Le meurtre de Daunte Wright et les questions de classe dans la lutte contre la violence policière

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Mardi a marqué la troisième nuit de protestations croissantes contre le meurtre par la police de Daunte Wright, 20 ans, à Brooklyn Center, une banlieue de Minneapolis, dans le Minnesota. Les protestations ont commencé peu après que Wright ait été tué lors d’un contrôle routier, dimanche après-midi, et se sont étendues lundi dans tout le pays, de New York jusqu’à Portland, dans l’Oregon.

Wright, un jeune père de famille, n’avait aucune arme sur lui lorsqu’il fut abattu par Kimberly Potter, une policière ayant 26 ans d’ancienneté et responsable du syndicat de la police de Brooklyn Center. Celle-ci lui a tiré une seule balle dans la poitrine. La mère de Wright, Katie Wright, a déclaré aux journalistes que la police avait laissé le corps de son fils sur le sol. «Personne ne veut nous dire quoi que ce soit. Personne ne veut nous parler… J’ai dit s’il vous plaît, enlevez mon fils du sol».

Ce meurtre intervient dans un contexte de recrudescence de la colère populaire à l’égard de la violence policière suite à la diffusion d’une vidéo montrant des policiers de Virginie agressant un lieutenant noir de l’armée à un contrôle routier en décembre, et le meurtre d’un garçon de 13 ans par la police de Chicago fin mars.

Il intervient au moment du procès de l’ancien policier de Minneapolis Derek Chauvin pour le meurtre il y a presque un an, le 25 mai 2020, de George Floyd. Ce meurtre, filmé par un passant et mis en ligne, a déclenché des manifestations multiraciales massives aux États-Unis et à l’international pour demander la fin du racisme et de la violence policière.

La police anti-émeute les a accueillis par des tirs de gaz lacrymogènes, de balles de poivre et de balles en caoutchouc.

Les tensions sont restées élevées dans la région de Minneapolis depuis les manifestations de l’année dernière, la classe dirigeante étant extrêmement nerveuse quant à la réaction au procès de Chauvin. En préparation au procès, on a fortifié le centre gouvernemental du centre-ville de Minneapolis par des clôtures, des barrières en béton et des fils barbelés. On a aussi déployé la Garde nationale aux points de contrôle ; celle ci est en stand-by pour une réaction rapide à des manifestations.

Les manifestants se sont rassemblés près du site où Wright a été abattu et devant le commissariat de police de la ville, dimanche. La police anti-émeute les a accueillis par des tirs de gaz lacrymogènes, de balles de poivre et de balles en caoutchouc. On a rapidement dépêché des troupes de la Garde nationale pour renforcer la police. Celle-ci a arrêté 40 personnes lors de manifestations lundi soir, la plupart pour avoir enfreint le couvre-feu de 19 heures imposé dans la région des ‘villes jumelles’ [Saint-Paul/Minneapolis].

La police de Brooklyn Center a rapidement déclaré que le coup de feu tiré par Potter dans la poitrine de Wright était une «décharge accidentelle» après qu’elle ait confondu son arme avec son Taser. On peut entendre Potter crier «je vais te taser» sur la vidéo de la caméra corporelle avant d’ouvrir le feu et de s’exclamer «Putain de merde! Je l’ai abattu». Potter a été placée en congé administratif rémunéré avant de démissionner de la police mardi.

Potter, qui a une longue expérience dans la police, était officier de formation au moment du meurtre, ce qui rend peu probable qu’elle ait confondu son arme avec un Taser. La police avait avancé un argument similaire de «confusion du Taser» pour tenter de justifier le meurtre d’Oscar Grant à Oakland, en Californie, en 2009.

Wright est la sixième personne tuée par la police de Brooklyn Center depuis 2012. La ville a versé 490.000 dollars pour régler sept cas d’‘inconduite policière’ entre 2007 et 2017. L’État du Minnesota a enregistré 207 personnes tuées par des policiers ces deux dernières décennies, soit une moyenne de près d’une mort par mois. Au niveau national, l’épidémie des violences policières a maintenu son rythme en 2021, près de trois personnes tuées chaque jour.

Cette vague incessante de violence policière s’est poursuivie jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, peu importe qui est au pouvoir, démocrates ou républicains. La violence policière est une caractéristique du système capitaliste, un ordre social et économique qui exploite le travail de la classe ouvrière au profit d’une petite minorité au sommet de la société.

