Collège présidentiel : Steven Benoît doute, Fritz Alphonse Jean dit non !

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Les deux « élus » de la Plateforme de Montana le 30 janvier 2022, Fritz Alphonse Jean, Président, et Stevens Benoît, Premier ministre…

Une difficulté en chasse une autre. Dans la Transition post-Jovenel Moïse, le cafouillage continue et ne semble pas prêt de s’arrêter. Depuis des mois, plusieurs Accords politiques sont sur la table et font le va-et-vient entre différents protagonistes cherchant désespérément un consensus en vue d’une fusion. Mais, la réalité du terrain et les ambitions des uns et des autres font que les choses deviennent de plus en plus compliquées et ce, de jour en jour. D’un côté, il y a l’équipe conduite par le Premier ministre a.i Ariel Henry qui n’entend céder un pouce de son pouvoir quasi absolu dans la mesure où il n’existe aucun autre pouvoir ni une vraie opposition. Et de l’autre côté, une ribambelle d’Accords politiques, incapables de faire fléchir les tenants du pouvoir. Ainsi, chacun attend que l’autre fasse le premier pas ou butte sur un obstacle inattendu pour bondir.

Dans cette guerre des tranchées où les acteurs refusent d’aller au corps à corps pour prendre l’avantage, forcément ce sont les moins équipés en logistiques et matériels qui en pâtissent avec, naturellement, les dissensions internes au sein du groupe. Dans cette partie de poker que jouent l’Accord du 30 août et celui du 11 septembre, les plus confortables demeurent sans conteste le camp du Premier ministre Ariel Henry derrière lequel s’agglutine une myriade d’acteurs surtout les plus radicaux du temps de Jovenel Moïse. Relégués presque au rang d’observateurs, les signataires de l’Accord de Montana, pour exister, avaient tenté un coup politique en s’alliant avec un autre Accord, celui du Protocole d’Entente Nationale (PEN) afin de sortir du piège dans lequel Ariel Henry et ses amis tentent de les enfermer. Il s’agit du « Consensus politique » que ces deux entités ont mis en place en proposant de s’unir tout en mutualisant leur effort pour contrecarrer l’avancée de l’Accord de Musseau dit du 11 septembre. Le point clé de cet accord dans l’Accord demeure cette proposition étonnante d’un « Collège présidentiel de cinq membres » pour diriger le pays durant la période de la Transition de rupture.

Une proposition qui n’a jamais trouvé un franc soutien de la part de l’ensemble des acteurs qui s’opposent au pouvoir, mais qui a été aussi très critiquée par la quasi-totalité des protagonistes au sein même des signataires de Montana. Mais, voulant marquer le coup et surtout frapper les esprits de l’opinion publique nationale et le Core Group en particulier, ceux qui ont proposé cette structure sont allés jusqu’au bout de leur conviction. Malgré les critiques ouvertes des uns et le scepticisme des autres, les structures chargées de mettre en place le processus du « Collège présidentiel » finissent par réaliser une élection le 30 janvier 2022. Un scrutin au cours duquel deux représentants : un Président en la personne de Fritz Alphonse Jean et un Premier ministre, Steven Benoît, ont été élus. A la vérité, tout le processus s’est déroulé de manière inclusive et transparente. Aucun des deux élus n’a été contesté et il n’a eu aucune protestation de la part des candidats malheureux.

Le Bureau de Suivi de l’Accord (BSA) qui était à l’origine de cette affaire s’en est très bien sorti et le Conseil National de la Transition (CNT) a prouvé à l’opinion que les signataires de l’Accord du 30 août étaient prêts pour prendre la gestion de la Transition de rupture. Sauf que, depuis la réussite de cette belle initiative, l’on est toujours sans nouvelle des heureux élus. La population reste dans l’expectative, tandis que le statu quo se poursuit. Rien n’a vraiment bougé. Pire, le Premier ministre Ariel Henry et ses associés sont carrément dans le déni de la réalité et de la vérité. Ils refusent obstinément d’accepter qu’ils ont échoué et que la Transition devient sous leur responsabilité une opportunité pour les gangs de prospérer et même de prospecter d’autres champs d’action. Du coup, l’enthousiasme qu’avait suscité ce bond en avant politique du BSA avec des élus se disant prêts à gouverner devient presque une chimère. Une illusion perdue dont certains au sein même de l’Accord de Montana commencent à se démarquer.

Une attitude faisant naître des tensions parmi les membres de la structure, quand d’autres mettent carrément en doute le « Consensus politique » du PEN et de Montana qui serait, selon eux, un handicap pour le projet initial. En fait, le problème vient de l’incapacité des élus de l’Accord du 30 août de faire quoi que ce soit dans la mesure où ils attendent encore l’arrivée de leurs collègues qui doivent venir des autres partenaires de Montana pour compléter l’organisme de l’exécutif collégial. Selon le fameux « Consensus politique », non seulement le Protocole d’Entente Nationale (PEN) doit aussi désigner son Président pour le « Collège présidentiel » de cinq membres, mais les autres partenaires, y compris le camp d’Ariel Henry, doivent aussi élire les leurs. Sauf que, depuis ce 30 janvier 2022, personne, aucune autre organisation politique, même pas PEN ne voit l’extrême urgence de la situation pour faire le nécessaire. Résultat des courses, il n’y a que l’Accord de Montana qui dispose de son Président et de son Premier ministre qui, en vérité, ne servent à rien.

