Ariel Henry au Sommet des Amériques, le cri dans le désert !

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Le Premier ministre a.i, Ariel Henry, lors de son intervention au Sommet des Amériques

Difficile dans cette chronique sur la Transition de passer sous silence le fabuleux voyage inutile pour les haïtiens du Premier ministre a.i, Ariel Henry, en Californie. Non, rassurez-vous, il ne s’agit en rien d’un voyage d’agrément ou de tourisme dans cet Etat lointain de la côte Ouest des Etats-Unis d’Amérique.

A Los Angeles, le chef officiel du pouvoir de transition en Haïti était tout naturellement l’invité du Président américain, Joe Biden, à l’occasion de ce que celui-ci a appelé : Sommet des Amériques. Le neuvième du genre. Jusque-là, rien d’anormal que l’occupant de la Maison Blanche invite le plus haut dirigeant d’Haïti dans un Sommet, à en croire le libellé qui devait concerner l’ensemble des Etats constituant le continent américain. Sauf que, de part et d’autre de la mer des Antilles, les visions demeurent contradictoires sur la quasi-totalité des choses.

Naturellement, pour ne pas rendre indigeste cette chronique, l’on ne va pas s’éterniser sur les impairs politiques du Président américain Joe Biden. Appliquant à la lettre la théorie de son célèbre prédécesseur, James Monroe, avec sa cynique doctrine : « L’Amérique aux Américains », comme si le continent américain appartenait tout entier et exclusivement aux Etats-Unis d’Amérique. Joe Biden, se prenant pour le maitre du monde, a ainsi attribué les bonnes et mauvaises notes à des dirigeants qu’il estime dignes de recevoir ou non une invitation pour venir parler de leur pays et pourquoi pas de leur continent que sont : les Amériques. Ainsi, la Maison Blanche, en tant que puissance hôte, décida d’exclure des Etats comme : Venezuela, Cuba, Nicaragua et autres gouvernements qui appliquent une indépendance stricte de leurs affaires intérieures, sous prétexte que ce ne sont pas des régimes démocratiques qui dirigent ces pays. En clair, leurs dirigeants ne sont pas légitimes. Bien entendu, plusieurs Etats du continent, entre autres, le Mexique, ont fait savoir à Washington qu’il n’a pas le monopole de la démocratie.

Et n’a aucunement autorité politique et morale pour décider pour les peuples de ces pays. C’est à eux et eux seuls de désigner leurs dirigeants. Surtout dans leur politique préférentielle, les autorités américaines appliquent la politique de deux poids et deux mesures.  Ce qui nous ramène au point qui nous intéresse dans cette chronique : la transition politique haïtienne et justement la présence du Premier ministre a.i Ariel Henry à Los Angeles. Ce Sommet des Amériques prévu du 6 au 10 juin inclus, autour du thème de : « Construire un avenir durable, résilient et équitable » a été l’occasion pour le représentant d’Haïti d’aller droit au but pour dire ce que, ironiquement, Joe Biden reproche aux dirigeants des Etats du continent qu’il n’a pas daignés inviter à son Sommet. Surpris lui-même de l’invitation de la Maison Blanche pour prendre part à ce 9e Sommet des Amériques alors même que depuis son arrivée à la tête du pays de la façon dont on sait, Haïti est carrément sur le point d’être engloutie, Ariel Henry a vite compris que ce Sommet ne serait autre chose « qu’un grand n’importe quoi », sinon, une bonne opportunité de sortir de l’enfer d’Haïti et d’aller faire du shopping au pays de l’Oncle.

Ariel Henry, Joe Biden et son épouse

Alors, le locataire provisoire de la Primature ne s’est pas fait prier ni ne s’est pas gêné pour emmener en ballade un nombre considérable d’amis et quelques chanceux au bord de l’océan Pacifique. Ainsi, le vendredi 3 juin 2022, à la tête d’une délégation forte de plus de 30 personnes, il a pris l’avion, direction Etats-Unis. Durée du séjour, évidemment aux frais des contribuables haïtiens, plus d’une semaine dans cette ville de Los Angeles où le luxe et la richesse côtoient sans vergogne des sans-abris vivant dans les plus insupportables conditions. Mais, tout ça, c’est pour l’anecdote. Le fond du problème commence, en effet, le jour même du décollage de l’aéroport Toussaint Louverture de Port-au-Prince au salon diplomatique dudit aéroport. Comme il est de coutume en Haïti, les autorités, avant tout voyage à l’étranger, donnent un point de presse et les journalistes se bousculent pour prendre leurs déclarations.

