Duel classique pour le pouvoir

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L’administration de Jovenel Moise au pouvoir n’est autre chose qu’un gouvernement de doublure. Ce n’est pas le fait d’une mécanique aveugle mais bien  le résultat d’un choix délibéré de  la bourgeoisie compradore et sous-traitante de choisir cette figure controversée soi-disant paysanne en tant que représentant des grandons féodaux de sorte que grâce aux relations qu’ils entretiennent entre eux, ils aboutissent à un compromis savamment calculé pour le maintien du statu quo après le mandat sinistre de Michel Martelly.

Cependant, cette nouvelle équation n’est pas tout à fait équilibrée au sein de la dite opposition. Et ce qui la rend justement inefficace, c’est l’existence en son sein de ces deux factions, l’une ayant des affinités avec les compradores véhiculant la notion du pouvoir aux plus capables et l’autre celle du pouvoir au plus grand nombre.

Comme on pouvait s’y attendre, le courant du pouvoir aux plus capables exprimé par le secteur : Anthony Barbier, Evalière Beauplan, Nènèl Cassy, André Michel, Schiller Louidor, Marjorie Michel, Kely C. Bastien et autres a fait un revirement sur la Déclaration d’Engagement et d’Unité signée la semaine dernière avec l’autre secteur qui se révèle de la majorité populaire féodale représentée par Moise Jean-Charles, David Oxygène et Josué Mérilien pour ne citer que ceux-là.

l’impression finale qui se dégage aujourd’hui est celle d’une gigantesque impasse de confusion pour jeter de l’eau sur les flammes révolutionnaires

Ces deux courants de l’opposition n’ont pas pris une position basée sur un projet de classe mais simplement sur des revendications non-antagoniques. Des désaccords pour le moment sans doute ; mais la stratégie des uns et des autres se recoupait quant aux buts à atteindre qui sont une course contre la montre qu’aucun d’entre eux ne veut dévoiler maintenant. Il s’agit essentiellement d’un duel classique pour savoir quel compère au sein de ces deux secteurs-là remplacera Jovenel pour continuer la politique impériale.

Le courant du pouvoir aux plus capables n’a aucun problème à s’allier avec la bourgeoisie, ennemie acharnée de toute forme de représentation populaire et ouvrière (syndicats et organisations de masse). Les déclarations tonitruantes et triomphantes de l’avocat André Michel dans un dosage habile félicitant  le secteur dit démocratique et populaire d’avoir rencontré les différentes forces de la bourgeoisie et des diplomates étrangers en disent long. Dire que le professeur Mérilien n’a pas combattu l’approche, il s’est seulement contenté de monter au créneau pour dénoncer le fait qu’il a été exclu de l’apparence d’unité.

Voilà pourquoi le problème se pose aujourd’hui avec plus d’acuité. Quels que soient les sentiments que les uns ou les autres puissent nourrir à l’égard du régime en place, quelle que soit la nature de leur divergence ou des conflits qui divisent ces frères ennemis, ils ne sont ni engagés de façon évidente sur la voie d’une véritable libération économique, politique et sociale, ni positionnés dans un rapport de lutte de classe voire anti-impérialiste.

Le faux prétexte que les deux courants ont brandi pour justifier leur désaccord est un amalgame sans aucun fondement, une sorte de collaboration étroite avec Washington, Paris et Ottawa qui ne demandent pas plus, mais qui servira à affaiblir davantage la lutte, la vraie lutte des masses exploitées.

Une telle situation explique la méfiance dans laquelle se cantonnent les masses populaires défavorisées à l’égard de ces dirigeants parlant haut et fort en leur nom sans poser la question nationale  en tenant compte de l’Histoire ainsi que de son rapport avec la lutte des classes.

Dans cette optique, l’impression finale qui se dégage aujourd’hui est celle d’une gigantesque impasse de confusion pour jeter de l’eau sur les flammes révolutionnaires allumées en juillet dernier par les déshérités du sort, de façon à tromper leur vigilance jusqu’à leur faire croire dans des illusions, des armes désuètes et des solutions cosmétiques.

A ce stade de la lutte, une décantation politique claire s’impose aux orientations politiques contraires aux intérêts du peuple haïtien. Il est temps que le peuple œuvre à construire le vrai camp du changement pour ne pas se noyer dans des unités contre nature. D’où la nécessité d’emprunter des voies et des aspirations sociales n’ayant aucun rapport avec celles de la bourgeoisie et de ses suppôts au sein des masses qui s’adonnent à une querelle de clans.

Le terme de classe est banni du vocabulaire de ces deux courants pour éviter de parler d’une lutte de classe c’est-à-dire d’une lutte qui rompt avec la politique capitaliste pour s’engager dans une politique de libération nationale. Alors, et c’est dans ce cas seulement que pourraient être jetés les fondements d’une unité populaire et révolutionnaire viable et fiable !

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