La République d’Haïti est devenue un pays sans destination, sans idéologie et sans mémoire…

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Le premier ministre anticonstitutionnel Ariel Henry avec ses supporteurs du Parti haïtien des tèt kale (PHTK) et ses nouveaux associés du Secteur démocratique et populaire (SDP)

« L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur, s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère. »
Thomas Sankara

 

Dans les régions du Sud, déchirées entre l’exploitation et la démence hégémonique, la presse ne doit pas tambouriner naïvement sur des pseudo-principes de neutralité. L’objectivité journalistique est remise en question dans plusieurs études. Il ne faut pas confondre objectivité et vérité. La journaliste et essayiste Stéphanie Martin rapporte que selon certains auteurs comme Pierre Bourdieu, « Les médias seraient donc un outil puissant qui servirait à maintenir une idéologie dominante. » La presse qui évolue dans les zones périphériques où les  populations sont abandonnées à elles-mêmes, sans capacité intellectuelle et sans moyen financier, devra finalement « choisir son camp ». Comme le  conseille, dans un autre contexte, le personnage d’un roman de  Graham Greene.  Car son rôle historique est de guider et d’accompagner la lutte des masses. La République d’Haïti a besoin d’une « presse militante » qui n’a pas peur de « mordre la main de ceux qui lui donnent à manger », lorsque ces derniers transgressent la Loi, menacent et bafouent les Intérêts de la Nation.

Naître, grandir, vieillir et mourir en Haïti sont lourds de cauchemars et d’épreuves. Inestimables de conséquences. Comment passer toute une existence à louvoyer sur un océan d’obstacles anguleux, presque insurmontables, sans en apporter les séquelles avec soi dans la tombe? Les héros de la guerre de l’indépendance, qui se reposent dans les ténèbres de la mort, regardent leurs descendants avec tristesse et amertume. Les Haïtiens qui leur ont succédé ont détruit leurs rêves. Les misérables n’ont pas pu s’élever à la hauteur des sacrifices qu’ils ont consentis eux-mêmes pour casser les chaînes de la servitude abominable le 18 novembre 1803 à Vertières.

En ce début de l’année 2023, soit deux cent vingt ans après, le peuple haïtien traîne encore derrière lui des sacs remplis de tribulations, sous  un soleil froid d’incertitude et d’inquiétude qui glace le cœur et gèle le sang. Où chercher encore le chemin de ce « Canaan »? Pas le « Canaan » des gangsters qui terrorisent Port-au-Prince et ses banlieues ! N’est-ce pas la recherche acharnée et incessante de ce lieu de rédemption, de salut et de sécurité qui explique la présence de tous ces compatriotes aux États-Unis, en France, au Canada, en République dominicaine, aux Bahamas et ailleurs? Malgré les soubresauts de la désillusion et les entailles abyssales de la déception, ceux qui partent ne peuvent pas revenir sur leurs pas.  Devrions-nous étayer cette constatation par une statistique inférentielle? Les expatriés de la violence ou de la misère sont incomptabilisables. La plupart d’entre eux se retranchent dans la clandestinité totale. Ils n’existent tout simplement pas pour les États des pays dans lesquels ils survivent difficilement en exécutant des tâches ingrates et précaires. On les retrouve le plus souvent dans les activités domestiques et agricoles : travaux ménagers, gardiennage, cuisine, jardinage, cueillette de fruits et de légumes… En principe, ils ne sont ni vus ni connus… Des anonymes sans droit. Sans statut. Des moins que rien.  À bien y penser, « Canaan », ce mot béni des Saintes Écritures, existe-il dans le paysage social et le langage politique de la République d’Haïti? Serait-ce parce que ce peuple prisonnier de l’Égypte occidentale n’a pas décidé de compléter la traversée du désert qu’il est devenu « Sisyphe » sur une terre de sacrifices et d’héroïsme?

Les personnalités qui militent pour la cause des masses populaires et qui auraient pu réellement concevoir un projet de société viable en faveur des démunis n’ont pas les moyens financiers de briguer les postes électoraux. Si par hasard ils arrivent à le faire avec l’appui de quelques citoyens conséquents et progressistes, ils sont soit destitués par un coup d’État planifié et financé par les pays occidentaux, soit assassinés cyniquement par des extrémistes de droite, antinationaux, avec l’aval, là encore,  des « vermines » de l’environnement extrasociétal. Nous ne faisons pas allusion à Jean-Bertrand Aristide qui n’était pas préparé pour la gouverne politique d’un État. En ses qualités de prêtre et d’activiste politique, l’histoire retiendra, très certainement, ses contributions importantes et utiles à l’avancement du combat des masses populaires contre le néocolonialisme.  Loin de nous aussi l’idée, – spécialement dans ce contexte –, de faire référence à l’exécution sommaire de Jovenel Moïse commanditée par une mafia politique et économique nébuleuse pour cause de déloyauté.