Ce vendredi 10 juin 2022, la presse voulait entendre ce qu’allait dire ou faire à ce Sommet des Amériques Ariel Henry au moment où Haïti traverse une crise sociopolitique dont personne, vraiment personne, ne peut dire pendant combien de temps elle durera ni comment elle se terminera. Tandis que, de l’autre côté des Océans, les grands titres de la presse étrangère sur les kidnappings, les viols et l’occupation de territoires entiers par des gangs se multiplient. Et que des dirigeants étrangers de « pays amis » d’Haïti commencent à croire que le pays est bien sur le point de se disloquer tant qu’il n’y aura aucune autorité légale et légitime qui puisse juguler cette crise ni stopper l’avancée inexorable des groupes armés remplaçant quasiment le pouvoir officiel. C’est le cas du Président dominicain, Luis Abinader qui demande ardemment qu’on vienne rapidement au secours d’Haïti.

Haïti aurait dû être la préoccupation prioritaire de l’hôte du Sommet, en l’occurrence Joe Biden, ainsi que des autres Etats membres

« (…) Il est pour moi et pour notre gouvernement injustifiable que cette Communauté internationale permette à un État, situé au milieu du continent américain, de voir une grande partie de son territoire contrôlée par des bandes criminelles. Il appartient à la Communauté internationale de s’engager définitivement auprès du peuple haïtien, en s’impliquant davantage et, de toute urgence, en œuvrant à sa pacification et à son redressement définitif. Je dois m’exprimer sur l’urgence pour la Communauté internationale, en particulier les pays des Amériques, d’agir sans délai face à la situation dramatique en Haïti. La République dominicaine en a déjà trop fait. En fait, elle en fait déjà trop, beaucoup plus qu’elle ne le peut », conclut le dirigeant dominicain. C’est une honte, en vérité, pour les autorités haïtiennes. Lors de ce point de presse, le moins que l’on puisse dire, c’est que le Premier ministre a.i n’a pas fait dans la langue de bois.

D’emblée, Ariel Henry reconnaît que si rien de concret n’est sorti pour Haïti au cours de ce 9e Sommet, il considérait cet exercice comme inutile : « Dans le cadre de mes interventions ponctuelles, j’entends mettre l’accent sur un changement de paradigme dans la coopération avec Haïti. Sinon, le Sommet risque d’être un de trop, où certains échanges de moindre importance pourraient prendre le dessus sur l’adoption de solutions durables aux problèmes de fond qui alimentent les crises économiques et sécuritaires qui fragilisent notre pays. En séance plénière avec mes collègues, dans les sessions en cercle fermé, dans les rencontres bilatérales avec les homologues de certains pays importants pour nous, dans les tables rondes et les rencontres avec de potentiels investisseurs étrangers, je parlerai vrai pour dire à nos interlocuteurs que nous avons de sérieux problèmes dans notre pays : sécurité, mauvaise gouvernance, difficultés économiques et sociales. » Voilà qui est dit. Rien que dans cette entrée en matière, le chef de la Transition a touché les points essentiels de ce qui caractérise un rassemblement d’un tel niveau.

La situation d’Haïti devrait être au centre de ce Forum. Autrement dit, Haïti aurait dû être la préoccupation prioritaire de l’hôte du Sommet, en l’occurrence Joe Biden, ainsi que des autres Etats membres ayant eu l’honneur du chef de la maison qui les invite à prendre le pot. Si l’on tient compte de cette déclaration liminaire de Ariel Henry, Haïti attend tout ou presque de la Communauté internationale et de l’OEA (Organisation des Etats Américains) en particulier. En somme, sans l’aide des Etats de l’hémisphère américain en premier lieu, l’on peut dire adieu à Haïti. Sur ce plan, et sans le savoir, Ariel Henry a donné tort à l’Administration de Joe Biden de ne pas inviter des Etats comme le Venezuela, Cuba qui sont beaucoup mieux lotis que Haïti dans pratiquement tous les domaines. L’honnêteté intellectuelle veut qu’on dise : il n’y a même pas de comparaison possible. De ce fait, et en toute objectivité, qui peut penser que La Havane et Caracas sont moins structurées sur le plan politique, administratif et social que Port-au-Prince. Alors même que ces deux capitales peuvent à elles seules combler toutes les lacunes et les maux que confronte Haïti depuis ces trente dernières années. Entre ces deux pays et Haïti, c’est un espace sidéral qui les sépare. Et le dire n’a rien de politique ni d’idéologique, c’est plus qu’une évidence. D’ailleurs, nous n’inventons rien sur ce point.

