Concernant la disparition des soldats salvadoriens en Haïti, il ne faut pas se limiter à l’événement immédiat. Toute personne sensée devrait réfléchir aux causes profondes. Ce n’est pas la première fois que les Américains, avec la complicité des Nations Unies, déploient des soldats étrangers sur le sol haïtien ; mais cette fois-ci, l’Occident capitaliste, dans son aventure néocoloniale, a fait fausse route. Rappelons-nous l’occupation américaine de 1915 : la paysannerie a effectivement lutté contre cette force d’occupation. C’est de ces combats qu’émergèrent des figures telles que : Charlemagne Péralte, Benoît Batraville, sans oublier Pierre Sully. Nous n’oublierons jamais le massacre de la honte des Yankees, ce massacre lâche survenu le 6 décembre 1929 à Marchaterre, aux environs de la ville des Cayes. En 1991, les États-Unis, la France et le Canada ont orchestré un coup d’État, incitant les forces obscures du Front pour l’Avancement et le Progrès Haïtien, (FRAPH) à perpétrer des crimes atroces à travers le pays. En 1994, dans le cadre d’une fausse opération de « retour à la démocratie », 20 000 soldats américains sont revenus.
Jamais l’image de ce militaire, un fusillier-marin américain, posant son pied sur la tête d’un soldat haïtien en uniforme ne saurait s’effacer de la mémoire collective. Entre 1993 et 2001, les Nations-Unies ont multiplié des missions démagogiques telles : la Mission des Nations-Unies en Haïti (MINUHA), la Mission de transition des Nations-Unies en Haïti (MITNUH), la Mission de police civile des Nations-Unies en Haïti (MIPONUH), auxquelles se sont ajoutées la mission civile conjointe OEA/ONU, la Mission civile internationale en Haïti (MICIVIH). En 2004, lors du bicentenaire de notre indépendance, ils récidivent par un autre coup de force. Par la suite, les armées américaine et française ont été déployées, suivies par une « mission de stabilisation et de paix » des Nations-Unies, la MINUSTAH, qui est restée 14 ans dans le pays. Il est évident que la population n’a jamais attaqué ces casques bleus, bien que ces derniers aient commis de nombreux abus et excès dans les quartiers populaires.
Il n’existait aucune hostilité ouverte entre la population et ces troupes, précisément parce qu’elles étaient arrivées sous couvert d’une « mission de paix ». Cependant, elles n’ont rien fait pour éviter d’aggraver la situation. Loin d’instaurer la paix, ces missions ont, en réalité, jeté de l’huile sur le feu et laissé nos administrations publiques en lambeaux. Les responsables de ces différentes expéditions corrompent la classe politique qu’ils ont eux-mêmes portée au pouvoir. Cette classe politique pro-impérialiste est devenue un véritable cancer pour le pays. Lorsque les États-Unis sont en désaccord avec un gouvernement, ils s’appuient sur des oligarques au sein de la classe politique pour le déstabiliser, favorisant ainsi l’émergence d’une multitude de gangs armés, chargés de combattre le gouvernement en place. C’est ce qui a marqué la présidence de Jovenel Moïse. Cette classe politique a même conseillé à ces groupes de : « Restez sur vos barricades, c’est là que se trouve votre avenir ! » Elle a ainsi déstabilisé le pays, menant aux événements du 7 juillet 2021. Ce sont ces mêmes acteurs qui ont poussé les impérialistes à qualifier ces groupes de « terroristes », alors que le véritable instigateur, lui, continue de parader, d’amasser de l’argent et de manœuvrer politiquement pour se maintenir au pouvoir, sans jamais résoudre le moindre problème du pays. Bien au contraire, les armes continuent d’affluer, alimentant une déstabilisation systématique. On était en droit de s’attendre à ce qu’une fois le gouvernement désorganisé, renversé, que le « robinet » de ces groupes armés serait fermé. Malheureusement, les détenteurs du pouvoir ont choisi de continuer à l’alimenter.
