Lettre ouverte au sieur Réginald Boulos!

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Le moqueur du peuple : Réginald Boulos

Sieur, le bourgeois,

Aujourd’hui, dans tous les médias et les réseaux sociaux, cher Sieur, vous faites la promotion de la troisième voie comme vérité absolue. Mais cette vérité, dira-t-on, crucifixion elle mérite. Notre conscience historique ne va pas nous laisser tomber dans ce piège. Sachez au moins cher Sieur, que ni la richesse, ni la célébrité ne donnent de légitimité à quelqu’un pour parler au nom des dix millions d’âmes affamées qui croupissent dans la pauvreté et la misère la plus abjecte. Votre montée en puissance de candidat politique potentiel est bien compris. Oui, droit vous en avez. De quelque direction que soufflera le vent de l’histoire, je ne sais pas ; mais c’est la façon courageuse dont mon peuple tendra sa voile qui fera de lui le capitaine de son destin dont on s’accordera à dire qu’il incarne à jamais la  résistante. Mais voilà, cher Sieur, que par ce vent je me laisse emporter. Pardonnez-moi, Sieur, de la résistance mes ancêtres m’ont légué. Et à la tentation, je dis non. Si l’argent me faisait dire des choses contraires à l’honneur, sachez-le sieur que cela est faux. Ce n’est pas mon habitude. Mais vous ne mesurez peut-être pas l’importance du coup que vous  avez réussi à faire croire à mon peuple, trop affamé pour juger. Quelle est votre vision pour le peuple haïtien ?

Cher Sieur, pensez-vous « RÉVOLUTION » ?

Boulos et Joseph Michel Martelly

Vos dits sur la révolution invitent à la méditation. Je vais peut-être vous sembler tout à coup bien pontifiant. Le peuple haïtien, s’il me pose la question sur la révolution, la qualifierais-je de bourgeoise?  Mais avant tout laquelle, cher Sieur ? L’humanité en a connu beaucoup. Celle de la France 1789 à accoucher une société bourgeoise et capitaliste, et des Etats-Unis 1776, on dirait pareillement. Mais de la Russie Soviétique 1917 et de Cuba 1959, ces deux dernières ont accouché le socialisme. Alors on peut à cet égard, nous interroger sur la révolution haïtienne. J’assume peut-être que c’est de cette dernière que vous avez fait référence à moins que je me trompe. Donc, des révolutions ont abouti soit au capitalisme, le socialisme et même l’islamisme en référence à l’Iran, mais sachez au moins cher Sieur, la révolution haïtienne a accouché la liberté. Et Oui, liberté contre l’impérialisme esclavagiste et coloniale, contre le capitalisme inhumain et sauvage, liberté contre le  totalitarisme socialiste. Soyez donc attentif cher Sieur, à la vitesse à laquelle les problèmes du monde évoluent, se renouvellent, se transforment et comme il est difficile (impossible !) de prévoir quels seront les défis de 2024. Encore de grandes découvertes techniques, scientifiques, peut-être morales sont en cours, ou plus grave encore en attente. Et chez nous, cher Sieur, de la machette nos cultivateurs se plaignent car révolution industrielle, au peuple noir interdite, révolution technologique, de la table de l’Occident, même les miettes, droit on en pas. Et aujourd’hui, de la caravane, ils ont osé croire et déception ont-ils récolté. Oui, En vingt ans, le monde aura forcément beaucoup changé.

Cher Sieur, pensez-vous « POLITIQUE » ?

L’histoire de notre pays est depuis le tout début une grande expérience dont gens de tous les milieux ont participé. De tous les régimes, on a expérimenté mais de la démocratie on réclame aujourd’hui car voyez-vous, cher sieur, nous croyons que n’importe quelle démocratie digne de ce nom repose sur le pluralisme, comprend le principe de contradiction, et parvient au consensus au moyen d’un débat raisonné. Pourtant du pluralisme politique, vous condamnez déjà l’efficacité parce que c’est plus facile de trouver un bouc émissaire que d’assumer ses échecs. De la bourgeoisie, vous vous réclamez, dans quel pays cher Sieur ?  L’aristocratie en son tombeau se rit de vous. Oui, Bourgeoisie, ce concept en effet, trop fort pour l’imposer à la réalité de notre pays. Je suis trop sensible aux nombreuses façons dont le langage peut être détourné au nom du pouvoir économique. Car l’histoire de la bourgeoisie haïtienne est celle de la manipulation et de la division, de la démagogie et du mensonge, de l’exploitation et de la corruption. Certains l’ont même baptisée d’anti-patriotisme et anti-nationalisme. Voyez comme elle n’a déjà plus rien à voir avec le régime que nous avons rejeté en 1986 et à la présidence, Aristide nous avons élu. On croirait jadis à la victoire de la démocratie, et de la dictature, nous avons tourné le dos. Mais cher Sieur, de la bourgeoisie, coup d’État la démocratie a survécu.

