Italie : 40 000 travailleurs défient Amazon

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40 000 travailleuses et travailleurs du géant du commerce en ligne se sont mis en grève durant 24 h pour dénoncer les conditions de travail et pour revendiquer des salaires à la hauteur de leurs efforts

Ce lundi 22 mars, les syndicats italiens et leurs affiliés décidaient de frapper fort contre Amazon. 40 000 travailleuses et travailleurs du géant du commerce en ligne se sont mis en grève durant 24 h pour dénoncer les conditions de travail et pour revendiquer des salaires à la hauteur de leurs efforts.

Préparateurs et préparatrices de colis, chauffeurs-livreurs, intérimaires, CDI ou salariés des entreprises sous-traitantes, ils étaient 40 000 lundi à cesser le travail à l’appel des syndicats CGIL, Cisl et Uil. Une première mondiale. C’est en effet la première fois que tous les travailleurs d’Amazon dans un pays partent en grève en même temps. En cause, des salaires trop bas, une charge et un rythme de travail beaucoup trop élevés, le non-respect des règles en matière de santé et de sécurité, une instabilité de l’emploi des travailleurs des sous-traitants, etc.

Avec 3 travailleurs sur 4 en grève en moyenne, et 90 % des chauffeurs, « c’est une action réussie » selon les syndicats. « L’entreprise s’est énormément enrichie grâce à l’essor du commerce en ligne en période de pandémie et il est juste qu’elle redistribue une partie de cette richesse en termes de droits à ses employés. À ce jour, Amazon a toujours refusé de discuter avec les syndicats de la vérification des équipes, des charges et des rythmes de travail imposés, de la réduction du temps de travail des conducteurs, de la clause sociale et du maintien de l’emploi pour tous en cas de changement de contrat ou de fournisseur, de la stabilisation des travailleurs temporaires et intérimaires et du respect des règles de santé et de sécurité. (…) Nous attendons de l’entreprise qu’elle convoque une réunion dans un délai très court, autrement nous serons contraints de poursuivre la protestation. » (Il Manifesto, 23 mars 2021)

20 km par journée de travail

Les travailleuses et travailleurs d’Amazon sont épuisés. Comme Francesca Gemma, qui travaille 40 heures par semaine dans un entrepôt de jour comme de nuit, pour 1 300 euros net par mois. « Si cela ne tenait qu’à moi, je changerais tout de suite deux choses qui sont vraiment insupportables : les horaires et la répétitivité du travail », explique cette jeune trentenaire du Latium (centre du pays) au quotidien La Repubblica le jour de le grève. « Quand on est chargé du picking (préparation des commandes, NdlR) on doit faire le même mouvement pendant huit heures, debout à l’intérieur d’une sorte de cage. On n’a pas le choix. En quelques jours, vous attrapez des douleurs dans les bras, le dos, les genoux… »

Ou comme Giampaolo Meloni, qui fait le même boulot que Francesca mais 500 km plus au nord, à Piacenza : « Ce n’est pas possible de travailler deux ans au même endroit : on s’abîme le dos et les articulations. Il faut aller chercher les colis d’un côté à l’autre et cela signifie que vous parcourez en moyenne 20 kilomètres par journée de travail. (…) Le système est piloté par un algorithme, qui demande des chiffres. Ceux qui sont au sommet ne se soucient pas de savoir si ces chiffres sont obtenus dans de bonnes ou de mauvaises conditions. »

180 colis par jour

Les chauffeurs-livreurs, de leur côté, sont payés en moyenne 1 600 euros par mois. Pour ce prix-là, ils livrent jusqu’à 180 colis par jour, selon un itinéraire défini par l’algorithme dont parle Giampaolo.

On comprend donc la détermination de Maurizio Landini, Secrétaire général de la CGIL : « Le succès de la mobilisation exige des réponses de la multinationale et la réouverture immédiate des négociations pour parvenir à un accord sur les demandes des travailleurs en matière de salaires, de stabilité de l’emploi et de conditions de travail. »

Solidaire 24 Mars 2021

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