Alors que ces factions armées s’affrontaient, les élites n’ont jamais perçu la situation comme une « maladie » nécessitant un traitement urgent, avant qu’elle ne s’aggrave. Comme le conflit entre les bandes armées sert leurs intérêts, elles l’ont laissé perdurer, jusqu’à ce que les groupes eux-mêmes réalisent qu’ils n’étaient que des instruments. Ils ont fini par convenir de faire la paix entre eux et de créer l’organisation « Vivre ensemble ». Cette évolution n’a jamais été du goût de la classe politique qui, en un sens, a perdu le contrôle du monstre qu’elle avait elle-même créé. L’attaque perpétrée contre les soldats salvadoriens est une conséquence de la propagande de guerre impérialiste et d’une classe politique moribonde. Après tout, l’ancien Premier ministre Ariel Henry avait sollicité auprès des Nations-Unies le déploiement d’une force militaire robuste dans le pays, afin d’éliminer les groupes armés. N’est-ce pas le comble de l’absurdité réactionnaire, lorsque le gouvernement américain a transformé la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) qui comprenait initialement des forces kényanes en une force de répression contre les gangs, (FRG) « destinée à combattre les groupes armés » ? Naturellement, lorsqu’une force est envoyée pour neutraliser des groupes armés, les membres de ces derniers ne resteront certainement pas les bras croisés attendent sagement d’être tués et c’est valable pour n’importe quel pays du monde.
Et c’est particulièrement plus vrai pour le cas haïtien, riche d’une histoire marquée par une forte tradition de rébellion et de résistance, ayant chassé les colonisateurs français et espagnols pour fonder un pays, libre et souverain. Ils l’ont encore prouvé entre 1915-1934 avec la première occupation américaine. C’est précisément pour cette raison que certains chefs des groupes armés invoquent un sentiment nationaliste, en s’identifiant même comme des héritiers du père fondateur de la nation, le rebelle révolutionnaire Jean-Jacques Dessalines. Ils estiment qu’aucun étranger n’a le droit de venir les massacrer sur leur propre territoire. Il ne faut surtout pas sous-estimer cette approche. Il s’agit d’une réaction humaine naturelle : si quelqu’un manifeste l’intention de vous tuer et vous le croisez sur votre chemin, vous l’éliminerez avant qu’il ne puisse passer à l’acte. Les soldats salvadoriens qui sont victimes d’un groupe armé font non seulement partie de la FRG, mais ils portaient l’uniforme militaire d’un pays étranger.
Certes, le président salvadorien Nayib Bukele affirme qu’il s’agit de « techniciens » et non de combattants, sauf que les groupes armés n’ont aucun moyen de savoir ou de faire la distinction entre combattants et personnel technique. La défense et la survie demeurent, pour eux, le seul moyen d’échapper au danger et à l’ennemi. Leur unique préoccupation est de veiller à ce que la « croix de la mort » ne se trouve pas chez eux, mais plutôt dans le camp adverse. Un adage de la sagesse populaire haïtienne dit : la manière dont vous arrivez détermine la façon dont vous serez accueilli. Si vous arrivez avec de bonnes intentions, vous serez bien reçu ; mais si vous arrivez avec de mauvaise manière, vous serez accueilli en conséquence. Il s’agit dans ce cas précis, d’un acte commis pour repousser toute forme d’agression.
En clair, un acte d’autodéfense. Cela ne signifie pas pour autant que ces « va-nu-pieds » sont des criminels ou qu’ils manquent de compassion ; ils cherchent simplement à préserver leur propre vie. Dans leur doctrine ou stratégie défensive, ils disent qu’il vaut mieux commettre une erreur plutôt que d’avoir à se dire plus tard : « Si seulement j’avais su. » Toute perte de vie, d’où qu’elle vienne, demeure une tragédie. On ne peut que le déplorer. Sauf que, les quatre soldats salvadoriens sont les premiers à faire les frais d’une propagande de guerre que les puissances impérialistes cherchent à perpétuer indéfiniment afin de réduire le pays en cendres. Il existe un problème historique que les puissances impérialistes tentent de résoudre avec Haïti. C’est pourquoi elles font intervenir des soldats dominicains, qui combattent actuellement aux côtés des salvadoriens sous prétexte de lutter contre des groupes armés.
Elles imposent une domination barbare qui leur permet de contrôler, à leur guise, notre économie et la vie politique nationale. En d’autres termes, elles ont un grand intérêt à sauvegarder notre délabrement, de sorte qu’Haïti soit considéré à jamais comme un pays de consommation, un pays sous-développé, dépendant éternellement des autres qui exploitent ses richesses. Comme il n’existe pas de formule magique pour mener une lutte de libération nationale, nous prévoyons que cette guerre, menée par le Salvador et la République dominicaine et soutenue par les États-Unis pourrait orienter la lutte du peuple haïtien dans cette direction tout en l’obligeant à résister contre tout envahisseur ou agresseur étranger peu importe son origine ou sa nationalité.