Cher Sieur, pensez-vous « JEUNESSE » ?

Cela fait un mois que j’y pense tous les jours et que je résiste à l’envie de vous parler. Quelque chose m’intimide devant cette jeunesse au désarroi qui tente par tous les moyens bien ou mal de trouver issu à son sort. Sa vie débordante d’amertumes, d’angoisses et d’échecs et de courage, j’aurais dû y être  présent, plus mêlé et engagé. La plume déjà si longue dont l’encre charrie encore trop d’engagements. Ô, cher Sieur, jeunesse haïtienne, je crains bien de ne pas pouvoir soutenir la lutte plus longtemps, et je tremble de la voir devenir victime. Ce poids accablant, cette écrasante inquiétude, ma jeunesse, courbée sur les livres, elle cherche dans les aridités de la science un point d’appui, pour ne pas tomber dans un gouffre qui se forme sous elle. Au milieu de votre bonheur cher Sieur, pensez encore quelquefois à cette jeunesse qui pâlit à la lueur fatigante d’une bougie, car blackout trop longtemps habituée. Les éléments les plus vils et les plus violents dans la société sont devenus proie facile à cause de leur vulnérabilité. À la jeunesse haïtienne, je dis qu’elle ne deviendra elle-même et heureuse et forte qu’en refusant fermement de se plier à une pente des choses qui lui sera présentée comme inévitable ou à donner son aval à une situation qui la choque mais qu’on lui dira irrémédiable.

Cher Sieur, pensez-vous « ÉCONOMIQUE » ?

Boulos et Jovenel Moise

Et par votre troisième voie, vous pensez proposer à mon peuple un moyen pour échapper à sa froide réalité et lui remonter le moral affaibli sous les coups accumulés d’un terrorisme économique pour avoir oser défier l’impérialisme. En libérateur, vous voulez gravir le sommet de cette montagne âpre et difficile pour sortir en  vainqueur de ces roches anguleuses et hérissées, vous planez comme l’aigle et vous  voyez devant vous un horizon de bonheur et de volupté, Ô troisième voie, si de toi vraiment, devra salut à mon peuple désespéré. À l’annonce de cette bonne nouvelle qui m’a rendu heureux,  j’ai cru y voir déjà un heureux présage pour mon peuple. Et quelquefois, dans un moment de doute, de désespoir, mon peuple invoquera cette irrésistible puissance, qui souvent semble prendre un malin plaisir aux malheureux humains, toi destin. Cher Sieur, différence s’il y a entre bourgeoisie et peuple, je dirais, heureuse est la bourgeoisie, jouissance des bienfaits du capitalisme, elle s’épanouit comme une rose courbée par une pluie d’orage, et qui relève sa tige affaissée sous les caresses amoureuses d’un doux zéphyr. Mais le peuple, cher Sieur, il est triste, sombre, taciturne, toujours en lutte avec cet infernal sort imposé par l’impérialisme, spectre hideux qui le poursuit partout, et jusque dans ses rêves, où il le menace pour vaincre à la résignation. Retombez dans la réalité, et laissez vos vapeurs de bourgeois aux échos capitalistes des  maîtres de l’occident, pour affronter souffrance et misère dont soupire mon peuple de l’exploitation capitaliste.

Cher Sieur, pensez-vous « JUSTICE » ?

