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A qui profite ces massacres ?

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Quand l'État haïtien mettra-t-il fin à ces massacres dans les quartiers populaires qui ont laissé la population dans la désolation ?

Lorsqu’il ne s’agissait pas de massacres mais d’affrontements entre deux groupes armés, le système corrompu — au lieu de chercher la source de ces combats, quelle qu’en soit la raison — préférait les exploiter pour servir une cause politique et les intérêts d’un courant bien défini. Dans ces affrontements, bien souvent le système utilise certaines organisations de défense des droits humains sous son contrôle, lesquelles qualifient souvent une simple altercation de « massacre ».

La commune de Kenscoff a été une nouvelle fois agressée par des groupes armés

Cette banalisation transforme la question du massacre en un jeu. L’État en est venu à perpétrer ses propres massacres ; la police tue des gens sans motif valable. L’État a atteint un tel stade de dégradation qu’il crée des groupes d’autodéfense et distribue des armes lourdes dans les quartiers populaires ; ces groupes commettent ensuite leurs propres massacres. L’État engage également des mercenaires étrangers pour attaquer certains quartiers populaires par des drones. Certains massacres passent inaperçus tandis que d’autres font grand bruit ; tout dépend du groupe qui les a perpétrés.

Ce tableau montre clairement qu’il n’existe pas, dans le pays, d’État capable de réguler quoi que ce soit. C’est un lieu où les gens vivent, mais sans État pour garantir la sécurité de chacun, quelle que soit son identité.

Le chef de la police Vladimir Paraison au commissariat de Kenscoff

Aujourd’hui, si des personnes ont été tuées dans le pays, certains ont besoin de ces morts pour faire avancer leurs intérêts politiques, voire pour se maintenir au pouvoir. Un massacre de la population devrait entraîner des sanctions : au sein de l’appareil d’État, les responsables devraient être limogés, arrêtés ou contraints à la démission ; or, c’est l’inverse qui se produit. On se demande parfois si ce n’est pas le pouvoir lui-même qui commet ces massacres pour envoyer des messages aux puissances tutélaires.

Après tout, chacun sait que l’enjeu électoral actuellement débattu est un projet porté par des pays impérialistes, en particulier les États-Unis, mais qu’il ne s’agit pas encore du projet du gouvernement de transition soutenu par l’administration Trump — laquelle veille à ce que le pouvoir ne tombe pas entre les mains d’acteurs qu’elle ne pourrait contrôler. Rien n’empêche ces mêmes parrains et les autorités en place de conclure des compromis avec les forces des ténèbres pour massacrer la population. Ainsi, d’un côté, ils envoient des signaux favorables aux élections, tandis que de l’autre, ils envoient des messages contraires pour démontrer que le vote n’est pas encore possible dans le pays.

Une personne recouvrant le cadavre d’une victime sous le regard de plusieurs autres individus

C’est dans ce contexte que l’on comprend qu’une logique mafieuse est à l’œuvre en Haïti. Les mercenaires de Prince et de Fils-Aimé n’ont aucun intérêt à ce que des élections aient lieu, car cela nuirait aux intérêts de leurs entreprises criminelles. Il faut donc que la criminalité et les massacres perdurent, afin qu’ils puissent toujours intervenir — que ce soit pour condamner ou pour convoquer le Conseil de sécurité des Nations unies. Ils savent pertinemment qu’il ne s’agit pas de négociations sans enjeux concrets ; l’essentiel, pour eux, est que les entreprises présentes en Haïti continuent de fonctionner et que leurs contrats ne soient pas menacés. Ce qui les préoccupe avant tout, ce sont les modalités et les délais de renouvellement de ces contrats.

Les événements de Kenscoff s’inscrivent-ils dans cette logique ? Il existe des groupes armés dont le gouvernement a pris le contrôle ; autrement dit, ils travaillent pour le gouvernement en place, alors que l’État est officiellement mobilisé pour lutter contre l’insécurité. Si le gouvernement et ses mercenaires ne parviennent jamais à libérer une zone ou un axe routier, ce n’est pas parce que les bandits sont puissants, mais parce que l’insécurité profite à cet État bourgeois. Elle lui permet de générer davantage de profits. Lorsque l’insécurité menace de diminuer, des moyens sont mis en œuvre pour l’intensifier, la renforcer et lui donner un nouveau souffle afin de la maintenir active.

Des familles pleurent leurs victimes

Même quand la mort d’individus est le cadet des soucis des puissances capitalistes lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts. Il faut signaler que le massacre de Kenscoff, après le constat effectué par un juge de paix, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Fritz Patterson Dorval, a fait état de 24 morts comme premier bilan. La mairie de Kenscoff a fait état d’un bilan de 25 morts, 15 disparus et plusieurs blessés. Le maire Jean Massillon a, pour sa part, confirmé à Reuters qu’au moins 30 personnes avaient été tuées. Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a indiqué que les Nations unies avaient été informées de la mort d’au moins 61 personnes, dont 14 enfants.

Des parents inconsolables

De nombreuses personnes ont été prises en otage à la suite de cette attaque sanglante perpétrée dans le centre-ville de Kenscoff, dans la nuit du 23 au 24 août 2026. Parmi les otages figurent des bébés, des enfants et des adolescents ; cette nouvelle envoie un message clair : la tenue d’élections semble, pour l’heure, impossible.

Un tel massacre à Kenscoff interpelle également l’OEA. Son secrétaire général, Albert R. Ramdin, tout en présentant ses condoléances aux familles des victimes, a profité de l’occasion pour publier, le mardi 25 août 2026 sur son compte X, un message exhortant les États membres de l’OEA et les partenaires internationaux à honorer sans délai leurs engagements envers la Force de lutte contre les gangs (GSF).

La ​​délégation de l’Union européenne en Haïti, ainsi que les ambassades de France et d’Espagne, ne sont pas restées indifférentes ; elles expriment leur profonde solidarité avec les victimes et leurs proches, tout en condamnant l’attaque meurtrière perpétrée par des groupes armés dans la commune de Kenscoff, dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août 2026.

Le Premier ministre a réagi à ce massacre dans une note publiée sur son compte X le lundi 24 août 2026. Avec sa démagogie coutumière, il a annoncé une réponse sécuritaire appropriée pour contrer les velléités des groupes armés de la coalition criminelle « Vivre Ensemble » et assurer « l’exercice légitime de la force publique ».

Dans son communiqué, le gouvernement rappelle à la population que « Kenscoff ne sera pas abandonné » et que « le gouvernement reste debout » : il ne cède pas, ne transige pas et ne recule pas.

Un jour, l’histoire nous montrera qui a réellement profité de ces massacres.

 

 

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