Puisqu’ils ne peuvent rien décider ni entreprendre auprès d’Ariel Henry et du Core Group, pour ne pas donner prétexte aux autres partenaires d’officialiser purement et simplement leur refus d’entrer dans la « Présidence collégiale » qui, en réalité, est mort née comme nous l’avons dit dès le départ. Alors, coincés, totalement impuissants et désarmés face à l’inaction des autres groupes mais aussi du Bureau de Suivi de l’Accord  (BSA) et du Conseil National de la Transition (CNT), les deux « élus » du 30 janvier 2022, Fritz Alphonse Jean, Président, et Stevens Benoît, Premier ministre, tentent de donner de la voix et de se démarquer de l’immobilisme de tous les autres. Pour commencer, c’est l’ancien sénateur Stevens Benoît avec son titre de Premier ministre élu de Montana qui était monté en premier au créneau dans les médias pour dire qu’il avait de sérieux doutes sur la faisabilité et ne comprenant pas très bien l’objectif du BSA avec le « Collège présidentiel ».

Invité il y a quelques semaines de l’émission « Invité du jour » conduite par Marie-Lucie Bonhomme Opont sur radio Vision 2000 pour parler des avancées qu’il aurait faites depuis son élection en tant que Premier ministre pour la Transition, l’ex-sénateur qui ne voulait pas dire clairement qu’il était opposé à cette option pour diriger la Transition n’avait quand même pas mâché ses mots pour dire que cela ne le concerne point. Puisque, en tant que chef du gouvernement de Transition, il n’aura pas de difficulté pour mener ses réformes.

Selon Steven Benoît, s’il devait avoir des difficultés et autres problèmes dans la gestion politique de la Transition au niveau de l’exécutif une fois que l’équipe du Montana et ses alliés auront accédé au pouvoir, c’est du côté de la « Présidence collégiale » de la République qu’il faudrait regarder. Une position qui a fait, sans doute, rebondir Fritz Alphonse Jean en tant que premier concerné. Déclaration, il faut le dire, qui tombe à pic pour l’ancien Gouverneur de la Banque centrale et lui donnant l’occasion de clarifier à titre personnel sa position sur cette présidence plurielle : « Personnellement, je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner par rapport à l’histoire du pays. Je ne vois pas comment trois membres ne parviennent à fonctionner alors que cinq le pourraient. Les Cartels municipaux de trois membres qui ont du mal à fonctionner en sont la preuve » a-t-il déclaré le mardi 22 mars 2022 à l’émission Haïti Sa k ap Kwit dirigée par Robenson Geffrard.

Pour le Président « élu » de l’Accord du 30 août, ce n’est pas à lui de décider s’il faut continuer le processus dans cette direction. Ce qu’il sait en revanche : « Installer un Collège présidentiel à la tête du pays n’est pas la meilleure des solutions ». Quand on lui demande s’il faut revenir sur cette décision, celui qui se dit prêt à redresser le pays dès qu’il en aura pris les rênes n’a pas fait dans la nuance et dénonce presque l’idée de « Collège présidentiel » quand il répond : « Les décisions prises dans une négociation ne sont pas nécessairement celles qui ont préalablement été discutées ». En clair, Fritz Alphonse Jean doute que les membres du Bureau de Suivi de l’Accord ont appliqué à la lettre ce qui avait été discuté préalablement avec l’ensemble des partenaires de l’Accord de Montana avant la signature du « Consensus politique » avec le PEN.

Toutefois, il tient à respecter ce que le CNT a prévu pour la réussite de la Transition de rupture tout en restant fidèle au concept d’un exécutif bicéphale composé d’un Président provisoire de la République et d’un chef de gouvernement intérimaire pour diriger la Transition dans le délai prévu par l’Accord du 30 août. N’empêche, tout comme son camarade Steven Benoît, Fritz Alphonse Jean doute que le « Consensus politique » entre PEN/Montana soit encore viable et surtout il demeure convaincu qu’on ne pourra avancer avec le processus tel qu’il est présenté avec ce « Collège présidentiel » composé de cinq membres. Pour sortir de ce piège, ces deux élus de la Plateforme de Montana qui veulent continuer d’exister en tant qu’interlocuteurs reconnus tentent de pousser les deux structures de l’Accord du 30 août, le CNT et le BSA, à dénoncer à leur tour le « Consensus politique » afin que les signataires dudit Accord reprennent leur indépendance d’action pour pouvoir affronter plus librement le Premier ministre Ariel Henry dan son refus de dialoguer.

C.C

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