C’était ce jour-là…

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L’ancien président bolivien, Evo Morales (à gauche), applaudissant le président argentin, Alberto Fernandez qui l’a conduit jusqu’à la frontière argentino-bolivienne, à La Quiaca, le 9 novembre 2020, d’où il entamera un périple par la route de trois jours jusqu’à son fief du centre du pays, le département de Cochabamba

Le 22 janvier 2006, date de l’inauguration du premier président bolivien d’origine indienne, Evo Morales, né dans un village minier du département d’Oruro, dans l’ouest de la Bolivie. Il a fait ses études secondaires et servi dans l’armée bolivienne, puis a émigré avec sa famille dans l’est de la Bolivie, où la famille exploitait une ferme parmi les cultures desquelles   figurait la coca, une culture traditionnelle dans la région.

Au début des années 1980, Morales est devenu actif au sein de l’union régionale des cultivateurs de coca. En 1988, il a été élu secrétaire exécutif d’une fédération de différents syndicats de producteurs de coca. Au milieu des années 1990, alors que le gouvernement bolivien supprimait la production de coca avec l’aide des États-Unis, Morales a contribué à la fondation d’un parti politique national – le Mouvement vers le socialisme (Movimiento al Socialismo, MAS).

Morales été le candidat du MAS à la présidence en 2002, ne perdant que de justesse face à Gonzalo Sánchez de Lozada. Pendant la campagne présidentielle, il avait demandé l’expulsion de la Bolivie des agents de la Drug Enforcement Administration américaine, ce qui avait porté l’ambassadeur américain à oser dire que ‘‘l’aide à la Bolivie serait reconsidérée si Morales était élu’’ (sic). Morales est pourtant resté actif dans les affaires nationales, contribuant à forcer la démission de Sánchez de Lozada en 2003. 

 Candidat du MAS à la présidence en 2005, Evo Morales a été élu facilement, remportant 54 % des voix, devenant le premier président indien du pays et le premier président bolivien depuis 1982 à obtenir la majorité des suffrages nationaux. Assermenté à la présidence le 22 janvier 2006, il s’est engagé à réduire la pauvreté parmi la population indienne du pays, à assouplir les restrictions imposées aux cultivateurs de coca, à renationaliser le secteur énergétique du pays, à lutter contre la corruption et à augmenter les impôts des riches.

le premier président indien du pays et le premier président bolivien depuis 1982 à obtenir la majorité des suffrages nationaux.

Le président Morales a fermement soutenu les efforts visant à réécrire la constitution bolivienne afin d’accroître les droits de la population indigène du pays, de consacrer ses politiques de nationalisation et de redistribution des terres, et de permettre à un président d’exercer deux mandats consécutifs, bien que lors d’un référendum en juillet 2006, le MAS n’ait pas obtenu la majorité à l’Assemblée constitutionnelle.

  1. Morales a ensuite nationalisé les champs de gaz et l’industrie pétrolière de la Bolivie et, en novembre, il a signé un projet de loi sur la réforme agraire qui prévoyait la saisie des terres improductives des propriétaires absents et leur redistribution aux pauvres. Ses réformes se sont évidemment heurtées à l’opposition des quatre provinces les plus riches de Bolivie. Un référendum de rappel sur le leadership de Morales a été organisé en août 2008, et deux tiers des électeurs ont soutenu la poursuite de sa présidence.

La nouvelle constitution approuvée par les électeurs lors d’un référendum national organisé en janvier 2009, a permis à Morales de briguer un deuxième mandat consécutif de cinq ans (auparavant, la constitution limitait le président à un seul mandat) et lui a donné le pouvoir de dissoudre le Congrès. D’autres changements apportés à la constitution ont permis de promouvoir les droits des indigènes, de renforcer le contrôle de l’État sur les ressources naturelles du pays et de limiter la taille des propriétés foncières privées, aggravant les tensions entre la majorité indigène du pays et les Boliviens plus riches des provinces orientales riches en gaz, qui se sont fortement opposés à sa ratification.

