Par le trou de la serrure

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Les compères en conciliabule: Jovenel l'inculpé, Lafontant le complice et Régis l'ONUsien se réjouissant de leur parade “nationaliste” face à la poigne de Susan D. Page, la dame aux cuisses-pilon, chef de la MINUJUSTH. Yo tout sou blòf.

Par le trou de la serrure on voit bien ce qui se passe à l’intérieur, mais on peut aussi entendre si on se donne la peine de s’approcher avec discrétion et d’écouter avec attention. Je suis peut-être un peu plus chanceux que d’autres, voire même un peu plus entreprenant, mais j’ai pu réussir l’extraordinaire prouesse de me faufiler à travers l’espace et suivre l’intéressante conversation entre le sieur Jovenel l’inculpé, son Premier ministre et son ambassadeur à l’ONU rappelé de façon aussi inattendue qu’incompréhensible.

–  Président Jovenel, nous sommes dans les cas, je ne sais si vous mesurez l’ampleur de la situation, mais cette impertinente, cette pimbêche de Susan Page, cette chipie, cette manman kodenn, cette mégère de grimelle au visage taktekodenn, elle en a de la culotte et de l’audace. C’est une situation migonmen pour ne pas dire migonmante. Qu’en pensez-vous, chef ?

– Lafontant, mon cher, ces migonmanteries ne m’inquiètent guère, ne m’embarrassent nullement, ne me tracassent pas le moins du monde, voire qu’elles m’effrayeraient. Je suis passé à la bonne école de savoir comment ‘‘couler’’ sous le poids des contrariétés. Micky m’a appris comment ‘‘couler’’ entre les jambes d’une femme. Maigre, ‘‘skinny’’ comme je suis, je lui passerai entre les cuisses, comme une anguille sous une roche, manmzèl a sezi.

– Attention Président ! De la façon dont je vois la Susan rouler ses fesses, j’ai l’impression qu’elle peut être dure à cuire, ou de préférence, vous pourriez vous trouver bloqué entre ses cuisses. C’est Martine, madanm ou, qu’il vous faudrait appeler à l’aide.

– Lafontant, n’est-ce pas que vous rancez.

– Non, je ne rance guère. Quand elle dit saluer «le fait que des juges ont été chargés d’instruire les plaintes concernant le dossier PetroCaribe, déposées par des particuliers devant le tribunal de première instance de Port-au-Prince les 29 janvier et 20 février 2018 respectivement», c’est, de sa part, une feinte de vieille rouée de la politique à demi-mot et de la diplomatie à quart de phrase. Elle sait que vous êtes en train de masquer votre corps pour ensevelir sous un amas d’oubli les conclusions du rapport de la commission sénatoriale spéciale chargée de l’enquête sur l’utilisation des fonds Petro Caribe. Et comme elle a pour mission de se tenir à l’appui de la justice en Haïti, d’une pierre elle a fait deux coups : elle vous a rappelé à l’ordre, et puis elle fait son boulot.

–Lafontant, il y a des coups qui vous coupent en plusieurs morceaux. Vous savez bien que je suis dans le coup Petrocaribe, et bien sûr Micky aussi, twa medam inamovib li yo, sans oublier un de ses ministres, expert en siphonnage de fonds et bas-fonds vénézuéliens qui lui a appris comment téter la vache bolivarienne sans s’inquiéter, pourvu qu’il pût avoir sa part de lait. Un siphonneur, devenu d’ailleurs un de mes conseillers, tellement adroit, astucieux, futé, bakoulou, malin, que tout le monde s’accorde à dire que Micky a eu un excellent professeur et qu’il s’en est sorti blanc comme neige du micmac petrodollaré.

– Président, c’est vrai que tous les chemins mènent à Rome, mais il y en a aussi qui mènent à la roche tarpéienne. Avec ces scorpions de l’ONU téléguidés par Washington, on ne sait jamais quand est-ce qu’ils vont piquer. Or, vous savez bien que ça pique sous les tropiques.  Soyez sur vos gardes. En médecine, on parle de diagnostic différentiel. L’un des diagnostics auxquels s’attendent ces Blancs-là ainsi que leur grimelle chaudée Susan c’est que vous leur trouviez un bouc émissaire, ce qui donnerait l’impression que la MINUJUSTH concourt en effet à faire du bon travail en Haïti.

