« Fantôme 509 » : terroristes ou travailleurs révoltés ?

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A Port-Au-Prince, des policier protestant en incendient des voitures de gouvernment pour exiger l'augmentation de leurs salaires et de meilleures conditions de travail

 Le Premier ministre Jouthe Joseph, premier dirigeant du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), a été estomaqué quand il a appris que le groupe de policiers baptisé « fantôme 509 « manifeste dans les rues de la capitale. Ce groupe « Fantôme 509 » a paru comme une force de pression du syndicat des policiers le vendredi 20 novembre dernier. C’est grâce à leurs protestations que le syndicat a eu gain de cause sur les dirigeants de la PNH. Aussi, ce n’est pas la première fois, ni d’aujourd’hui ni d’hier que ces travailleurs au sein de la police nationale sont en train de manifester leur colère et leur indignation contre leurs dirigeants ou leurs patrons  au sein de l’Etat haïtien.

Le syndicat de la police a été créé non sans heurt, pour forcer les patrons des policiers à améliorer leurs conditions de fonctionnement et à leur accorder un salaire décent de sorte qu’ils puissent bien servir et protéger la population. Charité bien ordonnée ne commence-t-elle pas par soi-même comme le stipule si bien l’adage. Comment un policier peut-il bien faire son boulot alors qu’il n’est pas protégé par l’institution qu’il représente et n’a même personne pour le servir. Les policiers dont la grande majorité pour ne pas dire la totalité sont issus des masses défavorisées et sont considérés non pas comme des humains par les acteurs des classes possédantes mais tout simplement comme un objet, un outil, un instrument à leur service et qui n’a aucun besoin, ne nécessite rien. 

C’est ainsi que les patrons en Haïti conçoivent leurs employés. C’est le même constat au niveau des entreprises de sous-traitance, des professeurs et enseignants, des médecins résidents qui sont obligés à longueur de temps de faire la grève pour recevoir leurs salaires. 

Actuellement des employés de plusieurs administrations de l’Etat sont en grève puisqu’ils ne reçoivent pas leurs salaires et ont des arriérés de plus d’une année.  Au niveau des usines de sous-traitance, les ouvriers ne cessent de lutter pour réclamer un salaire minimum décent.

  Les policiers crient leurs besoins ; ils ne font que demander un salaire répondant aux exigences de leur profession. Ils sont avant tout des ouvriers comme tous les autres dépendant d’un salaire de leurs employeurs. Et tous les travailleurs n’ont qu’une seule défense face à l’exploitation qu’ils reçoivent : l’arme de la grève et de la mobilisation dans les rues.

La simple différence entre les syndicats des professeurs, ceux des entreprises et des travailleurs de la santé et ceux des policiers réside dans le fait que la SPNH est une force armée. Détenteurs d’armes, ils se sentent et se savent en force, ce qui les mets dans une position qui les porte à ne pas avoir la patience de se laisser ridiculiser comme les autres travailleurs. Voilà pourquoi, ils utilisent leurs armes pour se défendre. « Baton ou gen lan men ou se avè l pou defann ou »

Les biens nantis n’auraient pas entendu leurs cris de désespoir et de misère n’eût été le tumulte qu’ils créent et que certains assimilent à la terreur. Leurs souffrances laissent les élites indifférentes sinon haineuses. Leurs revendications légitimes irritent le pouvoir.

Manifestation des travailleurs de la police pour exiger un salaire décent et de meilleures conditions de travail

 La pratique des élites bourgeoises ne fait que renforcer les inégalités. Elles vivent aisément sans se soucier des autres, ignorant que des gens ne peuvent se procurer la nourriture quotidienne bien qu’ayant un emploi, très précaire ; sont sans logis ou vivant dans des abris de circonstance, voire qu’ils puissent envoyer leurs enfants à l’école. Ils sont accusés de violence, mais que dire de la violence dans une société d’exploitation dirigée par ceux-là même générateurs de cette violence quotidienne s’exerçant quotidiennement sur des milliers de concitoyens vivant dans des conditions humainement déplorables.

