Triste comédie de guerre des «accords»

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Des membres de la Commission pour la Recherche d'une solution haïtienne à la crise (CRSHC),

Des accords sont en lutte, l’un de la Commission pour la Recherche d’une solution haïtienne à la crise (CRSHC), un autre du gouvernement en place sous la direction du Premier ministre Ariel Henry et celui du Protocole d’Entente Nationale entre plusieurs groupes politiques (PHTK et alliés, opposition radicale et opposition modérée), sans oublier le groupe de la société civile « N ap Mache pou lavi » de Me Gédéon Jean auquel serait lié le secteur démocratique et populaire le parrain de l’Accord politique de l’Opposition sur la Gouvernance de la Transition de rupture publié le dimanche 31 janvier 2021.

Il n’y a pas grande différence entre le projet de la Commission coordonnée par Magalie Comeau Denis, une ancienne ministre de la Culture sous le gouvernement de transition de mars 2004 à juin 2006, membre fondateur et porte-parole du groupe Collectif NON 2003-2004 et l’accord signé le dimanche 6 juin, entre les partis et mouvements politiques dont : Dirpod, En Avant, Entente, Fnd, MTV Ayiti et Operasyon tèt ansanm, visant à la formation et à l’installation d’un gouvernement d’Entente nationale dont la mission principale est le rétablissement d’un climat de sécurité et de paix sociale en vue d’aboutir, dans un délai techniquement possible, à des élections crédibles, inclusives et transparentes.

En fait, la Commission pour la Recherche d’une solution haïtienne à la crise met l’accent sur l’établissement d’un exécutif composé d’un président, d’un Premier ministre et d’un gouvernement. « L’idée est de faire en sorte que la Transition soit mise sur pied où les partis politiques se retrouveront sur la même longueur d’onde et que la population retrouve la pleine confiance pour aller dans les urnes afin de choisir son président » a fait savoir Comeau-Denis.

Le lundi 30 août à l’hôtel Montana les militants de « Fòs militan Chanmas » à l’œuvre

Le Protocole d’Entente Nationale pour sa part, dont les signataires sont entre autres: Sorel Jacinthe (INITE), Youri Latortue (AAA), Edmonde Supplice Beauzile (FUSION), Rodon Bien Aimé (FND), Dr. Emmanuel Ménard (Bloc Démocratique / Force Louverturienne Réformiste), soutenus également par la majorité des sénateurs restants du Sénat. Ce courant avait peu après l’assassinat du président Jovenel Moise nommé Joseph Lambert président provisoire du pays pour accompagner le Premier ministre Ariel Henry au sein de l’exécutif.

A la seule différence que la Commission pour la Recherche d’une solution haïtienne à la crise ne désignait personne dans son accord pour les postes de président et de Premier ministre. Et, c’est pour le lundi 30 août écoulé à l’hôtel Montana qu’avait été prévu la signature de la version finale de l’accord de la Commission par les acteurs de différentes couches de la vie nationale qui ont agréé à ce projet visant à former une quelconque transition.

Le Premier ministre Ariel Henry lors de sa rencontre avec les organisations populaires

Alors que la réunion se déroulait, un groupe d’individus baptisés « Fòs militan Chanmas » est arrivé ayant à leur tête Marckenson Eprimé. Ils ont perturbé la réunion tout en scandant que  « Nous avons déjà un accord. Joseph Lambert est notre président »

Selon Magalie Comeau Denis et Josué Mérilien, la Conférence Citoyenne pour une solution à la crise n’a pas été avortée. 194 signatures ont quand même été enregistrées puisque le processus  avait commencé depuis le dimanche 29 août 2021.

La coordonnatrice de la Commission pour la Recherche d’une solution haïtienne à la crise (CRSHC), Magalie Comeau Denis

Ce même lundi à Karibe hôtel, le Premier ministre, Ariel Henry a rencontré plus de 200 organisations populaires venues de différents départements du pays pour leur vendre l’accord du gouvernement en place. Dans son discours de circonstance autour du projet d’Accord politique pour une gouvernance apaisée et efficace, Ariel a présenté la situation critique du pays sur le plan économique et social. Selon lui, cet accord sans doute supporté par les Etats-Unis par la filière de son envoyé spécial Daniel Foote, est la seule voie possible pour sortir le pays de la crise multiforme dans laquelle il se trouve.

