Le Comité de pilotage des états généraux sectoriels recommandera-t-il la démission et le jugement de Jovenel Moïse pour crimes économiques?

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Jovenel Moïse est entouré d’une équipe de comédiens aux idées saugrenues.

                                      « Je prie »
Pour que l’on se souvienne
Que toute vie humaine
Est sacrée
Et que celui qui se détruit
Et la détruit chez les autres
Détruit l’ordre du monde »
Martin Gray

Les questions liées au déclin économique des sociétés mal loties ne doivent pas être posées en termes de « fléau », mais de « scandale ». À ce carrefour, nous rejoignons Amartya Sen, Joseph Stiglitz, Éric Toussaint Clifford Cobb, Susan George et tous les autres essayistes qui ont abondamment élaboré sur la problématique de la disette, de la pauvreté et de la misère.

Les sociologues, les économologues qui étudient le phénomène de l’inflation globale nous apprennent que les pays riches, spécialement les États-Unis, utilisent  le quart de la production céréalière mondiale pour nourrir leurs animaux, et qu’ils en gardent aussi la moitié pour alimenter leurs habitants. Par conséquent, il n’en reste pas beaucoup pour l’Afrique,  l’Asie et l’Amérique Latine. Si le pain arrive à manquer, si des enfants crèvent comme des rats dans les régions frappées par la sécheresse rigoureuse, ce n’est nullement à cause d’un  recul de l’agriculture vivrière au niveau du globe terrestre. Il s’agit plutôt d’une situation de  gaspillage volontaire des denrées alimentaires  pratiquée avec mépris, acharnement et méchanceté par les pays industrialisés, au grand dam et à la déception des couches sociales misérabilisées.

Plusieurs Intellectuels de tendance progressiste ou révolutionnaire, parmi lesquels nous retrouvons Susan George, Jean Ziegler, John Perkins, Noam Chomsky… n’ont pas peur d’accuser les États impérialistes de contrôler la nourriture produite dans le monde pour mieux exercer et étendre leur puissance hégémonique. La nourriture est donc devenue non solum une affaire de « profit », sed estiam une arme terrible qui accorde à l’Occident un « pouvoir de vie et de mort » sur les populations défavorisées par le sort. Susan George, philosophe, essayiste, qualifie cette pratique de « colonialisme subtile ». Le chapitre 6 de son célèbre ouvrage, Comment meurt l’autre moitié du monde, traite de ce que l’auteur appelle « La pénurie organisée ». Cet extrait demeure révélateur :  « Lorsque nous parlons de la pénurie aujourd’hui – et la nourriture doit être bien rare, puisque des centaines de millions d’individus sont affamés – nous devons la placer dans le contexte politique de ces nations qui contrôlent largement le stock mondial de nourriture et énormes trust qui dominent le commerce alimentaire. Aujourd’hui, comme hier, la nature et parfois les politiques des gouvernements peuvent créer l’abondance, mais seuls les hommes peuvent créer la pénurie. D’après la règle la plus simple de l’économie libérale, une denrée de base manquante deviendra chère et celui qui la possèdera pourra faire de l’argent. Cette règle fondamentale est appliquée à une échelle globale, avec un succès considérable. »

Avec la présence des néoduvaliéristes dans tous les circuits du pouvoir politique, aucune réforme sérieuse, ou refonte radicale des institutions publiques amorphes, apathiques ne sera possible.

Il ne faut pas non plus oublier que la faim tue, et pousse également à tuer… Un être humain privé complètement de nourriture peut devenir aussi enragé que le loup de Gubbio. Du côté de Jean Rabel, en Haïti, dans les années 1960, alors que la sécheresse faisait rage, un père écorcha le nouveau-né, en l’absence de sa concubine, afin de nourrir ses autres enfants affamés. Combien de crimes ne sont pas commis tous les jours à cause de ce monde maintenu sous l’emprise de la pauvreté extrême?

Aujourd’hui, on ne peut plus se contenter d’aborder les problèmes des États du Sud de façon hermétique, antiréaliste et métaphorique comme le poète Mallarmé, ou parabolique comme les Prophètes des époques anciennes. Il faut courageusement toucher la plaie du doigt. Quels sont les principaux États capitalistes qui s’amusent à fermer les portes du développement durable au nez des populations qu’ils ont identifiées avec les étiquettes de Tiers-monde, le concept de l’économiste et du démographe Alfred Sauvy ? La réponse ne passe par aucun couloir d’hésitation : les États-Unis, la France, le Canada, l’Allemagne et leurs autres acolytes du G7… Le clamer ouvertement occasionnerait pour les membres de certains groupes ou des individus l’annulation de leurs visas d’entrée en Europe et en Amérique du Nord, signifierait pour des organismes et des partis politiques « bidon » la perte des subventions substantielles en provenance des ambassades, des consulats et des institutions d’aide internationales liées aux intérêts du néolibéralisme.

