Et ce fut le 14 août 1791, et ce fut le 22 août 1791 Et ce fut Boukman, et ce fut Bois-Caïman Sublime, la négraille entra dans l’Histoire par la grande porte

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Cérémonie du Bois-Caïman : naissance de la révolution haïtienne par les masses esclaves.

La barbarie du régime esclavagiste, colonialiste à St. Domingue avait atteint un point de cruauté et d’inhumanité qui avait fini par faire prendre conscience aux esclaves, à leur faire réaliser que l’heure avait enfin sonné de bousculer, renverser, écraser un système qui avait fait d’eux des bêtes de somme dont le travail était destiné à enrichir la métropole. Émergea alors de cet enfer de douleur et d’innommables souffrances un grand nègre, un vrai, grand dans toute l’acception du terme, grand de taille, grand surtout d’une énorme force morale et dont le dynamisme, le courage et la volonté de vaincre allaient faire de lui, en vérité,  le premier chef historique de la révolution haïtienne.

Émergea Dutty Boukman, esclave né à la Jamaïque, plusieurs fois marron. La petite histoire rapporte qu’il était musulman et que son nom vient du fait qu’on le voyait souvent lire un livre « tête en bas », l’arabe se lisant de droite à gauche.  Boukman était commandeur puis cocher sur l’habitation Clément. De grande taille, apparemment de force herculéenne, il exerçait un fort ascendant sur les autres esclaves.  Il avait compris bien avant Dessalines même que l’union fait la force, l’union de tous les esclaves, esclaves des champs et esclaves domestiques. Il avait aussi compris que la violence du colonisateur ne pouvait être combattue que par la violence.

Plus que les discours, les tergiversations, les approches pacifiques, graduelles d’accommodation avec le maître sous quelle que forme que ce soit, l’insurrection totale fut la voie choisie par ce chef à l’énergie indomptable que fut Boukman. C’était Dessalines avant la lettre : koupe tèt, boule kay. Imam ou houngan, il semblait n’être pas étranger à la pratique du vaudou. Aussi, a-t-il cherché à frapper l’imagination des esclaves en utilisant le cérémonial vaudou.

Sous le sceau du secret et dans la plus parfaite clandestinité, dans la nuit du 14 août 1791, Boukman et ses lieutenants arrivent à rassembler des centaines d’esclaves, leurs frères et sœurs opprimés, dans une clairière au milieu des bois , dans un lieu reculé de l’habitation Lenormand de Mézy, connu depuis comme Bois Caïman. En pleine nuit un orage se déchaîne où tonnerre, éclairs et pluie torrentielle ajoutent à la solennité mystique des lieux;  le décor est bien planté avec les branches des arbres qui craquent sous le vent.

Les conjurés se rassemblent autour d’un cochon noir, moment passé à l’Histoire comme « La cérémonie du Bois-Caïman ». Il revient à Cécile Fatiman une vieille négresse armée d’un coutelas de plonger son arme dans la gorge de l’animal. Le sang du porcin jaillit, ruisselle. Les esclaves, à commencer par Boukman, en boivent les uns après les autres. Boukman prononce une prière en créole: « Notre Dieu, bon pour nous , nous ordonne de nous venger des offenses reçues ; il dirigera nos armes et nous aidera….Ecoutez la voix de la liberté qui parle dans notre cœur à tous ». La cérémonie s’achève par un serment où tous les assistants jurent de s’engager dans la lutte, de vivre libre ou de mourir. Boukman ordonne le soulèvement général fixé au 22 août. Il convient de noter qu’il n’y aura aucune défection, aucune trahison lors de ce soulèvement.

          Au jour dit du 22 août, dans la nuit, l’insurrection générale embrase Trême, Turpin, Clément, Flaville, Noé, les cinq plus grandes habitations de la plaine du Nord, la région la plus riche de la colonie. Au son du tambour, du lambi et de refrains appropriés, les esclaves brûlent plus de mille propriétés, maisons, guildives, plantations, répondant ainsi à la terreur par la terreur, massacrant systématiquement tous les Européens qu’ils rencontrèrent, femmes et enfants compris. Une violence aveugle et féroce déferla sur la région qui pendant de très longues semaines fit trembler le pouvoir colonial.

Les révolutionnaires, commandés par Boukman secondé par Jean-François Papillon, Biassou,  encouragés par le nombre des assaillants, maîtrisant la force du mouvement insurrectionnel progressèrent jusque vers le Cap où ils tentèrent d’entrer dans la ville, aiguillonnés par la faiblesse du détachement qui accompagnait le colonel Joseph-Paul Augustin de Cambefort, chef du Régiment du Cap-Français. Les Français d’abord ébranlés par la soudaineté de l’attaque vite se ressaisirent avec l’arrivée d’une petite pièce de canon qui sema la panique parmi les insurgés, lesquels coururent se cacher dans les cannaies avoisinantes.

            Les Français y mirent le feu. Les insurgés en s’en échappant furent taillés en pièces. «Boukman , vivement poursuivi par un piquet de cavalerie qu’il prit pour l’escorte particulière de M. de Cambefort, s’arrêta, résolu à périr, mais à rendre sa mort utile aux siens en immolant le chef des blancs à sa vengeance. Il fait feu sur cet officier et le manque ; il veut recharger son fusil, mais un dragon ne lui en laisse le temps, d’un coup de pistolet , il l’envoie mort sur la poussière  », selon une source africaine. Boukman fut brûlé et sa tête plantée au bout d’une pique fut exposée sur la place d’armes du Cap avec l’écriteau : «Tête de Boukman, chef des révoltés».

Boukman exécuté et brûlé, le colonel de Cambefort lança une « Adresse à Messieurs les Colons de Saint-Domingue» dans laquelle il décrivit et justifia sa conduite face à la tentative de prise d’assaut du Cap-Français par les esclaves commandés par Boukman. A bien regarder, la mort de Boukman en fait le premier héros de l’indépendance. Héroïquement, comme Caonabo, comme Anacaona, comme Mackandal, Boukman est mort en brave en se battant aux côtés du peuple esclave, contre le colonialisme, contre l’esclavage barbare et impitoyable. Il restera dans la mémoire collective haïtienne une ineffaçable grande figure.

 

Sources d’information :

Adresse du colonel de Cambefort https://archive.org/details/adresse00camb

Une autre histoire. Bois Caïman  http://www.une-autre-histoire.org/bois-caiman/

Boukman, premier chef historique de la révolution haïtienne. Plateforme panafricaine d’information de l’est à l’ouest de l’atlantique. 01/09/2013

http://madjoumbev2.free.fr

 

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