Le nouveau Directeur General de la Police Nationale d’Haïti (PNH), Léon Charles a été instruit d’abattre tous les policiers en train de semer la pagaille dans les rues. Bonnes gens, vous qui nous écoutez, est-ce là le sort que méritent des travailleurs revendiquant leurs droits ?  

Les dégâts qu’ils ont causés, par exemple mettre le feu à des voitures de luxe, reflètent leurs frustrations, c’est leur façon de vous faire sentir leurs douleurs. On dit qu’il n’y a pas d’argent pour payer leur remplacement mais il y en a à profusion pour se procurer des villas luxueuses et des voitures flambant neuves.

La SPNH et sa force de pression, le fantôme 509, veulent en finir avec le comportement irresponsable de l’Etat haïtien face aux policiers morts en service.  Leurs femmes et leurs enfants n’ont rien reçu et se font plutôt humilier par les autorités policières. Les parents de certains policiers décédés, ont été obligés de quémander pour assurer leurs funérailles.

Qui pis est, la semaine dernière, le Premier ministre annonçait triomphalement mais honteusement, dans une interview au quotidien Le Nouvelliste, qu’il a révoqué Normil Rameau l’ancien directeur de la PNH, du fait qu’il avait osé demander très clairement l’augmentation à 25,000 gourdes de la carte de débit des policiers au lieu des 10,000 Gdes actuelles.

Dans les conditions que les policiers fonctionnent, un tel débordement de langage de la part du Premier ministre, ne saurait rester sans aucune réaction. Aussi, y a-t-il eu la manifestation du 20 novembre ; d’autres sont prévues, elles représentent les réactions en bonne et due forme aux  propos méprisants de l’Exécutif à l’égard des policiers, des travailleurs.

Rappelons que la moyenne salariale d’un policier par mois se situe entre 15,000 et 20,000 Gdes. Ils réclament 50,000 Gourdes mensuelles puisqu’actuellement avec le coût de la vie, on ne peut rien faire avec cette pitance qui vaut tout juste $ 232.75 US. Tout comme les autres travailleurs, il leur est quasiment impossible de subvenir dignement aux besoins de leur famille avec le salaire qu’ils perçoivent. Et c’est là la revendication primordiale de tous les travailleurs du pays.

la moyenne salariale d’un policier par mois se situe entre 15,000 et 20,000 Gdes.

Alors, Jouthe Joseph, étant donné votre rang social, comment comprendriez-vous jamais le sort des travailleurs ? Vous ne pourriez avoir la faculté de comprendre leurs revendications et c’est dans cette optique que vous avez exigé l’arrestation des policiers en les qualifiant de « terroristes ».  « Nous ne devons pas tolérer que des vagabonds, des terroristes, des bandits qui s’habillent avec des uniformes de la police prennent le pays en otage […] il faut que tous ces bandits soient arrêtés ». 

Cette déclaration reflète votre position de classe tout comme les patrons des industries d’assemblage, eux non plus qui n’ont aucun souci d’un mieux-être des masses, eux qui ne voient d’autres images dans les revendications des ouvriers que celles de bandits à abattre. 

Vous devrez le savoir et le comprendre, Joute Joseph : si les policiers ne sont pas bien rémunérés comme tous travailleurs, ils vont être obligés de se débrouiller par tous les moyens de façon à joindre les deux bouts. Ce n’est pas la carte de débit la source de corruption qui sévit dans le pays, comme vous le pensez ; bien au contraire, c’est la politique d’exploitation des masses par l’État croupion que vous dirigez. Au service des classes dominantes, c’est elle qui entraine les travailleurs à verser dans la corruption ; et même ceux qui agissent en bandits ne sont que des victimes de l’État pourri et corrompu qui n’a aucun souci ni pour le pays ni pour les masses défavorisées.

Les vrais terroristes ne sont pas les travailleurs, les vrais bandits ne sont pas les laissés pour compte, les gens vulnérables, les chômeurs mais bien les mercenaires à cravate, ceux qui pillent et gaspillent les richesses du pays tout en réduisant au banditisme des éléments au sein des masses des quartiers populaires que vous préférez sacrifier plutôt que de les accompagner pour leur assurer une vie meilleure.

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