Le bilan historique, politique, social, économique, culturel et environnemental de la République d’Haïti est désastreux. La population, presque dans son ensemble, ne pense qu’à fuir.  Des étudiants abandonnent leurs facultés pour devenir manœuvres sur les chantiers de construction ou journaliers dans les plantations agricoles. Ils ont accepté, après plusieurs années de sacrifices sur les bancs de l’école, de s’abrutir dans des activités de travail qui n’ont rien à voir avec leurs rêves originels. La décision migratoire de Joe Biden en faveur du Venezuela, Nicaragua, Cuba et Haïti participe plutôt, à notre avis, d’une stratégie cynique d’appauvrissement des ressources intellectuelles et matérielles des États périphériques. L’exode humiliant, dans les conditions que l’on sait, est une arme de destruction massive utilisée par les puissances occidentales pour ralentir ou freiner le développement des pays qui luttent pour accéder à l’autodétermination. Brésil a régularisé le statut de plusieurs dizaines de milliers d’immigrants haïtiens. La plupart des « malheureux bénéficiaires » demeurent des jeunes qui ont interrompu leurs études supérieures pour échapper à l’exclusion sociale, des paysans qui ont abandonné leurs lopins de terre que la sécheresse a « décultivabilisés », en gardant l’espoir de se distancer de la pauvreté extrême. Néanmoins, tout ce que ces « claquedents » sont parvenus à faire, c’est  d’échanger les bidonvilles de Cité soleil, de Solino, de La Saline, de La Fossette, de Raboteau … contre les ghettos des États-Unis et du Canada, les « cités de banlieue » en France, les favelas du Rio de Janeiro, les « campamentos » du Chili, les « bateys » de la République dominicaine : Harlem, Fort Pierce, Belle-Glade, Saint-Michel, Montréal-Nord, cité des 4 000 à La Courneuve, Rocinha, Cantagalo… Après le tremblement de terre, Sénégal, la patrie de Léopold Sédar Senghor, –  le poète controversé de la négritude –, a accueilli une quantité considérable de sinistrés. Que sont-ils eux-mêmes devenus?

Sur les trottoirs des mégapoles nord-américaines et européennes, une frange importante de l’intelligentsia haïtienne erre au gré des vents. Sans emploi décent. Sans revenu suffisant. Sans espoir de retour dans leur patrie. En faisant un clin d’œil à Jean-Paul Sartre, le « Diable » a pris possession de leur pays pour faire le « Mal ». La famine frappe des millions de paysans haïtiens. La sécheresse sévit partout. Le soleil brûle les terres et les plantes. Alors que le premier ministre anticonstitutionnel Ariel Henri avec ses supporteurs du Parti haïtien des tèt kale (PHTK) et ses nouveaux associés du Secteur démocratique et populaire (SDP), – ceux-là qui déclaraient la guerre à Jovenel Moïse –, vident scandaleusement les caisses de l’État. Les petits fonctionnaires revendiquent des arriérés de salaires qui totalisent plusieurs mois. Le pays se porte mal à tous les niveaux. Le choléra a refait surface. L’insécurité ouvre sa gueule. La mort bouscule la vie.  Les maisons se transforment en forteresse. Grillages d’acier à toutes les portes et fenêtres. Les habitants n’habitent plus chez eux. Ils s’y enferment. Et attendent le pire. Le pire, ce sont les bandits de Vitelhomme, de Ti Lapli, d’Izo et de tous les autres qui émergent avec leurs armes comme des baleines dans l’océan. Violent sauvagement. Assassinent sans pitié. Kidnappent. Incendient. Et disparaissent. Sans être inquiétés. Au pays d’Ariel Henri et de ses supporteurs internationaux, l’odeur de la prostitution mâle et femelle monte jusqu’aux portes du ciel. La République d’Haïti est prise en otage par ses ennemis traditionnels qui se retranchent dans le Core Group. Depuis l’arrivée incongrue de la bande mafieuse des « crânes glabres », des truands assautent la gouvernance de l’État et transforment la République de Dessalines en écurie d’Augias, le roi d’Elis. Et, malheureusement, nous attendons encore la venue d’un Héraclès qui serait capable de nettoyer les étables encrassées par plus de deux cents ans de mauvaise gouvernance, de corruption administrative, de pillage des ressources nationales, de népotisme et d’opportunisme. Bref, Haïti dépérit sous les yeux impuissants de ses enfants amorphes, immobilistes, incompétents et affairistes.