– Lafontant, yo gen lè voye w pou mwen. On vous a envoyé pour moi.

– Ah, président! N’en croyez pas votre susceptibilité. Vous savez aussi bien que moi que le jeu force à couper. La Susan est en zing de contrariété pour se faire bien voir de ses patrons. Faites-lui cadeau d’un  bouc ou…d’une chèvre qui chevrotera bien son innocence, mais on ne la jugera pas moins. On fera une simagrée de procès qui pourrait finir, au mieux, en queue de poisson, au pire par une condamnation à quelque six mois de prison (dorée). Jouez la comédie, vous savez que nous sommes tous des comédiens.

– L’affaire, Lafontant, c’est que je n’en reviens pas. Je suis encore sous le coup de la consternation, de la stupéfaction. J’en suis révolté, outré, indigné, scandalisé. Depuis mon arrivée au pouvoir, je ne fais que caravaner, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Partout on m’acclame, jamais depuis des lustres, un président n’a autant fait pour la production agricole : on n’a qu’à regarder pour voir tous ces bulldozers, ces tracteurs traçant les sillons prêts à recevoir les semences. Bientôt, nous allons faire en sorte que cette population passe de la misère à la pauvreté digne ; la majorité de la population trouvera à manger, au moins un plat chaud par jour. C’est révolutionnaire, et puis madame Susan trouve ça indigne; elle cherche la petite bête de la corruption, c’est à vous étouffer.

–Non, président, ne vous laissez pas étouffer, il n’y aurait pas d’ambulance pour vous transporter à l’hôpital; quasiment tous les centres hospitaliers sont à court d’oxygène depuis je ne sais plus combien de temps. Hier, l’un des ministres a failli casser la pipe lors d’une crise d’asthme suraiguë, on a dû le transporter d’urgence par hélico dans la capitale voisine.

– Pire, cette avadra pintelée nous jette à la face que « selon un rapport récemment publié par Transparency International, Haïti est classée comme le pays le plus corrompu de la région des Caraïbes et à la 23e place des moins bien notés (157) sur 180 pays interrogés sur la perception de la corruption ». Moi qui combats la corruption, même si ce n’est pas à visière levée, moi qui trompette, clarinette, tambourinette, tempête, rouspète, ronchonne, rognonne, écume, fulmine contre la corruption au nom de tout un pays, voilà que des saltimbanques de vye blan mannan, au nom de la transparence ne manifestent aucune nuance dans leurs manigances et tendances à salir une petite nation, pourtant grande quoique en décadence, en culbutance, en dégringolance, en tombance, en périclitance et potentiellement en effondrance.

– Président, que comptons-nous faire ?

– Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage.

– Président, vous souhaiteriez que leur sang abreuve nos sillons, ainsi notre jour de gloire serait enfin arrivé; contre nous, de la tyrannie nous aurions levé l’étendard sanglant de la dignité vengée, mais cette sanguine bouillonance qui vous court dans les veines, ce sang trop vif, trop tumultueux, trop bouillant qui vous rend fou de rage et de douleur pourrait bien vous monter à la tête, faire éclater l’une de vos artères cérébrales moyennes et voilà la nation dans de beaux draps maculés de deuil. Pa fè n sa. Prenez votre sang, gardez votre sang froid. À sang chaud, parole de médecin est toujours bon.

– Alors, laissez que je me ‘refroidisse’…

– Ne devenez pas de marbre non plus, président, parce que Madame la grimelle pintelée vous a tendu un piège. Elle a un point sansub de son armature minujuhste que j’appellerais son ‘‘point policier’’ qui ne tolère ni satiyèt, ni chatouyèt, ni risette, ni mannigèt. En effet, deux séries de bavures homicidaires commises par des unités de la Police nationale haïtienne (PNH) lui ont blessé le bât. Or, pour la mission qui lui a été assignée, c’est un coup bas, au bas ventre de ses responsabilités onusiennes.