Jean-Claude-Desgranges

En ce qui concerne Haïti, la solution des problèmes politiques, sociaux et économiques graves passe par l’atomisation de toute la charpente du système idéologique duvaliérien. Avant même de penser à mettre sur pied un quelconque comité de conférence nationale pour réfléchir, rédiger et proposer à la Nation un document de salut global, il faut provoquer l’installation d’un gouvernement provisoire révolutionnaire (GPR) à la tête de l’État. Avec la présence des néoduvaliéristes dans tous les circuits du pouvoir politique, aucune réforme sérieuse, ou refonte radicale des institutions publiques amorphes, apathiques ne sera possible. En réunissant quelques cerveaux stériles au sein d’un comité de pilotage des « états généraux sectoriels » (CPEGS), l’inculpé Jovenel Moïse cherche à gagner du temps afin de retarder le démarrage de son procès pour blanchiment d’argent, et de détourner l’attention de l’opinion nationale et internationale sur le vol des 3 milliards 800 millions de dollars des fonds PetroCaribe. Les personnalités qui siègent au sein de ce comité opportuniste ne jouissent d’aucune crédibilité au niveau interne et externe. Elles ont déjà piteusement échoué sur les plans individuel et collectif. D’ailleurs, en tapant leurs noms sur le moteur de recherche de Google, les citoyens seraient surpris de découvrir des parcours personnels ou publics jalonnés de cas de fraude, de situations de corruption et de bien d’autres méfaits ou délits… Comme dit le proverbe : « À beau mentir qui vient de loin. »

Jovenel Moïse est entouré d’une équipe de comédiens aux idées saugrenues. Ces pseudo-Molière sont arrivés à mettre sur la scène politique un lot de marionnettes, parmi lesquels Jean-Claude Desgranges, Rosny Desroches, Evans Paul, à qui ils ont confié la tâche de replacer Haïti sur la carte de l’eschatologie mondiale. C’est tout simplement du  mauvais théâtre de rue pour éteindre la conscience des miséreux des bidonvilles  que le palais national de Jovenel Moïse, Wilson Laleau et le parlement de Joseph Lambert, Gary Bodeau, Youri Latortue considèrent comme des scories humaines, des moins-que-rien qui méritent bien leurs malheurs.

Haïti est comme Mikhaïl Vlassov, le personnage gorkien, qui creva d’une hernie, parce qu’il refusait l’intervention chirurgicale commandée par son médecin traitant. Cette République est sur le point de rendre son dernier soupir, mais ses filles et ses fils refusent de lui administrer les médicaments qui soient capables de la retourner à la vie : l’insurrection populaire, la désobéissance civile, le chambardement sociétal… Bref,  le dépérissement de l’État bourgeois au profit de l’éclosion d’une Révolution politique à l’instar de la Chine, de Cuba, de la Russie soviétique, du Venezuela… Sans y aller avec le dos de la cuiller, le salut de la République d’Haïti passe – comme le dirait Marc Paillet – par les émeutes, les échauffourées, les grèves, les manifestations, les barricades, les pneus enflammés… Haïti doit entrer en guerre contre les intérêts bourgeois, l’exploitation patronale, la maltraitance impériale. Les combattants ne montent pas au front avec leur gorge,  leurs pieds chaussés de vieilles sandales, de tennis fatigués et des branches d’arbres qu’ils  agitent avec leurs bras affaiblis par le chômage et la privation. L’ennemi ne capitulera pas. Aujourd’hui, les sons des trompettes sont insuffisants pour renverser les murailles de Jéricho que symbolise le néolibéralisme.

Jean-Claude-Desgranges et tous les « opportunistes » qui gravitent autour de lui n’ont ni la compétence politique, ni l’expérience requise, ni la formation adéquate, ni l’idéologie nécessaire, ni la conviction révolutionnaire pour ouvrir la voie du changement sociétal, politique économique et culturel devant la République d’Haïti. Le comité de pilotage des « états généraux sectoriels » du délinquant Jovenel Moïse rassemble une vingtaine de « têtes de linotte », de « dépersonnalisés » et de « dégonflés ». Ces palefreniers du néocolonialisme n’auront jamais le courage de recommander la démission de Jovenel Moïse pour que celui-ci et son épouse répondent des crimes économiques graves qui leur sont reprochés.  Qui dit le contraire? Birds of a feather flock together (Qui se ressemble s’assemble).