Nous avons écouté avec attention les témoignages émouvants d’une fillette Kurde de 9 ans qui se confiait à une journaliste de France 24. Tout en nettoyant la kalachnikov qu’elle avait reçue des soldats du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), après plusieurs séances de formation militaire, la gamine déclarait : « Les djihadistes de l’État Islamique sont venus. Ils ont tué des hommes et emmené des jeunes femmes avec eux. Si j’avais mon arme, j’aurais défendu mon village. » Le comportement et la réaction de l’enfant légitiment bien l’idée de « violence en retour » imposée par Robespierre, l’un des artisans de la Révolution française. Cette violence n’est pas gratuite et méchante.  Elle est utilisée comme une arme de « progrès de la Liberté ». En reprenant les idées philosophiques de Kant, Herbert Marcuse rappelle que « la théorie et la praxis politiques reconnaissent des situations historiques où la violence devient un élément nécessaire et essentiel du progrès. » Ce paragraphe spécialement sert de réplique aux individus dégonflés qui ne cessent de répéter par ignorance aveugle : « Moi, je suis contre la violence. » Le phénomène de la violence n’est pas un terrain philosophique abordable pour les simples d’esprit et les  petits savants sans science. Le Mahatma Gandhi a dit lui-même : « Là où il n’y a le choix qu’entre la lâcheté et la violence, je conseillerai la violence. » Et nous réitérons nous-même notre enseignement: « Peuples de la terre, si par malheur vous devriez perdre, arrangez-vous pour que ce soit toujours en luttant. On ne meurt pas les bras croisés devant ses bourreaux. »

Si les bandits ont développé l’habitude cruelle d’envahir la cité, c’est parce qu’ils savent qu’il n’y a pas de chasseurs aguerris qui les attendent de pied ferme à tous les coins de rue. Si des assassins à bord des motocyclettes déclenchent la terreur à Port-au-Prince, c’est parce qu’ils détiennent – outre la complicité et la tolérance dont ils bénéficient de la part de certains secteurs du gouvernement et de la police – le pouvoir et l’assurance de tuer sans être tués. La population livrée au gangstérisme n’est pas elle-même armée. Seul un État révolutionnaire serait capable de résoudre les problèmes épineux inhérents à l’insécurité qui s’est institutionnalisée en Haïti. Sans nous prendre pour Hésiode, les États-Unis qui ont tué Sacco et Vanzetti,  le Canada qui a génocidé les amérindiens sur leurs terres, la France qui a assassiné Jaurès,  et les autres pays du G7 constituent une « boîte de Pandore » pour le peuple haïtien. Ils sont devenus comme la peste bubonique pour ce petit territoire de 27 750 kilomètres carrés.

Il est temps pour les Haïtiens de tourner la tête ailleurs. Vers des pays qui leur ressemblent, qui les respectent, qui les comprennent, qui ne les humilient pas, et qui seraient prêts à les aider à se hisser sur les rails du développement durable. Que les États-Unis, la France, le Canada, l’Espagne, le Japon, l’Italie, etc., menacent L’État haïtien d’embargo, comme Cuba en souffre depuis 1959, ou comme Israël traite la Palestine, qu’a-t-il encore à craindre et à perdre, lorsque le misérable a déjà tout subi et tout perdu ? Ne lui ont-ils pas enlevé cruellement le manteau et la tunique ? Ne l’ont-ils pas dépouillé de tout ? Que reste-il de sa souveraineté et de son indépendance ? De ses richesses naturelles ? Qu’est-il advenu des enfants que l’adoption internationale lui a enlevés et qui, devenus adolescents dans la maison de Potiphar,  pleurent de nostalgie, d’abandon et de désespoir? Certains d’entre eux auraient même été assassinés pour prélèvements d’organes.