De son côté, le Secteur Démocratique et Populaire (SDP) ne voit pas d’un bon œil le projet d’accord de la Commission pour une solution citoyenne et a catégoriquement dénoncé ces acteurs politiques par la voix de son porte parole André Michel au cours d’une conférence de presse, le lundi 30 août 2021 « J’estime qu’il y a des gens très rusés. Des gens, qui sortent de nulle part et qui veulent imposer une solution. Ce n’est pas possible. Il faut qu’ils soient honnêtes. Nous avons pris notre responsabilité »

Ensuite le secteur démocratique et populaire annonce vouloir continuer à travailler avec les acteurs et à analyser l’accord proposé par Ariel Henry pour une solution globale « Nous parlons maintenant avec Ariel Henry. Il faut donner au plus un accord politique au pays »

Cette déclaration, a en quelque sorte clarifié les rumeurs qui circulaient à savoir que le SDP a été acheté par l’actuel Premier ministre. Rony Timothé a dénoncé les membres du SDP qui ont reçu des dons du secteur privé des affaires.

Le secteur démocratique et populaire

Ce n’est pas la première fois que le SDP a été accusé. L’ex Sénateur Desras, actuel ministre de la Planification, avait informé que des membres du secteur démocratique avaient empoché 9 millions de gourdes, pendant le mouvement Peyi Lòk, pour débloquer les rues afin de permettre à l’homme d’affaires Reynold Deeb de passer avec 52 containers remplis de marchandises en provenance de la douane de Port-au-Prince.

Cette guerre des accords a créé des dissidences au sein du secteur démocratique et populaire (SDP), puisque le 30 août 2021 l’organisation «Viv Ayiti» s’est retiré provisoirement de cette structure et informe avoir pris cette décision par rapport à leur désaccord avec le gouvernement monocéphale d’Ariel Henry qu’ils qualifient d’inconstitutionnel.

Viv Ayiti tout en exprimant son opposition à Ariel Henry et exigeant la démission du chef du gouvernement afin de se mettre à la disposition de la justice se montre très favorable au sénateur du Sud-est Joseph Lambert comme président.

Le Président du Sénat, Joseph Lambert dans une note datée du lundi 30 août 2021, a démenti son implication dans les actes de vandalisme des militants de Champs de Mars à l’hôtel Montana en ces termes « J’apporte un démenti formel et catégorique à toute implication à la conception ou à l’exécution des actes de vandalisme ayant troublé cette rencontre »… « Tout le monde sait que je ne professe ni ne pratique ce genre d’obstruction brutale à l’expression d’opinion contraire. Je condamne toute forme de violence en régime démocratique. Toute ma vie politique, je me suis toujours attaché aux principes et méthodes démocratiques qui demeurent les boussoles de mon comportement et de mes actions. Ce sont le dialogue, le débat contradictoire dans le respect réciproque, la persuasion et la concertation, à la recherche patiente du consensus patriotique et du compromis salutaire »

Daniel Foote

Par ailleurs, aux fins de trouver un dénouement heureux à la crise sévissant dans le pays « Les États-Unis soutiennent pleinement les processus de dialogue menés par les Haïtiens et incluant les partis politiques, la société civile et le secteur privé » a tweeté mardi 31 août 2021 M. Daniel Foote, l’envoyé spécial de la Maison Blanche, du Bureau of Western Hemisphere Affairs (WHA).

Quelle triste comédie qui ne rime à rien dans l’intérêt du pays et des masses populaires vivant dans des contions de précarité surtout les victimes du séisme du 14 Aout et de la tempête tropicale Grace! Grâce ! Mesdames messieurs les saltimbanques.

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