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Célébration de Christophe Colomb ou fête nationale de l’Espagne ?

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Quant à la tenue de cette célébration honteuse en Haïti, un événement que l'Espagne aurait pu organiser discrètement au sein de son ambassade, elle s’est déroulée au grand jour, à l’hôtel El Rancho.

 

De gauche à droite, le ministre de l’environnement, celui de la culture, la ministre des Affaires étrangères, l’ambassadeur espagnol et le Premier ministre haïtien

Le lundi 12 octobre 2026 était un jour férié dans de nombreux pays, comme aux États-Unis, où l’on commémorait la découverte des Amériques par Christophe Colomb. C’est aussi le jour où l’Espagne célèbre sa fête nationale. L’année 1492 représente un trésor immense pour l’Espagne, et ce moment demeure un jalon historique majeur pour elle, car Christophe Colomb, navigateur mandaté par les rois espagnols Isabelle Ière de Castille et Ferdinand II d’Aragon y débarque en Amérique pour apporter la misère, la souffrance et piller tout ce qui ne leur appartenait pas.

Le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé adressant l’assistance

En Haïti, toutefois, nous ne pouvons oublier cette date, car nous honorons les peuples autochtones qui peuplaient ces terres. C’est pour cette raison qu’en 1986, le peuple haïtien a renversé la statue de Christophe Colomb qui se dressait sur la place du Bicentenaire. D’autant qu’il ne faut pas oublier que cette rencontre fut avant tout un choc de races, de cultures et de coutumes — et qu’on ne peut occulter les taches de sang ni les aspects sombres des *Conquistadors. Il ne fait aucun doute que la découverte et la conquête des Amériques ont inauguré une nouvelle perception de l’univers pour l’Europe, et que le Nouveau Monde est ressorti, transformé et spolié de ce choc. C’est dans ce contexte que l’ambassadeur d’Espagne en Haïti, Antonio Peñín Toledano Marco, a invité le gouvernement de transition haïtien — en particulier le Premier ministre *de facto* Alix Didier Fils-Aimé — à commémorer la fête nationale d’Espagne ; or, cette initiative servait de manière voilée à marquer le débarquement des conquistadors, un événement représentant une victoire pour l’État espagnol mais une défaite pour les habitants originels de ces terres. C’est Dessalines qui, en l’honneur du peuple indien au lendemain de la révolution de 1804, a rétabli le nom originel du pays : Haïti.

Lors du discours de circonstance de l’ambassadeur Espagnol, Antonio Peñín Toledano Marco

Quant à la tenue de cette célébration honteuse en Haïti — un événement que l’Espagne aurait pu organiser discrètement au sein de son ambassade —, elle s’est déroulée au grand jour, à l’hôtel El Rancho ; en présence d’une foule d’invités haïtiens et de diplomates étrangers. Mais jusqu’ à quand les dirigeants haïtiens amèneront-ils les étrangers à respecter l’histoire d’Haïti ? Le plus choquant reste sans doute le fait que la fanfare de l’armée haïtienne a dû jouer l’hymne national espagnol, suivi de l’hymne national d’Haïti. Immédiatement après, l’ambassadeur d’Espagne a pris la parole pour s’exprimer ainsi :

« Monsieur le Premier ministre,

Madame la ministre des Affaires étrangères,

Monsieur le ministre de l’Environnement,

Monsieur le ministre de la Culture,

Monsieur le général commandant de l’armée haïtienne,

Monsieur le directeur général de la Police nationale,

Chers collègues du corps diplomatique,

Nous sommes le 12 octobre ; bienvenue à la célébration d’un champion du monde.

Merci d’être parmi nous en cette date spéciale, non seulement pour nous, mais aussi pour la plupart des amis présents ici.

Le 12 octobre est une date particulière ; vous savez que parmi les fêtes nationales de tous les pays, on commémore souvent une révolution, une victoire militaire, une constitution ou un processus d’indépendance.

Mais pour l’Espagne, c’est différent : nous célébrons une journée de rencontre, le jour où les premières expéditions espagnoles sont arrivées ici, en Amérique, changeant ainsi la face du monde. Je dirais même que ce fut le jour de la première mondialisation, avec l’arrivée des Espagnols en Amérique. Un exploit qui a changé le destin de l’Espagne à jamais. On ne peut comprendre l’Espagne sans l’Amérique, car nous partageons tant de choses. » 

Une vue de l’assistance

Il convient de noter que, durant le discours de l’ambassadeur, le Premier ministre haitien affichait une attitude enjouée, riant et applaudissant. L’ambassadeur a poursuivi en disant : « Il y a, dans tous les pays d’Amérique, un morceau de l’histoire espagnole. Nous partageons des valeurs, la foi, la langue, un système administratif, une histoire et un patrimoine. Mais je tiens à souligner une valeur partagée avec Haïti — un point qui sera d’ailleurs confirmé prochainement lors du sommet ibéro-américain, où la délégation haïtienne jouera un rôle de premier plan.