Le Figaro a publié un article le 17 novembre 2011 sur le sort réservé en France aux enfants adoptés après le séisme du 12 janvier 2010 qui a occasionné près de 300 000 victimes. Cet extrait, comme vous le constatez,  est révélateur des problèmes gravissimes auxquels ces gamins dépaysés sont confrontés en terre étrangère :

« (…) Plusieurs enfants haïtiens ont été de nouveau abandonnés après leur arrivée en France, confiés à la Ddass par leurs parents adoptants. «Malade, difficile à s’insérer, parfois violent, l’enfant rêvé et l’enfant réel ne se rejoignent pas toujours, explique Hélène, pédopsychiatre, qui a reçu certains de ces cas. L’adoption est vraiment une greffe qui prend ou ne prend pas. » Encore moins quand elle répond à une logique humanitaire, comme le développe dans ses ouvrages le psychiatre Pierre Lévy-Soussan. «L’adoption internationale n’est pas une solution d’urgence, écrit-il. Il s’agit de construire une famille, pas de sauver des enfants.»

D’autres médias, après enquête journalistique, ont même dénoncé des scandales de trafic d’enfants. Jean Michel Caroit, correspondant du Quotidien Le Monde, rapporte le témoignage [5] de Sergio Abreu, un responsable de Vision mondiale :« Avant le séisme, les trafiquants, avec la complicité d’officiels des deux pays, vendaient les enfants haïtiens 5 dollars, pour les réseaux de mendicité, la prostitution infantile des deux sexes ou les travaux agricoles. Aujourd’hui, j’entends dire dans la zone frontalière que des étrangers paient jusqu’à 25 000 dollars pour adopter un enfant”, raconte-t-il. “Il est évidemment très difficile d’avoir des preuves, mais je ne serais pas étonné que certains de ces enfants soient victimes de trafiquants d’organes. »

Toujours selon Jean Michel Caroit : « Le trafic d’enfants à la frontière entre Haïti et la République dominicaine s’est intensifié ces dernières années. Selon une enquête réalisée, en 2002, par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au moins 2 500 mineurs haïtiens sont victimes de ce trafic chaque année. »

L’équipe gouvernementale de l’époque du tremblement de terre n’aurait-elle pas des comptes à rendre à la population haïtienne ? La République d’Haïti est mutilée et sacrifiée à tous les niveaux.

Tous les peuples de la terre fraternisent. Ils sont différents de leurs dirigeants politiques qui copulent avec le capitalisme monopoliste, qui adhèrent à la philosophie économiciste.  Au lendemain du violent séisme qui a dévasté Port-au-Prince, les citoyennes et citoyens canadiens, états-uniens, français, cubains, vénézuéliens, brésiliens… ont fait montre d’une générosité sans précédent envers Haïti. La solidarité entre les peuples existe. Et elle est sincère.

Les puissances internationales traitent les Haïtiens comme des bêtes sauvages. Elles  ne les considèrent pas comme des êtres humains qui pensent, réfléchissent et agissent lucidement en fonction de leur avenir. Pour elles, ces filles et fils d’esclaves  ne sont pas doués de raison. Et que dire des antipatriotes qui cultivent leur pays pour moissonner de l’argent sale et pour exercer le pouvoir personnel ?

Dans un pays étranglé par la misère et le chômage, nous constatons effectivement que les convictions idéologiques se cassent souvent comme une ficelle pourrie. On dirait que le logement, le véhicule, le pain, le lait et le sucre passent avant les « intérêts majeurs » de la société. Nous en voulons pour preuve la présence des pseudo-lavalassiens dans le « voukoum » politique des « bandits légaux ». Aujourd’hui, la plupart d’entre eux se sont convertis en défenseurs farouches du régime des kleptomanes, alors qu’ils léchaient hier encore, en public, les semelles des souliers du « prince » de Tabarre.

C’est avec les dix plaies d’Égypte que Moïse a libéré son peuple de l’esclavage pharaonique. Les méchants n’ouvrent pas leur cœur à la pitié. Le prophète dit dans le psaume 17 : « …Ils sont sur nos pas,  déjà ils nous entourent, ils nous épient pour nous terrasser. On dirait un lion avide de déchirer, un lionceau aux aguets dans son repaire… » Et David implore même son Dieu, afin qu’il vienne le « délivrer par son épée ».

Quand la « Nation demande des comptes », la constitution est révoquée. La morale souveraine reprend ses droits. Le contrat social est résilié. Le système associatif est repensé.

Vive la Révolution !

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