Des manœuvres sans précédent !

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En aucune manière la commission de vérification indépendante pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore de la conjoncture ne résoudra pas pour autant la crise structurelle, quelques soient ses résultats. Ceux qui pensaient que les débats électoraux qui se déroulent à l’heure actuelle vont conduire  à un quelconque changement dans la cuisine de la politique haïtienne seront une fois de plus déçus comme auparavant; puisque cette crise qui secoue le pays dans son entier et qui a fait couler beaucoup d’encre ne date ni d’hier ni d’aujourd’hui.

Le fait est qu’en tout temps, notre histoire est trop marquée par des promesses interminables qui n’ont jamais été tenues. Le drame est que nous avons toujours été en présence de décisions politiques jamais appliquées, de mises en scène et scénarios grotesques, de supercheries, de coups bas, d’assassinats à n’en plus finir qui alimentent  une interminable  et stérile polémique, sans que l’on se donne la peine d’en chercher la genèse. Ces affrontements sans fin, outre qu’ils nous retardent dans un éternel embrouillement, ne font qu’attiser des rivalités, faciliter les ingérences étrangères et allonger la liste des victimes et des souffrances au sein du peuple.

A cause de l’absence totale d’un Etat qui a failli nettement à sa mission de mener le pays à bon port, la crise qui se déroule dans ce contexte vient bien à propos pour bouleverser le champ politique. Que peut signifier un gouvernement, si ce n’est justement pour assurer la continuité de l’Etat, mais quel État avons-nous en Haïti ?

Un gouvernement même quand il est responsable du pouvoir exécutif, il n’est pas l’Etat pour autant, puisque l’Etat dont on parle devrait être au-dessus de la mêlée, un tout ; qui regroupe les trois pouvoirs : le législatif, l’exécutif et le judiciaire.

Depuis le crime du 17 Octobre 1806, la façon dont le pays est dirigé laisse grandement à désirer. On pourrait même dire que ce n’est pas un pays, sauf un simple espace où vivent des gens, où chacun décide parfois pour ne pas dire bien souvent de lui-même. Bref, constructions n’importe comment, à n’importe quel endroit ; pas de mots d’honneur, pas d’éthique ; là où le oui et le non ont la même signification.

Un pays où la loi mère n’a jamais été respectée et même quand elle est violée, il n’y a aucune instance disponible à lui rendre justice. C’est dire qu’en Haïti, l’Etat n’existe pas ! Qui pis est, malheureusement, chaque gouvernement représente un nouvel Etat ; alors que l’Etat doit être un processus continu; c’est-à-dire de la manière dont on organise une nation, dans ce sens,  il ne saurait y avoir absence d’Etat dans aucun pays.

Notre problème est qu’en tout temps nous avons eu des gouvernements, le président et son groupe de ministres ; mais nous n’avons jamais eu ce qu’on désigne par le mot État.  De ce fait,  nous héritons toujours de ces candidats au poste présidentiel sans programme politique et même des partis politiques dont le peuple ignore leur programme. Ces hommes et ces femmes, au lieu d’être au service de l’Etat, ne font que tromper tout le monde en jouissant des bienfaits de l’Etat pour satisfaire leurs propres objectifs. Alors que leur rôle devrait être de prouver aux masses populaires qu’ils vont continuer à promouvoir  beaucoup plus leur développement et leur émancipation dans tous ses aspects  vers le but fixé démocratiquement par l’Etat. A ce compte, comment peut-on élire un président sans connaitre, sans analyser au peigne fin son programme politique? C’est ce que reflète la réalité quotidienne du pays et c’est ce qui explique également la résultante à travers laquelle nombre de nos dirigeants ne représentent pas effectivement l’expression de la volonté et de la confiance populaire, vu que le plus souvent, ils ne sont que des traitres à la nation et au peuple en particulier. Voilà pourquoi, la corruption ravage l’appareil de l’Etat dans ses échelons les plus élevés puisqu’elle passe  pour être le moyen le plus rapide et le plus sûr pour enrichir ces mercenaires déguisés en dirigeants politiques. Nous ne pouvons énumérer le nombre de médecins, d’ingénieurs, de professeurs et d’autres cadres qui ont laissé leur profession rien que pour venir s’enrichir dans la politique ? C’est un acte indécent sans mesure aucune et un abus de puissance que de laisser mourir de faim, de maladie un peuple dans un pays aux richesses aussi immenses qu’est Haïti.

 La complicité ne peut être plus grave, plus ignoble à présent et l’indifférence ne peut être plus criminelle. Notre instabilité politique, sociale, économique prolongée est tout à fait la résultante causée par une dictature oligarchique anti-peuple, liée aux forces impérialistes internationales qui ont déposé le ver dans le fruit.

Si vraiment en tout temps et en tout lieu,  l’État regroupe les trois pouvoirs : le législatif, l’exécutif et le judiciaire, comment peut-on accepter d’élire un président même provisoire en l’occurrence Jocelerme Privert sans l’assentiment du judicaire pour ne pas dire en l’excluant tout bonnement du processus ?

C’est plus qu’indéniable. Mais quand même, c’est avec un cynisme inouï que la classe politique s’engage dans un faux débat de vérification. En effet, de ces mêmes élections déroulées le 9 août et le 25 octobre 2015, on a choisi d’accepter des députés, des sénateurs et même des magistrats qui ont pataugé dans la même fraude pour être des élus légitimes ; alors qu’on a choisi de mettre en doute seulement que les présidentielles. Quelle aberration !

Malheureusement, les candidats à la présidence et les partis n’en demandent pas plus, vu qu’ils n’attendent que le dénouement de la vérification. Quand on en aura fini par choisir l’un ou deux d’entre eux pour une quelconque autre mascarade de second tour, c’est alors qu’on se remettra à entendre leurs cris de rejet ou de remise en question des résultats pour tout recommencer à nouveau !

Il est intéressant de noter à ce propos que ces manœuvres vont être sans précédent ; vu que personne ne pourra rien prouver : ni l’accusé ni l’accusateur ! En définitive, il est vain de chercher à contourner l’incontournable ; sauf que cette politique de bluff doit coûte que coûte cesser grâce à la solidarité concrète et sans faille qui doit se manifester au sein des masses populaires organisées de façon à faire sortir le pays de ce long tunnel de déstabilisation et de pillage qu’il traverse depuis si longtemps.

 

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