
Une question s’impose désormais, non par provocation, mais par nécessité politique et morale : le but réel de ce qui se déroule aujourd’hui est-il la gentrification forcée des territoires haïtiens au prix de la vie des plus pauvres?
Depuis des semaines, des zones entières du pays sont officiellement qualifiées de criminogènes. Dans ces mêmes zones, la violence se déchaîne, les populations civiles fuient, des enfants et des personnes âgées meurent ou disparaissent, et des quartiers entiers se vident. Ce ne sont pas des abstractions, mais des faits visibles, documentés, vécus.
Dans le même temps, l’État AFFRANCHI que vous dirigez semble agir moins comme un protecteur de la Nation que comme un administrateur de territoires sacrifiés.

La réponse sécuritaire apparaît sélective, opaque, souvent externalisée. Des opérations sont menées sans transparence, sans reddition de comptes claire, et sans débat national préalable.
La population observe aussi autre chose : des acteurs armés privés opérant dans l’ombre, des dispositifs de communication qui transforment la catastrophe en narratif de restauration de l’ordre, des médias alignés, rémunérés, ou silencieux, et une diplomatie qui parle de stabilité pendant que des communautés entières disparaissent de la carte sociale.
Alors la question devient légitime.
Quand des quartiers pauvres sont détruits ou vidés, quand leurs habitants sont criminalisés par le simple fait d’y vivre, quand l’État ne reconstruit pas mais laisse place au vide, à qui profite ce vide?

La Nation vous demande une réponse claire.
L’objectif est-il de protéger la population ou de la déplacer? De restaurer un ordre juste ou de préparer une recomposition sociale et urbaine sans les pauvres? De gouverner avec le peuple ou de gouverner contre lui, au nom d’une modernisation sans consentement?
Car lorsqu’un État administre la crise sans la résoudre, lorsqu’il gère la violence sans protéger les civils, lorsqu’il parle d’ordre pendant que les morts s’accumulent, il devient légitime de se demander si la souffrance n’est pas devenue un instrument, et le chaos, une méthode.