Daunte Wright

La brutalisation quotidienne des communautés et des jeunes de la classe ouvrière n’est pas une question raciale, mais une question de classe. Les protestations qui ont éclaté à la suite du meurtre de Wright doivent être développées en tant que mouvement de classe. Déjà des expressions croissantes d’opposition se font entendre. Des grèves se développent pour de meilleurs salaires et conditions de travail, comme celles des mineurs de Warrior Met Coal en Alabama, des métallurgistes de ATI en Pennsylvanie et des étudiants diplômés de l’Université de New York et celle de Columbia (New York).

En même temps, le développement de l’opposition à l’exploitation capitaliste doit être lié à l’opposition à la violence policière. Les travailleurs ne doivent pas rester sans rien faire et permettre à la police de tuer en toute impunité. Les forces de police militarisées qui harcèlent et tuent des individus se retourneront contre l’ensemble de la classe ouvrière.

Le Minnesota a une puissante tradition de lutte des classes. Au cours de ces luttes, elle a fait d’amères expériences avec la police. La première période s’est étendue des grèves des mineurs de fer au début des années 1900 jusqu’à la grève générale de Minneapolis en 1934. Durant cette dernière, les travailleurs dirigés par des organisateurs syndicaux socialistes ont combattu avec succès la police et les nervis patronaux. Plus tard, de 1985 à 1986, il y eut la bataille acerbe des travailleurs de Hormel. La police et la Garde nationale se rangent toujours du côté des patrons, agissant en jaunes et protégeant les briseurs de grève, tout en tabassant et en tuant les travailleurs.

Les plus riches ont augmenté leur richesse de 4,1 billions de dollars tandis que des millions de personnes ont été mises au chômage

Malgré les revendications du Parti démocrate et de Black Lives Matter – qui prônent une plus grande diversité raciale, une surveillance civile et l’utilisation de caméras corporelles – la police s’est montrée imperméable aux réformes. Les démocrates ont rejeté les demandes populaires visant à «définancer la police». Le président Joe Biden a appelé à un financement accru et a donné pour 33 millions de dollars d’équipement militaire à la police dans ses premiers mois au pouvoir.

La vice-présidente Kamala Harris, ancien «flic en chef» de Californie, a tweeté lundi : «notre nation a besoin de justice et de guérison». Mais, l’épidémie de violence policière se poursuit de la même manière qu’avec le président Donald Trump. La rhétorique a peut-être changé, mais le règne de la violence policière reste le même.

Les manifestations qui ont suivi le meurtre de Wright expriment une authentique indignation face aux violences policières et à la brutalisation quotidienne de la population. Les tensions sociales ont éclaté après une année de pandémie de COVID-19, qui a tué plus de 576.000 Américains et bouleversé la vie de millions de personnes. Pendant ce temps, la société américaine n’a fait qu’accroître les inégalités. Les plus riches ont augmenté leur richesse de 4,1 billions de dollars tandis que des millions de personnes ont été mises au chômage, contraintes de subsister avec l’aide sociale ou de retourner travailler dans les usines, les entrepôts et les écoles où se propage le virus.

C’est ce degré historique d’inégalités sociales que la police a pour mission de défendre. Les démocrates soutiennent la police et mettent en œuvre la répression des manifestations, comme au Minnesota. Ils ont promu le récit que la violence policière était fondamentalement une question de race, cherchant à monter les travailleurs, qui en sont les premières victimes, les uns contre les autres.

Si l’on peut tirer une leçon de la dernière période de manifestations anti-violences policières, c’est qu’elles ne peuvent rester isolées ou être détournées vers la politique identitaire raciale de la classe moyenne. Il faut que les sections les plus larges des travailleurs apportent leur soutien aux manifestations contre le meurtre de Wright ; celles-ci doivent être pénétrées d’une compréhension des problèmes de classe en question. La police est une institution qui opère pour protéger les intérêts de la classe capitaliste et pour défendre l’État contre la classe ouvrière.

Il faut tirer les leçons de la lutte des classes. Les protestations ne suffisent pas. L’opposition à la violence policière doit être liée aux problèmes plus larges auxquels la classe ouvrière est confrontée, depuis les inégalités sociales jusqu’à la pandémie de coronavirus à laquelle on permet de décimer les travailleurs et leurs familles dans l’intérêt des riches. Lutter pour mettre fin à la brutalité policière signifie reprendre le combat pour mettre fin au système capitaliste et pour établir le socialisme aux États-Unis et dans le monde.

 

Wsws 14 avril 2021

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