Écoutez au moins à ma plaidoirie, de la France, mon peuple exige réparation de l’État français pour  restitue intégralement à la République d’Haïti les fonds qu’elle lui extorqua de force à partir de 1825. Aujourd’hui, la valeur capitalisée de la rançon de Charles X est peut-être estimée à 22 milliards de dollars É.U. Cher Sieur, cette demande de restitution qui représente une première mesure de justice économique et un témoignage de respect envers, à la fois, la souveraineté et l’héritage révolutionnaire du peuple haïtien, comptez l’inscrire dans la troisième voie que vous prônez. Je ne peux pas consciemment entreprendre de vous persuader de rapporter quoi que ce soit, les faits quoique têtus sont là. En effet, cher Sieur, quelqu’un a dit ” les faits existent sur un nombre infini de niveaux et un niveau n’en exclut pas un autre. La folie est la confusion des niveaux. Les personnes folles n’ont pas de visions qui vaillent la peine d’être racontées parce qu’elles ont peur de voir. Les fous sont trop concernés par la « vie normale » : c’est-à-dire par l’argent, le sexe, la nourriture, la digestion, la maladie et l’impression qu’ils donnent aux autres. Ces « réalités de la vie » effraient les fous et aucun homme ne peut se détacher de ce dont il a peur. Par conséquent, les visions du fou son effroyablement ennuyeuses”. Pourtant, un Arnel Joseph, nous avons fabriqué. Dans les tourbillons qui  emportent les bidonvilles, des vieilles valeurs de communauté, de solidarité et de partage, ils se souviennent. Et si d’un plat de riz ils ont la chance, tout seuls, ils ne le mangent. C’est cette solidarité précaire, qui a raison de l’Etat, et fait d’Arnel Joseph le Robin des bois des guettos. Deux millions de gourdes, pour capturer Arnel Joseph, offre la police. Et trois rapports  sur la gestion du fonds Petrocaribe ont épinglé des hauts commis de l’Etat, justice on en rêve encore. Les polémiques ont gain de cause, dossier sur les fonds disparus des coopératives aujourd’hui revendiqué. Cher Sieur, certains se demandent : “va-t-on assister justice aux propriétaires des différentes coopératives qui se sont enfuis avec des avoirs estimés à 17 milliards de gourdes ?

Cher Sieur, pensez-vous « DIALOGUE » ?

La famille Boulos du laboratoire Pharval, est le principal responsable du décès d’environ 500 enfants ayants consommé les sirops « Afébril et Valodon », en 1996.

Que sais-je, peut-être vous avez déjà rencontré le Christ sur votre chemin de Damas pour venir nous annoncer cette évangile salutaire (Troisième voie). D’anti-Christ, d’autres l’accusent. Que Pilate, cette fois-ci ne se lave pas les mains. Avant tout, celui qui écrit, il s’est voulu un éternel chercheur, un éternel élève, et aujourd’hui encore sa soif d’apprendre est aussi vive qu’aux premiers jours. Mais écoutez, de là j’ai compris l’amour, ce principe universel dont se réclament plus d’uns. En effet, qu’il s’agisse des individus, des nations, des races ou des cultures, nous sommes tous différents les uns des autres ; nous avons tous quelque chose de semblable aussi, et c’est cela qu’il faut chercher pour pouvoir se reconnaître en l’autre et dialoguer avec lui. Alors nos différences, au lieu de nous séparer, deviendront complémentarité et source d’enrichissement mutuel. Et cela, nos ancêtres l’ont bien compris et 1804, ils ont fait. La rencontre et l’écoute de l’autre est toujours plus enrichissante, même pour l’épanouissement de sa propre identité, que les conflits ou les discussions stériles pour imposer son propre point de vue. Et cher Sieur, je salue les rencontres que vous multipliez pour vendre la troisième voie, juste question de méthodologie.

Cher Sieur, pensez-vous « VÉRITÉ »

Et pour paraphraser un vieux maître d’Afrique qui disait : il y a « ma » vérité et « ta » vérité, qui ne se rencontreront jamais mais  “LA VÉRITÉ” se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun doit se dégager un peu de « sa » vérité pour faire un pas vers l’autre. On n’est encore pas débarrassé de la détestable habitude de faire des guerres fratricides pour faire triompher une classe, une race, une idéologie. Sieur, vous savez mieux que moi que c’est dans la paix et dans la paix seulement que l’homme peut construire et développer une société, alors que la guerre ruine en quelques jours ce que l’on a mis des siècles à bâtir ! Certes, comme toute société humaine, la société haïtienne a aussi ses tares, ses excès et ses faiblesses. Dans votre proposition, pensez-vous à les faire disparaître les coutumes abusives, tout en sachant préserver les valeurs positives. L’avenir est semé d’incertitudes et de difficultés, certes, mais riche aussi d’aventures nouvelles et d’expériences passionnantes. Il vous appartient de relever le défi et de faire en sorte qu’il y ait, l’avènement d’une nouvelle époque.

Lavoisier J. CHÉRISIER

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