Analysez les choses froidement, tèt frèt. Voyez comment retranchée derrière la Mission, madame a regretté que contrairement au dossier PetroCaribe ‘‘aucun juge d’instruction n’ait été chargé d’examiner les allégations de violations des droits humains commises par des unités de la Police nationale haïtienne (PNH) à Lilavois le 12 octobre 2017, au cours desquelles au moins une personne a été tuée, ainsi qu’à Grand-Ravine le 13 novembre 2017, où huit civils auraient été sommairement exécutés, en plus des deux officiers de la PNH tués’’. C’est dire comment le coup lui a fait mal. Parce que la police dont elle a charge c’est son dernier né en qui elle a mis toutes ses complaisances, toute sa maternelle affection. Vous commencez à piger, président ?

– Que je n’eusse pas pigé eût été un manquement grave à mes attributions et devoirs présidentiels, vous pigez PM ?

– Président, apa ou nan piger a tou. Vous pigez, je pige, nous pigeons, ou pa ta di deux pigeons. Mais alors, pigeonnons sérieusement. C’est vrai que nous ne pouvons pas laver l’outrage dans le sang, au moins donnons dans la parade, paradons, théâtrons, faisons du théâtre, bluffons, pétons le public, faisons leur croire que nous sommes indignés au point où nous sommes capables de nous retirer de l’Assemblée générale avec grand fracas, avec panache, classe, élégance, dignité, honneur, respect de la mémoire des pères fondateurs de la patrie.

– N’est-ce pas ce que j’ai demandé à Régis de faire ? C’est d’ailleurs ce qu’il a fait. Il a posé un acte royal, un acte de roi, ce que mon professeur de latin aurait qualifié de regis factum. D’ailleurs, l’effet de parade a tellement ‘‘mordu’’ que la grimelle a été rappelée, elle aussi, pour consultation auprès de son supérieur.

C’est cela le tic au tac diplomatique. Ou tic et puis yo tac. Régis peut le confirmer, pas vrai, ambassadeur ?

– Bien sûr, président, c’est ce que votre professeur de latin aurait qualifié de  tico taco, les deux mots étant l’ablatif de ticum et tacum, respectivement. D’ailleurs, c’est de là qu’est né notre tiktakto.

– Ah, président ! Vous savez que là aussi, c’est une man?uvre théâtrale pareille à la nôtre. Se blòf sou blòf. Dans le domaine de la tiktaktance et de la bloffance, nous sommes passés maîtres pour ne pas dire rois, et pour tenir le compas latin et ne pas être en reste avec vous et le PM, je dirais que nous sommes des reges ticorum tacorum, les rois des tic au tac.

– Trêve de tic, passons à un tac plus sérieux. Dites-moi, Lafontant, entre nous, entre nous deux, enfin, entre nous trois, comment est-ce que vous voyez-vous ces bavures policières qui ont ensnglanté Lilavois et Grand Ravine et sur lesquelles cette peste, cette guenon, cette chipie a cru devoir pérorer? Un vrai poison, cette virago.

– Ah ça, président ! Vous me posez là une question je dirais judiciaire, même policière pour ne pas dire militaire, or je suis médecin, accidentellement paré des habits usagés, fatigués, délavés, élimés, fripés, défripés d’un politicien tètchat. Votre question revêt une allure j’ose dire ticouloute, peut-être que je vous dois une réponse bacouloute.

– PM, vous me faites rire. En plus d’être un discipulus Hippocratis, vous semblez être  aussi un rex bacouloutus.

             – Président, arrêtez de ticoulouter ou de bacoulouter, vous avez affaire à une grosse partie, une regina bacoulouta, une reine bacouloute, une mater mulier, une manman fanm, un orage épluché, yon loraj kale. Elle vous écraserait entre ses lourdes cuisses à magouilles. Pou jan w mèg

– Alors, PM, autant chercher du secours auprès de l’ambassadeur américain, n’est-ce pas lui le maître de toutes les questions, même cuissales

4 mars 2018

 

 

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