« On peut tuer celui qui dit la vérité; mais on ne peut pas tuer la vérité elle-même ni ceux qui l’ont entendue. »
(Antoine Claude Gabriel Jobert, Le trésor des pensées, 1852)

La population haïtienne doit retrouver l’esprit du 7 février 1986. Mais cette fois-ci, il lui faut dénicher un « leader », une femme à l’effigie de Winnie Mandela, un homme à l’image d’Omar al-Mokhtar, capable de la former, de la guider, de l’accompagner, de combattre vaillamment à ses côtés. La lutte des pauvres dépasse la vision bornée, faiblarde, peureuse des politiciens haïtiens traditionnels. Ces derniers ne sont pas formés dans les objectifs et les contraintes du combat de la révolution populaire mondiale que nous prônons dans le Journal Haïti Liberté. Une pareille entreprise exige le « sacrifice de soi ». Impose la transcendance de la mort par la prison, la torture, l’exécution sommaire. Lisez ou relisez ce passage merveilleux du livre de Maxime Gorki, La mère, paru en 1906, avant la révolution d’octobre. Vous comprendrez également que l’œuvre monumentale léninienne ne fut pas le fruit d’une journée. Elle était conçue, préparée; et avait mûri. Ce récit est un témoignage de courage exemplaire.

« Pélaguée voyait qu’on s’emparait des papiers, qu’on les cachait dans les poches, dans les poitrines. Elle reprit de nouveau courage. Elle prenait des liasses de feuillets dans la valise et les lançait à droite et à gauche, dans les mains avides et prestes.

— Savez-vous pourquoi on a condamné mon fils et tous ceux qui étaient avec lui ? Je vous le dirai ! Croyez-en mon cœur de mère ! Hier on a condamné des gens parce qu’ils vous apportaient à tous la vérité sainte ! Hier j’ai appris que cette vérité avait triomphé… personne ne peut lutter avec elle, personne !

La foule, qui gardait un silence étonné, devenait de plus en plus dense, entourant la mère d’un anneau de corps vivants.

— La pauvreté, la faim et la maladie, voilà ce que le travail nous donne ! Tout est contre nous. De jour en jour nous crevons de travail, nous souffrons de la faim et du froid, toujours dans la boue et dans la tromperie ; et ce sont d’autres qui se gavent et se divertissent au prix de notre labeur !… Comme des chiens à l’attache, on nous retient dans l’ignorance ; nous ne savons rien, et dans notre poltronnerie, nous avons peur de tout ! Notre vie, c’est une nuit, une nuit sombre ! C’est un affreux cauchemar. N’est-ce pas vrai ? »

Vous avez sans doute remarqué la tonicité de cette proposition déclarative : « Dans notre poltronnerie,  nous avons peur de tout. » Voilà la cause de la « perdurabilité » de la misère des masses, de l’exploitation de la classe ouvrière, de la persécution politique infligée par les gouvernements dictatoriaux à leurs citoyens ou à leurs sujets. Les Haïtiens ont vécu cette situation d’humiliation sociale alimentée par la peur de mourir sous le règne des Duvalier. Le peuple se retranchait dans le mutisme et l’immobilisme pendant que Fort-Dimanche égorgeait des militants, des rebelles antimacoutiques. François fusilla en public Numa et Drouin. Des centaines d’individus assistèrent à la scène, sans réagir. Sinon que par des gémissements silencieux et par des larmes subtiles. Comment un petit groupe de « voyous » peut-il s’arroger le droit de persécuter une population estimée à des millions d’habitants? L’exemple de Thiotte, dans le Sud-Est d’Haïti, ces vaillants villageois qui ont mis en déroute et désarmé les policiers de la Brigade d’intervention contre l’insécurité foncière (BRICIF), dans une affaire de terres litigieuses, devrait être adopté par l’ensemble des  populations planétaires dans ce climat de dégradation sociétale mondialisée. C’est la leçon de bravoure qu’il faut retenir des paroles héroïques de mère Pélaguée.

Les courants de décadence formés par les eaux déchaînées  de la « stérilité politique », les vagues houleuses du manque de « vision économique » finiront certainement – si rien n’est fait à ce niveau pour réorienter, viabiliser la politique interne et externe de l’État agonisant – par engloutir ce pays de la Caraïbe dans un confluent tumultueux d’autodestruction ?