Le Premier ministre haïtien lui-même l’a reconnu, il souhaitait solliciter auprès des Etats du continent présents à Los Angeles tout ce dont Haïti n’a pas, même les plus élémentaires pour un Etat constitué et ce depuis plus de deux cents ans. Alors même que dans certains domaines, Haïti, par sa longévité en tant qu’Etat constitué, devait être à la pointe de ces éléments considérés par certains comme primaires, élémentaires. Selon Ariel Henry, dans son agenda de voyage, il y avait une liste contenant toute une panoplie d’éléments essentiels à la survie de l’entité haïtienne qui est en sursis. « La délégation a inscrit des discussions, entre autres, avec des dirigeants de certains pays sur l’expertise, les techniques et le matériel préconisés pour rétablir l’ordre dans des concentrations urbaines occupées par des organisations criminelles. Haïti sollicitera le partage d’expériences avec les responsables des forces de police et armées de ces pays sur les opérations conjointes de police et de l’armée qui possèdent des engins lourds en vue de rétablir l’ordre sur le territoire national », disait-il à la presse avant de partir pour ce long périple. On a compris, le chef de la Transition ne sait que présenter une assiette pour réclamer les miettes auprès d’autrui.

Juste de quoi subsister, tout au moins lui permettant de tenir Haïti à flot alors que celui-ci s’enfonce indéniablement dans une crise dont Ariel Henry est en grande partie, sinon l’auteur principal puisque c’est lui et lui seul qui tient la barre depuis bientôt un an. Or, curieusement, l’Administration américaine ne trouve rien à redire. Mieux, elle l’invite parmi les Etats et nations qui seraient plus présentables, plus démocratiques et légitimes que d’autres sur le continent puisque Ariel Henry fait partie des dirigeants obéissant aux doigts, à l’œil et aux diktats de la politique de Washington qui tend à appliquer sans faille la fameuse doctrine de James Monroe que seuls ceux acceptant la domination de la politique des Etats-Unis auront grâce aux yeux des dirigeants de ce pays. Sinon, comment peut-on expliquer cela à quelqu’un ayant du bon sens qu’un dirigeant qui avoue lui-même que son pays, en l’occurrence Haïti, est totalement en faillite et au ban des nations démocratiques soit parmi les Nations ayant reçu son ticket d’entrée au Sommet des Amériques aux Etats-Unis alors que d’autres comme le Venezuela entre autres n’y sont pas.

Ariel Henry fait partie des dirigeants obéissant aux doigts, à l’œil et aux diktats de la politique de Washington

Ariel Henry, prenant la parole à la Tribune de ce Sommet entre amis à Los Angeles, s’est livré à une sorte d’autocritique pour dire que Haïti est dans un état lamentable au point de vue institutionnel et politique craignant même, selon ses dires, pour l’avenir du pays. Le vendredi 10 juin 2022, au cours de son allocution à la tribune du 9e Sommet, il a fait un descriptif inquiétant de la situation du pays. C’est presqu’un appel au secours, un SOS qu’il a lancé auprès de ses pairs. «Mon pays fait face actuellement à une insécurité alimentée par des gangs armés qui violent, qui tuent et kidnappent des nationaux aussi bien que des étrangers. Par leurs actions criminelles, les bandits sont parvenus à empêcher la libre circulation des personnes et des biens. L’une des grandes victimes d’un tel climat est la péninsule du Sud durement frappée par un tremblement de terre le 14 août 2021. Cette zone est pratiquement coupée du reste du pays. L’instabilité liée à une insécurité insupportable rend illusoire toute velléité de construire cet avenir durable, résilient et équitable » a lancé le Premier ministre a.i au nez d’une assistance médusée et interloquée.

C’est plus qu’un aveu de faiblesse et d’impuissance, c’est purement un renoncement d’assumer ses responsabilités au bénéfice de la Cité. Pourtant, Ariel Henry va encore plus loin dans ce qui paraît être un appel à une mise sous tutelle du pays bien que son ministre des Affaires Etrangères, Jean Généus, dit le contraire lors de la Réunion du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le jeudi 16 juin 2022. En effet, le Premier ministre a.i eut  à déclarer lors de son intervention au Sommet des Amériques : «  Nos institutions démocratiques se sont effondrées (…) Le Président Jovenel Moïse a été assassiné, il y a quasiment un an. J’ai le sentiment désagréable que ceux qui ont conçu et financé ce plan macabre échappent encore à notre système judiciaire (…) l’avenir paraît sombre. »

Un cri dans le désert qui sonne comme le cri d’un désespéré, sinon, d’un incapable. Voilà en quoi a constitué le grand voyage du Premier ministre au 9e Sommet des Amérique à Los Angeles en tant que chef de la Transition post-Jovenel Moïse. Une Transition âprement discutée par un chapelet d’entités politiques et que tous, comme Ariel Henry, ne comptent que sur la Communauté internationale pour dire les derniers mots et soi-disant dénouer la crise. Quelle angoissante tragédie !

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