‘’Pleins Feux sur’’: Jacquy Duroseau (Port-au-Prince, 1937, Idem, 1974) « Le génial vagabond des claviers »

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Jacquy Duroseau

Le ‘’Top 10’’ musical ayant pris du recul et, pour ne pas être en reste avec la musique, on se propose un tour d’horizon avec ces génies mérités qui n’ont pas fait la liste. Notamment, les as de la trempe d’un Jacquy Duroseau. On ne sait pas s’il aurait atteint le ‘’Top 10 Pianistes’’ du terroir, dans un pays qui a donné des monstres aussi sacrés, comme: Justin Elie, Ludovic Lamothe, Jean B. Astrée, François Guignard, Téramène Ménès, Lyncée Duroseau, Carmen Brouard, Joseph Dor, Dr. Frank Lassègue, Félix et Edner Guignard, Micheline Laudun Denis,et tant d’autres. Tels ces professeurs, ces pianistes itinérants, ces virtuoses qui ont propagé la culture des claviers, dans tous les recoins du pays. A tel point que l’occupant Yankee jaloux d’une tradition aussi féconde avait interdit l’importation du piano. En tout cas quel que soit son classement dans la hiérarchie des claviéristes nationaux ou universels, c’est toujours un régal de faire:

 

‘’Pleins Feux sur’’:

Jacquy Duroseau (Port-au-Prince, 1937, Idem, 1974)

« Le génial vagabond des claviers »

Progéniture du maître-claviériste Arthur Duroseau, Jacquy fut doté des capacités musicales d’un surdoué, lequel a su faire montre d’un instrumentiste achevé et d’un pianiste hors-norme. Parfois dans la clarté de ses doigts magiciens et, certaines fois dans l’inconduite perverse d’un paumé irrévocable ; faisant fi des barrières morales pour s’adonner à sa guise. Comme cette prestation odieuse à ‘’Cabane Choucoune’’ durant laquelle, trop intoxiqué, il s’empara du micro et le plaça  entre son cul pour faire l’offrande d’un pet intestinal à son auditoire. Ou en dégainant son anatomie en pleine scène pour l’asperger de pipi. Sybarite insouciant, enfant gâté, vedette pourrie, il vivait au gré de ses fantaisies, d’artiste toléré par toutes les couches sociales et, qui recevait aussi les largesses du palais national. Ce fou du roi en l’occasion y faisait son ‘’miasme’’ sur le tapis même où l’on célébrait une fête pour les enfants comme s’il avait subi le syndrome ‘’Carl-Brouard’’ de qui s’y frotte s’y pique dans la société kanzo de Duvalier.

Peut-être qu’il aurait pu devenir président. Cependant son goût de vivre et sa façon libertaire l’ont propulsé en vedette populaire, qui ne s’était senti à son aise que dans l’ambiance charognarde des gueux du Portail de Léogâne, en compagnie de ‘’Ti paris’’ et autres saltimbanques. Et n’avait point de gènes d’affréter un bourèt(1), en guise de taxi, pour le conduire chez lui à Bourdon, après une nuit de débauches sur le boulevard Jean-Jacques Dessalines. Malgré tout, son énorme talent l’avait pourtant installé à l’avant-scène de la musique conceptuelle. Ce brillant claviériste s’en alla trop tôt, à l’aurore d’une merveilleuse carrière, emporté par un regrettable accident de la route(2). Ce pianiste génial, organiste et joueur d’harmonium, était encore loin d’atteindre son apogée. Il s’épanouissait dans un phrasé classique d’essence populaire; un syncrétisme qui fit de lui le digne héritier de J. Elie et de L. Lamothe.

Sa carrière de musicien professionnel débuta aves «Les As», puis s’affirma avec l’«Ensemble Ibo Lélé», et plus tard, avec «Ibo Combo». Quelques groupes à l’avant-garde d’une musique haïtienne auréolée de nouvelles fusions, au début des années 1960. Parallèlement, il fut la vedette de la Troupe Nationale sous la houlette de Lina M. Blanchet qui lui fut comme une mère adoptive. Tout en lui inculquant des dessous de l’art populaire. Avec une dextérité apparemment illimitée, son style caractérisé par un phrasé lumineux, une rapidité d’exécution, une bonne précision du tempo et une abondance mélodique, illustra une parfaite harmonisation entre les envolées créatrices et les enclaves techniques. Des particularités qui le confirmaient comme l’un des pianistes les plus pétris de sa génération, et que l’on retrouva dans son: “Disque souvenir”, présenté impeccablement par madame Robert Denis et, émaillé de multiples randonnées sélectives et d’élaborations complexes. En égrenant des perles rares au fumet : natif, exo, afro, latin, classico, jazzy ou parfumé ; d’adagio, d’apergio, de brio , en ben, sous l’entrain d’une sonorité dominante. S’illustrant à la fois en compositeur et arrangeur épanoui, ainsi que dans des remakes des pièces comme :Quisqueya, Voyage à la Martinique, My one and only, Carte blanche, Méditation, Volare, Fumée aux yeux, Diane,  Euphorie, Souvenir, Madagoue, Feuilles, Patience etc. lesquels nous sont immortalisées par feue Lina M. Blanchet qui fut la productrice de ce maître d’œuvre, permettant ainsi à la postérité de se faire une idée de la valeur de cette idole contradictoire.

Voici le témoignage d’un illustre témoin, en l’occurrence  Ferrère Laguerre, regretté défricheur, musicien, pianiste, chorège, critique d’art :’’ Avec Jacquy Duroseau la mélodie la plus simple devient une œuvre cohérente, équilibrée. Les combinaisons techniques témoignent d’un esprit malicieux, inventif, bien haïtien. Sa maîtrise, son sens harmonique intéressant, des fois audacieux, contribuent avec les qualités précédentes à la création d’un style pianistique à lui.(…). Grâce à ce disque, Jacquy Duroseau est présent et près de nous, par son art, sa sensibilité, par ce qu’il avait de plus précieux en lui…’’.                                                                                             Autant de preuves, s’il en était besoin, de la capacité de cet incomparable musicien qui avait acquis droit de cité dans la catégorie des “classiques”, par sa facture conventionnelle rigoureusement concoctée et nimbée d’une sonorité de climat. A sa façon de voguer l’art dodécaphonique dans la discipline, à la recherche d’une profonde extériorisation de ses créations mélodiques. Tout en brisant toutes les barrières dans l’utilisation de la tonalité. Maîtrisant toujours sa suite, à travers une succession de vallées colorées, lesquelles traduisaient une infinité de façon de voir la vie, de la plus glorieuse à la plus tragique.

 

1-Moyen de transport primitif.

2-Il était encore en vie après cet affreux accident qui mutila son bras, et que le staff des docteurs de l’hôpital voulait amputer. Mais, Jacquy et ses proches s’y opposèrent farouchement à l’idée qu’il ne puisse plus être en mesure de jouer au piano. Il disait préférer mourir que de renoncer au piano. Mais, quand  la gangrène s’ensuivit c’est désespérément que l’amputation fut appliquée. En vain…

 

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