Jacques Ellul [1] – nous l’avons déjà rappelé dans l’un de nos précédents textes réflexifs – a écrit trois mots que nous mémorisons jalousement : « Exister, c’est résister ».  Nous en ajoutons nous-mêmes trois autres : « Vivre, c’est Lutter. »

Nous allons tenter – mais humblement – d’aller un peu plus loin, en essayant d’élargir le cadre de la devise ellulienne. C’est Albert Jacquard  – en revisitant probablement l’œuvre philosophique de Plutarque – qui nous permet vraiment de tracer les droites parallèles  qui différencient « exister » de « vivre ».  Plutarque écrit : « Il faut vivre et non pas seulement exister. » Victor Hugo le rejoint en ce sens : « Ce n’est rien de mourir, c’est affreux de ne pas vivre. »

L’individu existe dès sa naissance. Il respire, mange, boit, rit, pleure, marche, court… Mais ce n’est pas tout. Tout le long de son passage sur la terre, il va se sacrifier, aliéner sa liberté pour se construire une « vie ». Il est intégré et maintenu dans le cercle rigoureux des agences de socialisation. Pour être utile à sa communauté, contribuer au développement sociétal, il faut qu’il aille à l’école, apprenne un métier, fonde un foyer, éduque –  dans bien des cas – des enfants qui doivent assurer la relève, afin de garantir, d’une part, la pérennisation de la patrie, et d’autre part, d’améliorer et préserver les expressions de la culture ancestrale. C’est seulement ainsi que l’être humain puisse devenir une « personne » et accéder ensuite au statut de « citoyen ». En sortant de la société de nature pour fonder cette entité morale et légale qui s’appelle l’État, il a manifesté lui-même son intention de rompre avec le tribalisme primitif pour se construire un mode de civilisation qui soit capable d’humaniser les conditions de son existence terrestre. L’individu a donc sciemment désappris la vie de sauvagerie et de barbarie pour apprendre à se soumettre à la Loi. Et il l’a fait dans la dynamique du révélateur « contrat social » rousseauiste : renoncer à ses droits naturels – au sens où Althusser le souligne – et obéir à des normes sociales, morales et religieuses qui garantissent le bien-être individuel et collectif.

L’existence de l’État est donc historique. Sa fonction essentielle consiste à réguler les tensions et les conflits interindividuels, intergroupusculaires afin de prévenir les situations  qui peuvent conduire à l’explosion sociopolitique. Cependant, toutes les études axées sur les véritables caractéristiques de l’État concluent qu’il est né avec une malformation congénitale. Il n’est pas neutre. Et avec le surgissement de l’ère industrielle, le mode de fonctionnement de l’État s’aligne nettement sur les intérêts politiques et économiques de la classe dominante. Il est devenu un instrument de répression pour l’élargissement des champs « fructifiants » du capital. L’approche de l’analyse « gramscienne » de l’État nous permet de comprendre que les masses exploitées sont également blâmables de leur situation à plusieurs niveaux. Elles ont aidé –  par les habitudes de vie qu’elles ont développées et adoptées dans le système capitaliste – l’ « idéologie bourgeoise » à  « hégémoniser » leur conscience. Elles ont donc inconsciemment consenti aux conditions dégradantes de leur domination et de leur exploitation. Dans les circonstances que nous décrivons, aucun changement social, économique et politique ne peut être « réalisé » sans que les élites progressistes envisagent la mise en place d’un système de rééducation viable, capable de préparer et d’adapter la mentalité de la classe ouvrière et syndicale aux impératifs de l’idéologie de la lutte pour le « désasservissement » des marginalisés.

Albert Jacquard déclare : « Mon objectif, ce n’est pas de construire la société de demain, c’est de montrer qu’elle ne doit pas ressembler à celle d’aujourd’hui. »

Les tristes réalités économiques dans lesquelles végètent les peuples des ghettos du Nord et des bidonvilles du Sud poignardent la dignité humaine dans le dos. Le sang des inégalités sociales inonde le monde contemporain. Chômage, famine, analphabétisme, délinquance, variance… deviennent le lot quotidien des infortunés de la planète. La société globalisée est d’une laideur terrifiante. Il faut la démolir, repenser une nouvelle architecture et tout reconstruire. Comme le « Créateur » l’a fait par le « Déluge ». Cependant, il faut pour cela provoquer l’émergence symbolique d’un « Noé [2] charismatique » pour préserver et nourrir les espèces qui soient capables d’incarner la « société de demain »  dont parle le généticien français. Plusieurs penseurs humanistes le prédisent : la « propriété privée », l’ « enrichissement individuel » pratiqués en mode de disproportion honteuse – en comparaison bien entendu  au train de vie précaire mené par les  masses populaires paupérisées – détermineront la cause ultime – selon l’approche phénoménologique aristotélicienne – du cataclysme socioéconomique qui acheminera l’Humanité vers l’apocalypse. Donc, vers sa perte totale…!

