés à cause de la faillite de certaines entreprises. Oui, en Haïti, rien de nouveau.

À écouter les analyses de la situation politique, c’est le même refrain qui revient à tout moment : le chef de l’État, responsable de la bonne marche des institutions, est-il bien informé du niveau et de la gravité de l’insécurité et de la crise économique, celle-ci engendrée par celle-là ? Les intervenants à la radio n’arrêtent pas de s’interroger sur la compétence et l’honnêteté du président. Rien de nouveau en Haïti. On se plaint à tous moments des parlementaires qui « oublient souvent leur mission de contrôler l’exécutif ». Presque six mois plus tard après l’éviction du gouvernement de Jean-Henry Céant par le parlement, on a toujours un gouvernement démissionnaire en place. Rien ne marche, et, malheureusement, en Haïti, rien de nouveau.

Que dire des membres de l’opposition ? C’est un fait qu’ils sont essoufflés. On l’a bien vu lors des manifestations du 14 août. Ils n’étaient pas aux abonnés absents. Me. André Michel dudit secteur démocratique populaire s’est plaint que son « secteur » n’avait pas été « invité ». Toujours la même vieille rengaine sectorielle, puisque cette opposition n’est pas organisée. C’est même devenu un truisme de dire que ces oppositionnels traînent de la patte, qu’ils renvoient l’image d’un panier à crabes.

Et ce n’est pas la première fois que le « maître » en parler en pile Michel en appelle à mettre un « peu plus d’ordre » dans l’opposition, comme s’il y en avait jamais eu ; à travailler dans le sens d’une « plus grande » concertation (sic) pour « relancer les manifestations » (resic). Pauvre comédien !                                                                                                                                    En Haïti, rien de nouveau. Il y a encore et toujours les politiciens, les opportunistes, les grandiseurs aussi bien que les petitdiseurs qui s’agitent sans pouvoir réaliser quoi que ce soit de concret, d’autant qu’ils n’inspirent pas confiance, d’autant que les masses ne les ont jamais entendus poser le problème des cruels méfaits de l’impérialisme responsable, dans une très large mesure, de notre descente aux enfers ; ce ne seront jamais eux qui prendraient les moyens nécessaires pour accompagner les secteurs progressistes et la majorité des citoyens vers une résolution de la catastrophe tètkalée qui s’est abattue sur la nation.

Un article paru dans Le National du 15 août dernier résume bien le drame d’une opposition ‘‘en panne de recettes’’ : « L’échec de cette énième manifestation [du 14 août] contre l’administration de Jovenel Moïse est, en fait, visible. En effet, du Champ-de-Mars à Tabarre, les manifestants ont parcouru les rues sans attirer grand monde […] Jovenel Moïse n’a fait que précipiter le pays dans le marasme économique et la misère la plus abjecte depuis son arrivée au pouvoir, a indiqué Jean Charles Moïse, qui a réclamé le départ du chef de l’État. » Rien que du blablabla.

« …Le secrétaire général de la Plateforme Pitit Dessalines précise qu’il faut un véritable nettoyage au sein de la classe politique haïtienne, il pointe du doigt certaines personnalités politiques, qui selon lui, sont impliquées dans des scandales de corruption. Monsieur Jean Charles, qui toutefois s’est gardé de citer des noms, a également fustigé le comportement de certains leaders politiques qui ont choisi de bouder ladite manifestation. » Epi, epi, anyen. Tout juste des blablatudes à gros bouillon, à grande jèd.

En Haïti, rien de nouveau. Il y aura d’autres manifestations mort-nées, des exercices de trapèze de l’opposition, des déclarations fulgurantes à l’emporte-pièce de « leaders » de partis, bref, du verbiage, tandis que Jovenel continuera de prendre ses aises jusqu’à la prochaine saison d’agitation et de mouvements nuls d’une misérable opposition.

18 août 2019

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