En avril 2009, M. Morales a signé une loi autorisant la tenue d’élections présidentielles et législatives anticipées, qui devaient avoir lieu en décembre. Avec le soutien continu de la majorité indienne, Morales a facilement remporté un deuxième mandat présidentiel de cinq ans. En outre, lors des élections législatives simultanées, le MAS a remporté le contrôle des deux chambres du Congrès.

 En avril 2013, la Cour constitutionnelle de Bolivie a décidé que Morales était autorisé à se présenter pour un troisième mandat en 2014. Il a alors remporté une nette victoire au premier tour des élections, les sondages de sortie des urnes lui ayant donné plus de 60 % des voix.

 En 2015, la robuste économie bolivienne a commencé à prendre de l’aile, en grande partie en réponse à la baisse des prix mondiaux du pétrole et du gaz naturel. Le ralentissement de l’économie ainsi qu’un présumé scandale de corruption impliquant le président (jamais prouvé) ont entamé la popularité de Morales et, lors d’un référendum organisé en février 2016, les Boliviens ont rejeté un changement constitutionnel qui aurait permis à Morales de se présenter pour un quatrième mandat présidentiel en 2019.

En septembre 2017, le MAS a demandé à la Cour constitutionnelle de supprimer les limites de mandat pour la présidence, ce que la Cour a fait en novembre. En décembre 2018, la Cour suprême électorale a confirmé cette décision, ce qui a suscité de nombreuses protestations dans les rues, mais a ouvert la voie à la réélection de M. Morales en 2019.

Avec environ 80 % des votes comptés le soir du scrutin, le 20 octobre 2019, Morales a recueilli environ 45 % des voix et son adversaire Mesa environ 38 %, ce qui avait créé la nécessité d’un second tour en vertu de la loi électorale bolivienne. 24 heures plus tard, Morales avait étendu sa marge de victoire à un peu plus de 10 %, excluant ainsi la nécessité d’un second tour. La réaction à cette annonce fut rapide et violente, de la part de l’opposition manipulée et chauffée à blanc par ‘‘l’étranger’’ ; les accusations de fraude se sont multipliées au cours des semaines suivantes, le pays paralysé par des protestations et des grèves généralisées, comme on en avait vu sous la présidence de Salvador Allende.

L’ancien président bolivien, Evo Morales, est enfin rentré d’exil le 19 novembre 2020,triomphalement accueilli par le peuple bolivien

Le 10 novembre, l’Organisation des États américains, qui avait surveillé l’élection, a publié un rapport alléguant des irrégularités et demandant l’annulation de l’élection. Morales, en proie à des difficultés, promit d’organiser de nouvelles élections ; mais le commandant en chef des forces armées boliviennes, le général Williams Kaliman, exigea la démission de Morales. La presse internationale avait alors mensongèrement affirmé qu’il avait été chassé par la colère populaire. Morales avait dû accepter, victime imméritée d’un coup d’État : une énième intervention de la trinité du crime politique régional et international, soit le Département d’État américain, la CIA et le Pentagone. Il a vécu en exil d’abord au Mexique puis en Argentine.

L’ancien président bolivien, Evo Morales, est enfin rentré d’exil le 19 novembre 2020, à la suite de la victoire du MAS aux élections d’octobre, triomphalement accueilli par le peuple bolivien. La date du retour est symbolique au lendemain de l’investiture comme président de son dauphin Luis Arce et quelques heures avant le premier anniversaire de sa démission forcée le 10 novembre 2019. Les putschistes ont cependant été contraints de procéder à des élections, remportées dès le premier tour par le parti du président Morales, le 20 octobre 2020.

Sources :

Bolivie les années EVO. France 24
Encyclopaedia britannica (avec modifications)
Retour triomphal d’Evo Morales en Bolivie. Réseau Voltaire, 22 novembre 2020.
  En Bolivie, l’exil est fini pour Evo Morales. Libération, 10 novembre 2020 F.L

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