Car Haïti nous intéresse, tout comme la recherche de solutions pour ce pays. Soutenir le processus de paix et la transition politique en Haïti est une priorité pour tous les Américains, ainsi que pour les Espagnols.

À propos de valeurs, il en est une essentielle, tout comme les principes qui s’y rattachent : Je parle de la dignité. La dignité humaine, aujourd’hui menacée en Haïti. Ici, la population souffre de viols, de meurtres, d’injustices et de douleurs. Elle a perdu sa dignité ; elle doit la reconquérir, elle doit retrouver sa dignité.

La fanfare des Forces armées d’Haïti

Vous pouvez compter sur le Premier ministre espagnol dans ce combat pour restaurer la dignité du peuple. Vous pouvez compter sur notre soutien — pas seulement sous forme de coopération et de financement, mais en tant que partenaire international. 

J’espère que l’année prochaine, le Premier ministre sera certainement invité. J’espère avoir en Haïti, un nouveau président démocratiquement élu. Le président doit incarner cette dignité. Il doit être honorable et bienveillant. Il doit, par son exemple, redonner sa dignité au peuple haïtien. Vous pouvez compter sur nous, Monsieur le Premier ministre ; Haïti est aujourd’hui dans l’ombre, non seulement en Espagne mais aussi au sein de la communauté internationale. Nous serons à vos côtés ! »

Juste après le discours de l’ambassadeur, ce fut l’adresse du Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé. En voici un extrait : « Ici au milieu de vous, en ce jour d’exception, je mesure toute la portée de ce moment et l’immense fraternité qui nous rassemble pour célébrer la fête nationale espagnole. Le 12 octobre est une date majeure dans l’histoire de l’Espagne. Cette journée célèbre la fête nationale espagnole, symbole de l’histoire de l’unité et de l’identité du pays.

Le chef de la police Vladimir Paraison salue l’ambassadeur d’Espagne

Inscrit dans le marbre de l’histoire, cette date immortalise le souvenir des grandes odyssées et l’élan des marins qui ont repoussé les frontières du monde. C’est l’un des destins croisés de l’Europe et des Amériques. Elle consacre le génie de la Nation espagnole qui a su à travers l’épreuve des siècles forger une unité indéracinable dans l’éclat vibrant de cette réalité.

En ce jour, l’Espagne ne commémore pas seulement un passé glorieux. Elle célèbre surtout l’aboutissement d’un long chemin vers la liberté et la démocratie. La transition espagnole couronnée par la constitution de 1978 demeure dans la conscience universelle un modèle de sagesse politique et de réconciliation. Elle nous enseigne qu’une nation peut renaitre de ses fractures lorsque le dialogue le remporte sur la division et que l’espérance triomphe sur la peur.

En Haïti, cette leçon prend la dimension d’un écho sacré, car c’est sur notre sol Haïti, la terre originelle des Tainos qu’a basculé le cours du monde, en 1492. Au môle st Nicolas, l’histoire a scellé à jamais la mémoire de cette terre d’Haïti que Christophe Colomb baptisa Hispaniola, ou petite Espagne. Faisant ainsi de cette terre le premier théâtre de dialogue apte et monumental entre l’Europe et les Amériques. Initiées dès 1860, les relations officielles entre l’Espagne et Haïti témoignent d’une fraternité ancienne et continue. »

Ce que l’ambassadeur ignorait — et que Fils-Aimé n’a pas su lui rappeler — c’est que nous payons encore aujourd’hui le prix de cette rencontre. La conquête ibérique n’a fait que détruire et réduire en esclavage un peuple ; bien plus, elle a inauguré la traite négrière, la colonisation et le système esclavagiste. La dignité dont parle l’ambassadeur a été confisquée aux peuples autochtones par ses propres ancêtres. Il est bien mal placé pour venir nous donner des leçons.

Le 12 octobre — « Jour de l’Hispanité » ou « Jour de la Race » — ne devrait, sous aucun prétexte, être célébré sur cette terre autochtone qu’est Haïti. C’est une insulte et un nouveau meurtre commis à l’encontre des peuples autochtones, que nous cautionnons en tolérant ce gouvernement corrompu.

Cette célébration de la fête nationale de l’Espagne a été en vérité un moment de honteuse participation du Premier ministre Fils-Aimé et de son servile  entourage au sinistre rappel de l’extinction des premiers habitants de l’île, à leur féroce exploitation et génocidaire massacre par les envoyés d’Isabelle de Castille, « la catholique », « à la recherche de leur dieu, le pur métal au reflet jaune ».

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