C’est insensé que la majorité  accepte de s’appauvrir pour permettre à l’oligarchie de s’enrichir à ses dépens. Celle-ci a conçu et planifié pour le salariat un mode de vie qui procure une illusion de bonheur. Et naïvement, ce dernier a laissé le piège se refermer sur lui. Sans tempêter. Sans même s’en rendre compte. Tout autant que les tenants du système économique et financier seront capables de « surfragiliser » les conditions sociales des ouvriers et ouvrières, petits fonctionnaires et employés, de les aliéner par les procédés désobligeants de l’octroi des prêts hypothécaires à l’habitation, à l’achat du véhicule et de la délivrance des cartes de crédit – bien sûr, en y ajoutant de surcroît, comme le comble de l’aliénation, les fameuses  réalisations des émissions de téléréalité, les organisations des compétions sportives locales et internationales, les festivals de cinéma et de musique, les défilés carnavalesques – ils garderont la ferme conviction que les vents de la « Révolution » ne traverseront pas de sitôt le désert des frustrations massives.

Nous le croyons bien et voulons poser la question comme Nietzsche [3] : « L’homme est quelque chose qui se doit dépasser : qu’as-tu fait pour cela? »

L’existence quotidienne est devenue un boulet de canon attaché aux pieds du « pauvre ». Maintenu dans un état d’ « expectativisme naïf », celui-ci nage péniblement  dans l’océan de sa misère. Cependant, il sait que, à bout de force, il va se noyer au bout du compte  dans l’indifférence de ses bourreaux…Et d’autres zombis, à tour de rôle,  viendront occuper sa place pour que le train de la mondialisation continue à se déplacer sans ambages sur les rails de l’exploitation cruelle de l’être humain.

Les cimetières du monde sont remplis de fosses en terre battue des travailleuses et des travailleurs d’usine, des mineurs décédés du cancer de poumon et de la tuberculose, des institutrices et des instituteurs mal payés emportés par la faim et le froid. Ils ont agonisé, sans médicament, dans leur vieille chaumière. Ou  dans un hôpital insalubre, sous-équipé pour indigents. Pourtant, ils ont voté un « président » ou se sont assujettis au « roi » ou à la « reine ».

Nous avons évoqué dans notre démarche la pensée marxienne qui accentue sur l’importance du phénomène de dépérissement de l’État répressif dans la société révolutionnaire. Lénine suggère lui-même la fondation de l’État prolétarien pour remplacer le premier qui servait les intérêts des oligarques corrompus. Cependant, en explorant les régimes politiques de droite ou de gauche, nous nous rendons compte que ni les uns ni les autres n’ont pu répondre à la problématique aristotélicienne sur le modèle de gouvernement qu’il faudrait instaurer pour garantir le bien-être matériel et psychologique de l’individu. Aristote associe le syntagme nominal de « communauté politique » à la notion de « vie heureuse ». En clair, « vivre ensemble » pour « bien vivre ». Toutes les théories développées en sciences humaines pour tenter de pallier l’absence de solution aux situations de souffrances des êtres échouent, comme un bateau, dans le banc de sable de l’inappropriation et de l’inefficacité. Elles ont toutes montré leurs limites et leur irrationalité. Il ne s’agit pas d’aménager ici une plateforme quelconque d’idées et de débats pour apologiser le communisme et diaboliser le capitalisme. L’un paraît illusoire, l’autre  est impitoyable. Il faut que les philosophes contemporains avant-gardistes réfléchissent sur la nécessité de découvrir d’autres concepts qui traduisent et imposent des réalités sociopolitiques et économiques plus justes.

Nous ne faisons pas du tout référence à l’ « égalitarisme hallucinatoire ». Rien n’est égal dans la nature. Et il ne faut pas oublier que l’ouvrage de Thomas More qui a tenté la démarche de l’égalité des êtres et des choses s’appelle L’Utopie. Le gouvernement idéal n’a jamais existé. N’existera probablement pas. Il reste tout simplement à l’individu d’en inventer un modèle qui puisse tant bien que mal rendre sa vie sur la terre plus ou moins supportable.

Voilà le sens de nos réflexions! L’essence du bien-fondé de notre persistante plaidoirie politicoéconomique et socioculturelle…!

Robert Lodimus

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Références

.[1] Jacques Ellul, L’illusion politique.

[2] Prophète de l’Ancien Testament.

[3] Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Éditions Gallimard.

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